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La place de la dépense publique française dans la science mondiale

Written by Tom Roud

Sylvestre Huet a publié cette semaine un billet super intéressant sur la place de la France dans la science mondiale. Mon enseignement personnel est que la France reste une puissance de premier plan dans la recherche (quantitativement), juste derrière les mastodontes que sont les US et la Chine, et à quasi égalité avec d’autres puissances de premier plan que sont le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Japon. Qualitativement, elle est à la 5ième place mondiale si l’on veut voir le verre à moitié plein, mais si l’on voit le verre à moitié vide elle est pour le coup bien derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne.

Mais ce court billet est motivé par la remarque suivante de Sylvestre Huet:

Les laboratoires français ont augmenté de 40% leur nombre de publications entre 2000 et 2015 (passées de 41.000 à 57.000). Bel effort. Surtout que la dépense publique de recherche n’a pas suivi la même évolution, diminuant à 0,8% du PIB.

Cela rejoint l’impression commune que la France sous-finance horriblement la recherche publique. En fait, cela n’est pas vraiment le cas. Cf ce billet et le graphe ci-dessous que je reproduis (dont les données viennent d’un rapport de l’UNESCO de 2013, donc peut-être un peu daté mais pas tant que ça)

Et la table associée

 

La moyenne de dépense publique mondiale est de … 0.65% du PIB. La France est à 0.89% dans ce classement (maintenant tombée à 0.8% si j’ai bien compris ?), seuls deux pays du G20 avaient une dépense publique plus élevée en 2013: la Corée du Sud (1 %) et les US (0.91%). Juste derrière on a l’Allemagne et l’Australie. Dans tous les cas, on peut penser que la France a (toujours) une dépense de recherche publique significativement plus élevée que les autres pays. Côté positif, on notera que les US et l’Allemagne s’en tirent aussi très bien dans les classements montrés dans le billet de Sylvestre Huet , de même que la Corée qui monte quantitativement et l’Australie qualitativement. Cela confirme sans aucun doute l’importance d’une forte dépense publique, et on peut supposer que la France doit son maintien dans ce classement à son investissement public.

Mais côté négatif …. dans le même groupe, en dépense privée la Corée est à 2.69% (!!!), les US à 1.79%, l’Allemagne à 1.86%, l’Australie à 1.47%, la France à 1.15%. Il me semble qu’il n’y a pas de secret: les pays qui s’en sortent le mieux (voire montent) sont les pays qui mettent beaucoup d’argent certes, mais c’est surtout de l’argent privé (dans un rapport 1 public pour 2 privé, à peu près). On a souvent le débat sur le fait que la France est loin des 3% du PIB dans la recherche, pour atteindre ce 3% une bonne stratégie serait donc d’atteindre suivant ce modèle 1% en public et 2% en privé. Le 1% en public demanderait une augmentation relative de 25% du budget de l’ESR, ce qui mettrait la France en numéro 1 mondial de la dépense publique en recherche (et j’ose espérer que les réformes actuelles sont un prélude à cet investissement …). Mais pour passer de 1.15% à 2% privé, soit une augmentation relative de 75% (!), il va falloir beaucoup, beaucoup plus que quelques incubateurs dans la start-up nation et des niches fiscales déguisées type CIR. Un des soucis dans le débat ESR français est qu’il n’y a virtuellement aucune discussion sur le sujet, alors que c’est par comparaison avec les autres pays le retard le plus difficile à combler.

 

Ajout 8 Avril

 

Je tiquais toujours sur ce 0.8% qui me paraissait relever d’un arrondi un peu cavalier, j’ai donc cherché des détails plus récents et plus officiels sur la dépense française en recherche. On peut en trouver dans cette note de Décembre 2017 (qui analyse l’année 2015 et projette pour 2016). L’essentiel des résultats est dans le tableau suivant:

 

Il y a plein de choses intéressantes:

  • la dépense publique « intérieure » est de 0.82% du PIB, donc en « baisse » par rapport aux chiffres plus haut. Mais quand on lit l’article on s’aperçoit que c’est parce que le dénominateur (le PIB) a augmenté plus que prévu. Evidemment, si on a reprise de la croissance économique, avec le mou dans le système, la part de dépense publique va diminuer (au moins transitoirement). C’est peut-être aussi pour cela que plein de pays sont beaucoup plus bas que la France .
  • a contrario, la dépense privée aurait beaucoup augmenté par rapport aux chiffres plus haut, à 1.45% du PIB (contre 1.15% plus haut ?). Peut-être est-ce consistant avec le fait qu’il y ait eu plus de croissance que prévu et que les entreprises investissent du coup ? Evidemment on ne sait pas exactement si le 1.15% plus haut recouvre la même chose vu que les sources sont différentes, mais c’est à creuser vu que la dépense privée est un vrai souci. On blâme beaucoup Hollande pour tout, mais si la dépense privée de recherche est vraiment passée de 1.15% à 1.45% sur son quinquennat, cela n’est tout de même pas une mauvaise chose.
  • En fait, il y a une bonne part de la dépense publique de recherche qui va à l’étranger et n’est pas comptabilisée directement dans les 0.82%. C’est la « DNRDA », et il se trouve que sur cette dépense on atteint les 1% du PIB. Je ne sais pas exactement ce que cela inclut en plus, peut-être s’agit-il de contributions internationales et européennes type CERN, EMBL, ERC, etc… Même si ce chiffre n’est pas inclus dans ces comparaisons usuellement, s’il s’agit bien de ces contributions internationales, il n’est pas totalement honnête de ne pas l’inclure dans l’effort public de recherche.
  • L’ordre de grandeur est aussi intéressant. La totalité de la dépense publique de recherche en France, c’est donc environ 20 milliards d’euros. C’est l’ordre de grandeur du gain suivant l’augmentation récente de la CSG sur les retraités. Pour situer aussi, la baisse de l’ISF coûte environ 3 milliards d’euros . La politique, c’est des choix.

 

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Tom Roud

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