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Macrotweet 5: Pseudonymat des blogueurs scientifiques

Beaucoup de remue-ménage dans la blogosphère scientifique après qu’un éditeur de Nature a divulgué l’identité d’une fameuse blogueuse scientifique sous pseudonyme, Dr Isis (lire la réaction de Isis sur son blog). Le jour même où celle-ci se met en recherche d’un nouveau job, ce qui peut évidemment s’interpréter comme une tentative d’attentat sur la carrière de la blogueuse qui n’a pas sa langue dans sa poche au moment de critiquer Nature. Et au moment même où Nature se trouve sous le feu de la critique online, suite à la publication d’une lettre douteuse expliquant qu’il est bien normal qu’il y ait moins de femmes que d’hommes publiés dans cette revue.

Be not afraid, nous dit Dr. Isis. Le problème est qu’au delà du bad buzz actuel pour Nature, il y a pourtant de quoi avoir peur: la blogosphère scientifique est jonchée de cadavres (virtuels) de scientifiques s’étant lancés dans le blog, et s’en étant, plus tard, mordu les doigts. Ainsi Sean Carroll, qui explique parfaitement comment le blog scientifique peut être vu comme un loisir trop proche de la vie scientifique pour ne pas être considéré comme suspect. Il faut lire également ces témoignages, côté comités de recrutement, qui découvrent les blogs des candidats, dépressifs, vantards, ou trop geeks à leur goût.

On me demande parfois pourquoi j’écris ici sous pseudonyme. L’une des raisons est la crainte des dangers cités plus haut. L’identité en ligne est précieuse, et plus vous êtes « petit », plus il faut la protéger. Mais j’aime le pseudonymat pour des raisons plus positives aussi: quand on l’utilise sérieusement, il permet de discuter vraiment de science ou de politique scientifique, de tester ses propres opinions, de débattre; bref, de faire une forme de brainstorming virtuel, ce que je ne ferais certainement pas si je devais signer tout de mon nom institutionnel. J’aime aussi le fait que le blog ou twitter ne se limitent pas au cercle « scientifique » stricto sensu. J’aime le ton plus libre associé, qui permet aussi de sortir des contraintes de la communication scientifique classique très codifiée. Ici j’échange en français, sans revue par les pairs. Une forme de discussion plus personnelle, plus proche de l’oralité en face, c’est à la fois son danger et son charme. Twitter est un media encore plus dans le flux, une espèce de « snapblog » qui permet aussi ce genre d’échange, mais que je trouve pour le coup encore un petit peu plus dangereux (moi-même partant parfois dans des territoires où je regrette quasi systématiquement d’avoir mis les pieds).

Maintenant, je dois aussi avouer que la perspective de tenir un autre blog (en anglais) sous mon vrai nom me tente. Je vois de plus en plus de chercheurs connus sauter le pas de la combinaison blog/twitter, j’ai moi-même un compte twitter « institutionnel » qui a déjà donné lieu à de beaux échanges scientifiques avec certains collègues. Je suis convaincu qu’à l’image du site web, ces outils de communication et de diffusion vont progressivement s’institutionnaliser.

Sur le même sujet: un très bon billet de Michael Eisen.

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tom.roud

5 Comments

  • Ah merci d’avoir traité ce sujet tant qu’il est chaud ! Et avec le point de vue de quelqu’un ayant décidé de blogger de manière anonyme.

    Ce qui manque à mon avis dans ta discussion est le déséquilibre de statut entre un éditeur de Nature, qui se comporte essentiellement en « bully » (harcéleur ? brute ?), et une scientifique juniore. Je pense que la question de la culture « good old boys » à Nature mérite d’être posée de manière claire et forte.

    • Merci de ta réaction !
      Pour aller dans ton sens, je pense que le côté « bully » et « good old boys » n’est pas spécifique à Nature, mais est assez répandu dans l’académique en général. Surtout le côté « macho » : il est clair que l’académique est « conçu » comme un domaine où, pour faire court, il est quasi nécessaire d’avoir un partenaire à la maison pour gérer l’intendance, pendant que Mr le professeur passe 80h par semaine à faire de la recherche et activités afférentes… [C’était un peu mon message à propos de « Science it is a girl thing » http://tomroud.cafe-sciences.org/2012/06/25/femmes-et-sciences/ ]. C’est aussi pour ça que je vois d’un très mauvais oeil tous les gens qui te racontent qu’il est normal de travailler 80 h par semaine pour réussir dans l’académique: c’est le meilleur moyen de sélectionner des profils du genre de Gee à mon avis …
      Aussi ça me fascine toujours les gens en conférences qui pensent que tu n’as qu’à amener ton partenaire pour s’occuper des enfants et faire du tourisme en ville pendant les conférences.

  • Salut Tom, une question bête me vient en lisant tes macrotweets et cet article : http://www.michaeleisen.org/blog/?p=1554 : peut-on imaginer une plateforme de publication scientifique qui soit publique, en ligne et sous pseudo, sur une plateforme comparable à StackOverflow ?
    Les reviewers y feraient leurs commentaires sous pseudonymes et de façon publique, avec un système de rating des commentaires comparable a Stack.
    Au passage, j’ai toujours le feeling que le monde scientifique prends un temps incroyable à s’adapter aux nouveaux outils offerts par le web, par rapport à d’autres secteurs professionnels. Me trompe-je ?

  • Je dirais même qu’avoir une vie en-dehors du travail, et tenir un blog, fait parfois peur aux recruteurs qui dans le fond vouent un culte au présentéisme et à la maxime de « vivre pour son travail ». J’ai été refusé à un entretien d’embauche pour un job d’ingénieur de recherche parce que l’employeur avait relié mon C.V. avec mon blog et mon activité de fan de SF. Et pourtant mon blog s’attarde à faire des liens entre SF et sciences, je ne suis pas un ufologue ou un para-scientifique. Mais comme on me l’a directement expliqué, aimer discuter de sciences et de SF sur un blog « ne fait pas de vous le candidat idéal. »

    Voilà, sans commentaires.

  • Moi je trouve le pseudonyme dangereux. En effet, si pour une raison ou une autre il est brisé (ça peut être par une bourde d’un ami même pas mal intentionné), le désanonymat des textes est avec effet rétroactif.
    À moins de changer souvent (et de ne pas faire de liens entre les différents pseudos), c’est à mon avis une mauvaise idée de compter sur l’anonymat pour se protéger, et tout cas sur le long terme.

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