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Fier comme un crapaud

L’une des hypothèses les plus discutées en biologie évolutive est l’existence de « bons gènes ». L’idée est relativement simple : imaginez que vous soyez une femelle d’une espèce quelconque. Votre but dans la vie est bien sûr de vous reproduire et de transmettre vos gènes. Pour cela, il s’agit de ne pas choisir n’importe quel amant : on ne sait jamais sur quel mauvais gène on peut tomber, et votre progéniture prend alors le risque de se faire dépasser par la concurrence ou dévorer par un quelconque prédateur. Or, le gros problème est que la femelle lambda ne peut pas savoir a priori si le séduisant et attirant mâle qu’elle convoite n’est pas en fait un frimeur bien incapable de fournir des gènes de qualité. L’évolution a alors peut-être favorisé l’apparition de certains gènes spécifiques, appelés « bons gènes », permettant aux femelles de séparer le bon grain de l’ivraie. Ces gènes, tout en assurant une survie plus importante aux individus qui les portent, peuvent provoquer, de façon totalement annexe, le développement plus important d’organes ou de compétences précises, visibles de tous, et donc indicateurs fiables de la qualité génétique. Par exemple, on peut imaginer qu’un gène rendant plus fort physiquement ou plus résistant à une maladie aura comme effet annexe de changer la pigmentation du pelage. La femelle peut alors repérer d’un seul coup d’oeil le mâle porteur de ce gène et donner à sa descendance de meilleures chances dans la vie. L’exemple « canonique » est bien évidemment le paon : on peut penser que les animaux ayant la plus belle queue sont ceux dont le métabolisme est le plus équilibré, les moins atteints de maladie, et donc les plus à même de survivre.
Evidemment, cette hypothèse est assez difficile à prouver. Welch et al. (Science 280, p 1928, 1998) se sont attelés à la tâche et ont étudié sur le terrain une population de crapauds. Les messieurs Hyla versicolor ont la particularité de séduire leurs belles par des coassements langoureux. Les femelles crapauds craquent alors littéralement devant un long cri d’amour passionné. Seulement, tous les crapauds n’ont pas exactement la même capacité physique, et on peut donc penser qu’un long cri est caractéristique d’une force physique hors norme, pouvant alors se transmettre à la descendance. Welch et al. ont alors capturé différents coasseurs et regardé s’il y avait corrélation entre la longueur des cris des crapauds et la vigueur de leur descendance (longueur du stade larvaire, taux de survie des larves, taux de croissance des larves…). Et il apparaît bien que les longs coasseurs ont des enfants globalement en meilleur santé, confirmant l’hypothèse du « bon gène » dans ce cas… Ah, l’amour…

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Tom Roud

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