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Lab chronicles II

Notre jeune professeur est aujourd’hui en visite à New York, au coeur de l’upper East Side. Tout le long de York Avenue s’alignent de célèbres insituts et hôpitaux : Rockefeller University, Cornell Medical School, et surtout le Memorial Sloan-Kettering spécialisé dans la recherche sur le cancer. Descendant la 68ième rue avec un bon ami, il voit un groupe de Dominicains rentrer dans une immense tour en verre, arborant fièrement le nom de la congrégation.
– Et bien, je croyais que seul l’opus Dei possédait des tours dans Manhattan !
– Tu te trompes, la tour n’appartient pas à l’Eglise. En fait, c’est la nouvelle tour du Memorial Sloan-Kettering (MSK).
– Mais c’est un institut de recherche non ? Comprends pas. En tous cas, mazette, ils ont des sous !
– Tu sais, ils se consacrent à la recherche sur le cancer. Beaucoup de riches californiens flippés donnent des fortunes. La tour a été entièrement financée par des dons. C’est sûr qu’on ne connaît pas ça en France ! Pasteur survit-il encore ?
– Difficilement je crois…. En tous cas, c’est impressionnant !
– Plutôt flippant je dirais. Certains l’appellent la tour de Sauron
– Et pourquoi ces religieux ?
– C’est une longue histoire. Tu vois la petite Eglise à côté ? En fait, elle possédait une partie des terrains sur lesquels est construite la tour. Elle les a revendus au MSK pour qu’ils puissent construire le centre de recherche.
– Plutôt sympa…
– Attends, la suite est trop marrante. En 95, le MSK a donc pu acheter le terrain à prix d’ami. A deux conditions toutefois. La première, c’était que le MSK leur fasse de la place à l’intérieur en remplacement. C’est pour ça que tu peux lire le nom de la congrégation sur la tour.
– Et bien, ils ont le sens des affaires les Dominicains !
– La deuxième condition est hallucinante. Tu connais toute les polémiques sur les cellules souches ? Notamment le fait que comme l’embryon est sacré, c’est un pêché mortel d’utiliser les cellules souches.
– Ah oui, j’ai lu un truc là-dessus récemment. Mais c’est fini maintenant, ils ont réussi à faire des cellules souches que le Vatican approuve ?
– Ouh la, on verra… Mais toujours est-il qu’en 95 et encore aujourd’hui, on était obligé de détruire les embryons pour choper les cellules souches. Et bien les dominicains ont conditionné la vente au fait que le MSK ne fasse pas de recherche sur les cellules souches dans le nouveau bâtiment.
– Quoi ?
– Ouaip, sur les 23 étages de la tour, aucune équipe n’a le droit de travailler sur les cellules souches. L’Eglise te l’a interdit. C’est assez emmerdant, car ils ont transféré pas mal d’équipements dans le nouveau bâtiment. Les gens qui sont restés dans les anciens bâtiments et qui travaillaient sur les cellules souches n’ont plus le droit de se servir de ce matos qu’ils utilisaient quotidiennement. Et puis, rappelle-toi, c’est un centre de recherche contre le cancer. Et entre le cancer et les cellules souches, il y a plein de points communs…
Le plus hallucinant dans cette histoire est que la direction du MSK ait accepté le deal.Source de l’histoire et de la photo : Natural selection (revue de Rockefeller University)
J’en profite pour mettre un sondage inspiré de celui-ci, dont les résultats sont bien flippants je trouve !

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Tom Roud

Blogger scientifique zombie

5 Comments

  • je ne vois pas vraiment le problème avec ces histoires de cellules souches. Pour les dominicains, travailler sur les cellules souches embryonnaires est un doux euphémisme qui signifie passer des bébés (hein, pas de différence entre embryon et humain) au mixer… Je comprends parfaitement qu’ils n’aient pas voulu encourager cette pratique.Mais ont-ils le droit de travailler sur les cellules souches somatiques? et sur les lignées de cellules humaines (HeLa, HT29, etc.)? (au fait, Pasteur ne va pas si mal que ça)

  • Je ne suis pas d’accord avec toi. Imaginons par exemple qu’une secte opposée à des transfusions sanguines vende ses bâtiments à un hôpital, à la condition que l’hôpital ne fasse pas de transfusions sanguines. Est-ce moralement acceptable ? Je ne crois pas; je pense au contraire que c’est une dérive assez dangereuse quand un groupe quel qu’il soit peut imposer de cette façon sa morale à une autre groupe. Ce n’est pas parce que l’Eglise a possédé un terrain un jour qu’elle a un regard ad vitam aeternam sur ce qui s’y passe. L’Eglise a parfaitement le droit d’être choquée, mais c’est à la société dans son ensemble de décider ce qui est autorisé de ce qui ne l’est pas an matière de liberté de recherche.Sinon, pour Pasteur, c’était juste une petite boutade (mais bon quand tu discutes de Pasteur avec les anciens d’ici, on a souvent l’impression d’entendre parler d’un pays en voie de développement 😉 ).

  • il va de soi que nous ne sommes pas d’accord ^^ce qui est dangereux, c’est de faire des analogies entre des pères dominicains et une secte, entre une pratique qui sauve effectivement des vies, la transfusion, et une promesse de thérapie miracle, les cellules souches, qui n’a encore sauvé personne. Sur ce point là, tu t’es montré un tantinet manipulateur.Tout dépend évidemment du statut que l’on accorde à l’embryon, sur lequel on peut débattre à l’infini. Du point de vue des dominicains, il s’agit de ne pas se comporter comme une secte qui cautionnerait le prélèvement non consenti de cellules chez un humain, même si cela doit entraîner la mort du donneur. Est-ce moralement acceptable? ils ne croient pas, donc agissent en conséquence…En termes de droit, si l’institut en question a accepté les conditions de ce contrat, on ne pas dire qu’un groupe impose sa morale à un autre…

  • Hmmm… Je t’accorde le fait que mon analogie était un peu provocatrice.Mais néanmoins, je ne suis pas sûr de voir la différence. Pour les dominicains, c’est un pêché mortel de manipuler les embryons. Pour certaines sectes, c’est un pêché mortel de survivre avec une transfusion. Ce sont deux positions morales, parfaitement légitime, mais je n’adhère ni à l’une ni à l’autre, et je ne vois pas pourquoi on devrait obéir à ces positions morales. Après, l’argument est en fait utilitariste : si les cellules souches avaient déjà montré qu’elles pouvaient sauver des gens, cela rendrait-il la position des dominicains moins défendable ? Je ne crois pas, vu que leur position est une position de principe moral. On ne peut subordonner la morale à l’utilité, il n’y a pas de « mal nécessaire ». Par ailleurs :- je ne suis pas complètement convaincu que la recherche sur les cellules souches n’ait pas déjà donné quelques pistes pour soigner le cancer (sans nécessairement utiliser les cellules souches, peut-être juste en les observant); dans ce cas, je ne suis pas du tout « manipulateur » ;)- le meilleur moyen de ne pas faire de progrès thérapeutiques avec les cellules souches, c’est de ne pas faire de recherche.(J’ai l’impression qu’on frise une discussion à la Comte-Sponville avec confusion des ordres, je sens que je vais finir par me faire piéger 😉 )

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