La Tenure Track, épisode II

Il y a 6 ans, à l’époque en post-doc, j’avais écrit un article sur ce qu’était le système de Tenure Track. J’ai envie de reprendre ce sujet avec un peu plus de recul. L’une des raisons est bien sûr le débat actuel relancé en France sur l’emploi scientifique, sa précarisation, et la recherche en général; je vois ainsi passer régulièrement sur Twitter des avis sur le « système anglo-saxon » qui me paraissent donner une perspective déformée.

D’abord un petit point personnel pour situer d’où je parle. Cela fait maintenant un peu plus de 4 ans que j’ai été recruté dans ce système. Ma tenure clock touche bientôt à sa fin. Je vais devoir rédiger mon dossier de tenure (titularisation définitive) l’été prochain, et … on verra ce qui se passera ! Je vous tiendrai au courant.

Je suis dans une université qui, sans être « Ivy League », est, je pense, bonne voire très bonne. Elle est également assez « old school » dans sa gestion, c’est vraiment le modèle traditionnel universitaire « de base ». Les étudiants sont formidables, j’aime bien mes collègues et mon département, l’atmosphère est assez familiale. C’est le genre d’université où l’on essaie sincèrement de résoudre le problème à 2 corps en embauchant les couples (ce qui plairait beaucoup à Lior Pachter).

Je pense que je suis personnellement dans de très bonnes conditions. J’ai sincèrement fait de mon mieux, je me suis plongé dans le travail avec doute au début, mais sans état d’âme, jonglant au mieux avec les contraintes professionnelles comme familiales. J’ai fait des erreurs de jeunesse, j’en fais probablement toujours, mais je n’ai pas de regrets, j’ai appris -je pense- de mes erreurs. Je suis maintenant content de ce que je fais, de ma recherche en particulier, et je pense être un membre honnête de « ma » communauté . Je pense qu’il y a toujours des points à améliorer (notamment niveau gestion de mon groupe) et j’y travaille. J’espère sincèrement avoir ma tenure et faire ce métier toute ma vie, j’aime vraiment ce que je fais (et d’ailleurs c’est aussi un peu pour ça que j’ai moins blogué depuis 4 ans).

D’un point de vue strictement statistique, mon université titularise 80 à 90% des professeurs. C’est le premier point sur lequel je voudrais insister: la tenure track n’est pas typiquement une machine à broyer les profs, les mettant en compétition les uns contre les autres. Bien sûr il y a certaines universités comme Harvard où le taux de tenure est bas, mais c’est Harvard: ils ont le « premier choix » au niveau des candidats, et un professeur malheureux à Harvard garde le « label Harvard » et retombe très souvent sur ses pattes dans une université normale.

La réalité, et on le voit au quotidien, c’est que les universités « normales » ont intérêt à ce que vous réussissiez. Un professeur EST un représentant de l’université, il est gage de son succès et réciproquement. Les universités n’ont aucun intérêt à recruter des gens, à les rendre malheureux pour qu’ils sabordent réputation, deniers de l’université et formation des étudiants …. C’est pour cela qu’elles prennent un soin très particulier dans le recrutement lui-même: il faut trouver la bonne combinaison, la bonne alchimie entre candidat et environnement local, qui permettra au futur professeur de réussir. Le vrai goulot d’étranglement dans l’emploi scientifique, en Amérique du Nord, il est entre le post-doc et la tenure track, pas au moment de la tenure, et tout le monde le sait ici.

Cependant, et c’est là le noeud du problème, l’alchimie ne va pas de soi, elle se construit aussi sur le long terme. La meilleure image de la vie quotidienne qui me vient à l’esprit, c’est de comparer la tenure elle-même à un mariage ! On s’engage pour la vie a priori, on doit réussir ensemble pour la vie, mieux donc vaut être sûr de son coup. La tenure track correspondrait alors plutôt à cette période où l’on est prêt à s’engager, on a confiance l’un dans l’autre, et on emménage à deux pour apprendre tout simplement à vivre ensemble .

D’abord, et pour filer la métaphore amoureuse, il faut apprendre à passer du coup de foudre au quotidien plus terre à terre. Jusqu’au post-doc, on ne fait quasiment que de la recherche. Une fois en tenure track, on fait non seulement beaucoup plus d’enseignement, mais aussi beaucoup plus d’administratif, beaucoup plus de travail écrit en général, beaucoup plus de travail « humain » sur tous les plans (cf mon billet sur le temps de recherche, réduit à sa portion congrue).

C’est donc en réalité un travail assez différent. Si être un bon chercheur est une condition quasi-nécessaire pour réussir, ce n’est pas une condition suffisante. Il est difficile d’encadrer d’autres personnes, quand vous avez soit l’habitude de bosser en solo, soit, extrême inverse, d’être dans une équipe de recherche où il y a toujours eu un « patron » . Si écrire des articles ou une thèse est une étape douloureuse, écrire des demandes de financement et tous les articles de votre groupe vous plongera dans le desespoir le plus profond. Si donner des séminaires est insupportable pour vous, donner 4 cours par semaine vous tuera. Personnellement, je ne réalisais pas à quel point c’était un travail demandant une implication « totale » sur tous ses aspects, où tout ce qui est « connexe » à la recherche est amplifié par rapport au post-doc ou la thèse, où parfois il faut vraiment se faire violence car on n’a pas le choix.

En fait, la seule façon de s’en sortir c’est d’apprendre à apprécier vraiment tout ce qu’on fait, sinon on est mort. C’est aussi la seule façon de progresser pour tenir le rythme et arriver à travailler vite et bien. Les 2 premières années sont horrribles pour tout le monde. On démarre de quasiment 0, on doit tout construire, on souffre d’un gros syndrôme de l’imposteur, les publis ne sortent pas, on n’arrive pas à attirer d’étudiants, à trouver des financements, on est obligé de préparer les cours « from scratch » au plus vite – la nuit en général. Certaines personnes n’y arrivent pas, craquent, partent pour l’industrie, ou prennent des boulots de recherche plus proches de post-doc (type « research assistant »). Mais, ce qui est à la fois beau et fascinant, c’est qu’in fine, la grande majorité des gens s’accrochent. Et finissent par y arriver.

Côté université, le souci c’est d’être sûr que vous vous intégrerez bien dans le paysage local. Par exemple, que vous ne refuserez pas d’enseigner un cours pas assez bon pour vous. Que vous ne botterez pas en touche sur tout l’administratif. Que vous serez un bon collègue. Que vous n’insulterez pas les étudiants. Que, tout simplement, si on vous donne les clés d’un laboratoire, vous pouvez le faire tourner.

Et c’est là qu’on voit pourquoi il faut quelques années, pour apprendre à bien se connaître ou tout simplement pour apprendre aussi à faire ce qu’il faut pour que tout fonctionne (exactement comme un projet de recherche d’ailleurs). Vous êtes (normalement) guidé tout le long du processus: vous avez des mentors locaux, les chairs des départements, vos collègues, qui peuvent vous donner régulièrement leur avis sur ce que vous faites ou devez faire. Surtout, vous avez des règles assez strictes sur les critères de titularisation, qui ne dépend pas du seul bon vouloir d’un mandarin. Il y a plusieurs comités, à chaque échelon, qui donneront leur avis. Vous pourrez faire appel si une décision ne vous convient pas. Nous avons même un syndicat de profs qui vous aidera en cas de litige avec l’université. On se sent relativement cadré et protégé.

Quand, en France, on entend « contrats de 5 ans », on entend « pour mieux être congédié à la fin », souvent à raison. La philosophie de la tenure track est à mon sens complètement différente: le statut par défaut, c’est que le professeur doit être titularisé à la fin, c’est pour cela que cela s’appelle « tenure track », « voie vers la titularisation » (à vie). Soulignons néanmoins pour finir que la précarité dans ce milieu universitaire existe, mais ailleurs. Sous la forme de professeurs « adjoints », qui, un peu comme les ATERs français, n’ont pas de groupe de recherche, et sont rémunérés purement pour l’enseignement (cf par exemple ce graphe, signalé par @Fabrice_BM). C’est un débat assez fort dans la communauté nord-américaines (cf cet article qui vient à l’instant d’apparaître dans ma TL), où, c’est la tenure track/tenure qui est synonyme de statut protégé, garantissant la liberté académique. Je précise que je ne connais aucun adjoint dans la faculté des sciences locale: nous faisons tous les cours « undegrad » nous-mêmes. Là encore mon université est « old-school », et je suis très content qu’elle ne joue pas à ce jeu-là (à ma connaissance).

8 réflexions au sujet de « La Tenure Track, épisode II »

  1. On en a déjà discuté, mais je vois dans ceci un « continuum » avec la perception française vs anglo-saxonne de ce qu’est un « exam » notamment dans le supérieur (et encore plus dans les filières qui se veulent élitistes).

    L’examen français n’est pas perçu comme un « contrôle de connaissances » (me semble-t-il, la vision US), mais comme un truc un peu retors avec des pièges à déjouer. Il y avait même un bouquin en prépa dont le but était de recenser les « exos pièges » et leurs modes de résolution… Dans la fameuse lettre de démission de Colmez, il dit d’ailleurs à un moment qu’il fallait un an pour réapprendre aux élèves de l’X à ne pas croire que chaque question qu’on peut leur poser est pour les faire tourner en bourrique.

    Bref, on a je pense en tant que français culturellement du mal à imaginer que tout « examen » et donc la tenure track n’est pas forcément un écrémage « par le haut » mais plutôt un écrémage « par le bas » (eg on vire ceux qui sont clairement insuffisants au lieu de sélectionner ceux qui sont vraiment hyper bons).

    • Merci de ton commentaire.
      Evidemment d’accord avec toi, la perspective est complètement différente et se retrouve sur l’enseignement aussi.
      Ma question au chercheur que tu es: si on faisait une vraie tenure track à la française, avec évidemment les moyens afférents et l’idée de développer des petites équipes, tu signes ? Ou tu penses qu’il est mieux de garder l’organisation en équipes à la française ?
      [en fait l’un des problèmes de la recherche en France est qu’on est un peu « le cul entre 2 chaises » sur ces sujets]

      • « je signe »?

        Compliqué…

        Il y a 5 ans, je ne pense pas, pour un certain nombre de raisons qui sont assez similaires à celles bien détaillées par ICE dans son post ci-dessous.
        C’est d’ailleurs pour ces raisons que je n’ai jamais vraiment envisagé de prolonger mon séjour US au-delà des 2-3 ans initialement prévus (je ne dis pas que j’y serais parvenu si je l’avais voulu, mais juste que je – on en fait, problème à 2 corps- ne l’a jamais vraiment considéré comme une option).

        En fait, il se trouve que, un peu « par hasard » (sans rentrer dans les détails), j’ai été recruté dans un « labo » en complète reconstruction, au sein d’une « équipe » grosso modo constituée d’1 MCF, d’1 IR et d’1 Tech. Bref, avec moi, on était 3 chercheurs (l’IR ayant fini par un peu outrepasser son rôle tel qu’il est classiquement perçu dans les labos français), et pas de senior.
        Du coup, on s’est concentré sur une petite thématique, initiée par les 2 autres avant mon arrivée, et que j’ai essayé d’aider à consolider.
        J’aurais pu choisir de directement ne bosser qu’avec mes anciens chefs ou copains, bon, j’ai essayé de jouer le jeu.

        Du coup, à 3 (4 maintenant), notre job ressemble finalement pas mal à celui de Prof assistant à la ricaine, même si sur beaucoup de sujets on a une vision plus collaborative que ce qu’il y a là-bas. Mais en gros, on cherche nos grants, on essaye d’asseoir notre thématique scientifique, on recrute nos étudiants… pas tous les jours facile, mais on vivote pas trop mal finalement, comparé à ce que je peux voir ailleurs. Comme toi, j’aime bien écrire, donc écrire des grants ou des articles, c’est une partie du job que j’aime bien, peut-être finalement plus que la partie expérimentale elle-même. Le côté « big picture » me plaît bien aussi, même si dans la communauté française, j’ai l’impression que ça ne passe pas toujours bien, les gens ont l’impressions qu’il faut « mettre les mains dans le cambouis » pour comprendre ce qui se passe.

        Bref, sachant ça, à savoir que finalement cette vision du job à laquelle que je ne pensais pas vraiment adhérer en plus du syndrome de l’imposteur dont vous parlez, c’est assez proche de ce que je vis, probablement que je signerais, oui.

        Ce que je n’aimais pas, en post-doc, c’était le côté toujours présent du « what’s next ». Ne pas savoir où j’en serais dans 1 ou 2 ans, ça me faisait chier. Déménager 5x en 10 ans de vie commune avec ma compagne, j’en ai un peu marre… Une opportunité de 5-6 ans où tu sais que si tu bosses bien, les chances sont de ton côté, je pense que j’aurais moins ressenti l’incertitude qui me gavait à l’époque, et que donc j’aurais pu dire oui.

        Mais pour que ça marche, je pense vraiment qu’il faudrait lever tout plein de biais culturels, et ça on sait que c’est compliqué…

      • Une « vraie tenure track à la française », ca implique de ne plus avoir le CNRS ou l’INSERM, puisqu’il faut pouvoir se recaser quelque part si on est pas titularisé.
        Le gros blocage culturel, c’est la sacralisation du CDI. Tant qu’on sera considéré comme précaire en l’absence de poste permanent, ca sera un problème (et c’est un problème qui dépasse largement le strict cadre de la recherche française)

  2. merci pour ce temoignage.
    Arrivant moi-meme a l’heure de l’apres-postdoc et des candidatures, je me pose pas mal de questions sur les faculty jobs. Si je suis honnete, je vais dire que j’ai un peu l’impression de candidater simplement parce que c’est la prochaine etape sur la route ; mais en vrai je ne suis pas impatient de devoir faire tout ce que tu decris la: monter mon labo, encadrer des grad students/postdocs, enseigner beaucoup (un peu l’inconnue, vu que je n’ai jamais trop enseigner ici), devoir gerer l’administratif universitaire etc… En fait j’apprecie pas mal le job de postdoc – idealement je resterais bien postdoc un bon moment, ou deviendrais staff scientist » selon cet article dans Nature (http://www.nature.com/news/2011/110302/full/471007a.html).
    Je ne sais pas si c’est le cas de tout le monde, mais personnellement je ne meure pas d’envie et d’impatience de developper mes propres axes de recherche, idees, equipe, etc… – j’ai l’impression de bien bosser en tant que postdoc, avec le retour de mes advisers et ce qu’il me faut d’autonomie. C’est peut-etre lie a mon parcours – ou plus que la moyenne je crois j’ai beaucoup aborde de sujets differents – mais je me verrais bien maturer encore quelques annees avant d’assumer plus de responsabilites et de pretendre a plus d’autorite scientifiquement. Mais evidemment plus de quelques annees/positions en postdoc deviennent vite redhibitoire .
    J’ai l’impression que ce sentiment est partage par de nombreux postdocs ici (ici compris americains). L’expression qu’on utilise souvent c’est que la recherche n’a pas forcement besoin que d’une armee de generaux (des « leaders » academiques, avec chacun leur petit labo pyramidal… ) mais juste aussi parfois de bons chercheurs lambda. Tout le monde n’a pas forcement envie de, ou vocation a, devenir un « leader ».
    Personnellement le choix se situe peut-etre alors avec une position plutot « research scientist » dans un institue de recherche (la ou je suis actuellement), mais ou les gens sont tous a 99% en soft money – ce qui donc a aussi ses propres inconvenients… (en gros, trade-off entre enseignement + lab building, et grant writing…)
    (Ou alors faut que je fasse le forcing pour rentrer dans un National Lab !)

    Dans quel etat d’esprit etais-tu a la transition postdoc/tenure-track, et comment cela s’est-il compare aux 4 ans qui ont suivi ? Croyais-tu etre pret, pas pret ? J’ai ete surpris de t’entendre evoquer le syndrome de l’imposteur: ce n’est pas qqch qu’on a l’habitude d’entendre ici a ce niveau (c’est plutot pour les grad students, enfin d’apres moi).

    • Pour moi c’était la voie naturelle à suivre juste pour pouvoir continuer à faire de la recherche, vues les circonstances. Tu as raison qu’il n’y a pas forcément besoin de tant de généraux, mais qu’on le veuille ou non, on continue à recruter des soldats, donc il n’y a pas trop le choix, sauf à décider qu’on ne recrute plus de jeunes phD. Faut pas non plus se faire d’illusions sur la capacité à rester « chercheur lambda » à long terme: il y aurait tout autant de pression sur ces postes à terme. Sauf concours de circonstance exceptionnel (ou poste CNRS), on ne peut donc rester éternellement dans l’esprit « post-doc ». Dans ma tête, j’ai accepté ça aussi comme un espèce de contrat social avec la société, sur le mode « tu formes les jeunes en échange de faire ta recherche ».

      Maintenant, j’avais aussi des réticences comme toi aussi, d’autant que potentiellement, en ce qui me concerne, je n’ai pas tellement « besoin » d’avoir des étudiants, des post-doc, des grants, je peux faire la plupart des choses tout seul. Mon premier étudiant a été une expérience catastrophique, qui m’a fait beaucoup douter de mes capacités (on a fini par se séparer d’un commun accord). 2 choses m’ont « sauvé »: 1/ mes collaborations qui marchaient vraiment bien 2/ mes étudiants suivants qui étaient vraiment bons, et avec qui on a fait des choses vraiment intéressantes.

      Et puis comme je dis plus haut, j’ai pris juste goût au job. J’ai toujours bien aimé enseigner, ça m’amuse toujours, j’aime bien aussi (re)découvrir des vieux trucs que je n’ai pas fait depuis 10 ans. Au début j’avais peur de « perdre » quelque chose de ne plus être la cheville ouvrière majeure de ma recherche, mais in fine je me rends compte que j’arrive vraiment pas trop mal à gérer plusieurs problèmes en parallèle, et je n’ai pas le sentiment de perdre le focus ou de ne pas comprendre ce qui se passe (voire au contraire je vois mieux la « big picture ») etc… et en fait ma productivité scientifique s’est vraiment beaucoup améliorée. J’aime aussi écrire en général (en fait), donc le côté articles/grants ça me va. Et puis je pense que, de faire tout ça, j’agis pour ma communauté, il y a un but qui me dépasse. Je suis vraiment convaincu que ce que je fais est important d’une façon ou d’une autre.

      Le syndrome de l’imposteur, c’est fréquent je pense. Ça se voit dans le regard des jeunes profs un peu dépassés. Aussi juste de ne plus avoir quelqu’un de senior qui te dit si tes idées sont intéressantes ou pas, plus autant d’interactions avec tes mentors, etc… Même si tu as fait des choses bien, tu ne peux pas exclure que cela soit dû à l’interaction plus qu’à toi-même, et que deviendras-tu alors sans interaction ? Mais en fait, tu recrées des liens, avec tes collaborateurs, ton groupe, donc ça passe et tu te dis que tu as peut-être « nucléé » quelque chose. Aussi dans mon cas je ne suis retrouvé dans un « vrai » département de physique, j’avais un peu peur de ne pas être considéré comme un vrai physicien vu ce que je faisais. Aussi j’avais un peu peur d’enseigner des trucs matheux que je n’avais pas fait depuis longtemps, etc.. Au final toutes mes craintes étaient infondées, j’ai réussi à produire des trucs, les cours ne m’ont posé aucun problème, la marge que tu as sur les étudiants est vraiment vraiment significative, même sur des trucs que j’ai étudiés il y a longtemps et que j’avais oubliés, parce que tu as juste 10 -15 ans de maturité supplémentaire. Je me suis convaincu qu’avec un peu de travail, je peux enseigner n’importe quel cours de physique undergrad, voire de Master.

      Maintenant, c’est vrai qu’un autre truc dont je me suis convaincu, c’est qu’il y a des gens qui sont faits pour ça, et d’autre pas. Ça m’étonne beaucoup le nombre d’étudiants qui disent qu’ils veulent devenir prof, rétrospectivement, je sais ce qu’ils pensent, je sais aussi qu’ils pensent des trucs faux, mais comment leur dire gentiment ? J’essaie de donner les clés à mes étudiants et post-doc pour devenir des « gens qui sont faits pour ça », mais ça ne marche pas forcément.

  3. Merci pour ta reponse.

    Parmi ce que tu decris, l’aspect d’un faculty job qui me fait le plus hesiter sans doute, plus que les cours ou l’encadrement (c’est peut-etre pas si desagreable non plus de plus tout faire soi-meme, pouvoir dire a son postdoc ou thesard de regarder un truc, et revenir 2 semaines plus tard voir les resultats !…), c’est peut-etre l’independence et l’autonomie scientifique qui vont avec le job, et savoir si j’ai les epaules (ou la tete, plutot) pour ca. J’ai qq idees de trucs que je veux regarder, qui je crois sont pas trop debiles, mais bon je sais pas si ca vaut le coup d’avoir mon propre labo… Apres, peut-etre que comme tu dis vu de la case ‘postdoc’ on surestime l’isolement de l’assistant prof. – apres tout, les gens soumettent rarement des proposals tout seuls, on est toujours un peu dans un reseau.
    Un autre aspect, aussi, en tout cas dans mon domaine, c’est le cote materiel et ressources en modelisation – jusqu’a present j’ai toujours travaille dans des gros centres de modelisation, ou il y a toute une enorme infrastructure existante dedie a ca. Sorti de la, j’ai du mal a envisager comment je travaillerais si je devais partir de scratch. Bien sur, une universite te donne les ressources au debut pour acheter/construire un petit truc, mais je sais pas trop comment je m’y prendrais. J’imagine que le boulot que je ferais serait different, aussi.

    Bref, j’ai l’impression que je sais maintenant bosser dans mon environnement actuel, je suis pas trop mauvais, et je vois le poste de tenure-track comme un saut dans un nouveau (relatif) inconnu ou je vais devoir improviser un maximum. Ca me fait tiquer un peu. Mais bon, on en est tous la, hein – comme tu dis, ce sont les regles du jeu.

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