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Garder la qualification ? Chiche !

Ce débat sur la qualification, outre le fait de réveiller ce blog, a le mérite de nous faire (re)découvrir un certain élitisme du système français.

Car que nous disent les défenseurs de la qualification ? Qu’elle est la garantie de la qualité scientifique, du recrutement de professeurs compétents, que par son caractère national, elle est l’assurance contre les baronnies localistes ! Oubliés donc, les discours sur les thésards misérables, sur les chercheurs précaires: il s’agit désormais de sélectionner sans pitié, de virer le branquignoles qui n’ont qu’une thèse mineure, d’assurer la survie du système par une salutaire saignée des mauvaises humeurs ! Supprimer la qualification, ce serait, à terme, l’engorgement d’un système vivant par des candidats à peine compétents, formés on ne sait où.

Dont acte. Mais pas dans la forme actuelle. Puisqu’il y a consensus sur l’élitisme et sur le fait que tout le monde ne peut pas avoir de poste, ne peut-on pas penser à un système alternatif, plus favorables aux jeunes chercheurs, ou la qualification pourrait vraiment être utile ?

Plutôt qu’éliminer les mauvais, sélectionnons donc les bons, prennons soin d’eux, donnons leur les moyens de se réaliser. Inversons la logique actuelle: plutôt qu’avoir une qualification large, peu sélective (en sciences dures) et nationale, et un concours de recrutement difficile mais largement local au niveau de l’université, profitons de l’autonomie des universités. Offrons une qualification locale, validée relativement facilement par le concours national 4 ans plus tard, condition sine qua non pour que le poste soit pérennisé (et les financements qui vont avec). L’université, devenue responsable de la qualification, devra alors fournir au chercheur qualifié moyens humains et financiers, lui permettant de pérenniser le poste lors du concours national. On pourrait par exemple imaginer qu’une partie des financements nationaux pour les post-doc serve à payer ces qualifiés. Le nombre et la fraction de qualifiés pérennisés feront partie des critères majeurs d’évaluation des laboratoires, afin de favoriser l’éclosion et la maturation des jeunes chercheurs et afin d’empêcher une stratégie visant à recruter plusieurs qualifiés pour ne pérenniser qu’un poste. Le chercheur qualifié, lui, pourra à l’issue des 4 ans candidater n’importe où pour la titularisation validée par concours, lui assurant une porte de sortie et une relative indépendance scientifique face aux enjeux locaux. Tout cela fera en sorte que les universités recrutent vraiment les meilleurs, dans les domaines les plus prometteurs, permettant la disparition naturelle du localisme ? La qualification devra être faite relativement tôt dans la carrière afin de diminuer le nombre de chercheurs précaires candidatant à tout va sans grande chance de se voir titulariser.

On pourrait même completer le nom pour appeler ça  » qualification vers la titularisation« .

About the author

Tom Roud

Nanoblogger scientifique, associate professor incognito (ou presque). Suivi par @mixlamalice

5 Comments

  • Ce qui manque je trouve en France par rapport à des systèmes qui marchent mieux, c’est une motivation (incentive) pour les universités pour recruter les meilleurs candidats. Que gagnent l’université, la faculté, l’unité, s’ils recrutent un excellent chercheur et qu’il monte un super labo ? Pas grand chose. Et que perdent-ils à recruter un élément médiocre ? Pas grand chose non plus.

    Il me semble si on couplait de l’autonomie avec de vraies motivations, comme des financements compétitifs dont une proportion revient à l’unité, alors ces unités se débrouilleraient pour recruter des bons.

    A noter qu’étant parti de France depuis 10 ans, je ne sais pas à quel point l’ANR remplit déjà ces conditions.

    En tous cas, il me semble que plutôt que de mettre des règles, il vaut mieux mettre les conditions pour que chacun ait intérêt à faire du mieux.

    • Alors, pour le coup marc, je crois que ce n’est plus vraiment vrai. les labos jouent maintenant rapidement leur survie, pour ceux qui ne sont pas CNRS, il faut chercher par des fusions/intégrations pour obtenir ce qualificatif, mais cela signifie un haut niveau scientifique pour chaque membre du labo (en terme de publications, d’impact à l’international, etc.). Ceux qui le sont peuvent aussi perdre ce qualificatif donc la pression est bien plus grande qu’avant sur les chercheurs. Les financements s’amenuisant, il faut aller les chercher du côté de l’ANR et plus ton labo est petit et peu reconnu et moins sont grandes tes chances de l’avoir (cocorico local, mon projet ANR vient d’être retenu pour financement!).

      • Merci pour la correction. Les choses ont bien changé alors, et je ne vois pas le moindre intérêt à la qualif.

  • Sans être un grand défenseur de la procédure de qualification à la française (qui ressemble trop à un garde-fou dressé par certaines instances contre de redoutées « thèses de complaisance », ce qui en dit long sur les liens de confiance tissé entre l’État et le monde universitaire), il faut quand même lui reconnaitre certaines qualités :
    D’une part, dans un contexte où l’enseignant-chercheur est membre de la fonction publique, et pas seulement employé d’une université, la qualification est le seul moment où les candidatures sont évaluées par une instance nationale et non locale, ce qui donne corps à cette vision orientée « fonction publique » (après tout, une fois recruté, un MCF peut user de son statut de fonctionnaire pour évoluer vers d’autres métiers en interne, et les universités seules ne peuvent pas se retrouver garantes de cet aspect du recrutement).
    D’autre part, en évaluant les compétences d’enseignement autant que de recherche, la qualification sert de garde-fou préventif. Chaque laboratoire ayant intérêt à faire qualifier ses jeunes docteurs (cela fait partie des indicateurs remontés au ministère), les directeurs de thèse doivent jouer le jeu de la préparation à l’enseignement en évitant de fermer leurs doctorants dans du « 100% recherche », même si ça n’intéressera que les doctorants ayant vocation à vouloir travailler dans l’enseignement supérieur ensuite.

    Maintenant, ces objectifs pourraient certainement être remplis autrement que par cette procédure lourde et dont le fameux calendrier provoque chaque année des sueurs froides. Mais pour cela il faudrait commencer par faire de l’activité d’enseignement une activité valorisante dans les carrières et les établissements plutôt que de la cantonner au rôle de « mal nécessaire » qui accables les chercheurs français…

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