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Euthanasie réformatrice

Le Sénat français vient de tuer (provisoirement, en tous cas) une de nos petites exceptions culturelles, la qualification.
Les pratiques sont certainement différentes en fonction des domaines, mais pour ce que je connais, les sciences dures, la qualification fait partie des fumisteries, chronophages et décourageantes. A mon époque, j’avais dû envoyer une copie *papier* de ma thèse, de mes publications, à des rapporteurs (largement incompétents dans mon sous-domaine), qui ont fini par me qualifier, vraisemblablement après un examen de 2 minutes qui a consisté à vérifier si j’avais une publi premier auteur, une thèse valide et un CV présentable. Bref, une perte de temps et d’argent pour tout le monde; je remercie mes chers parents d’avoir envoyé ma thèse papier pour moi pour me faire économiser un pavé FedEx transatlantique, et je regrette que le dit pavé ait probablement terminé dans la benne à recyclage des rapporteurs le jour même de sa réception. Evidemment, comme toute absurdité française, la qualification réalise l’exploit formidable de se répéter à la fois comme farce et tragédie, dans la mesure où elle expire tous les 4 ans. J’avais même déjà râlé à l’époque quand il avait fallu me requalifier.
La France est formidable. Nos structures de recrutement sont complètement indapadtées au monde moderne. Mais peu importe que le concours, les étapes menant au concours, les auditions, soient aujourd’hui fondamentalement injustes, absurdes, inadaptées à l’internationalisation, et que le recrutement se fasse sur des critères d’une opacité à faire pâlir de jalousie le compte en banque d’un député de la République. L’important, c’est de sauver les apparences d’impartialité grâce au Concours. Pour s’épargner recours au conseil d’Etat et réflexion nécessaire.
Un bon système de recrutement dans un système élitiste comme la science devrait décourager les gens qui n’ont aucune chance et encourager les meilleurs. Le recrutement français fait exactement le contraire: il laisse croire que chacun à sa chance (« présente-toi, sur un malentendu ça peut toujours passer »), et accumule des couches de stupidité administrative, des frottements divers et variés qui ne donnent surtout pas envie d’aller se plonger à vie dans le cloaque de la politique des labos à la française, si d’aventures des portes de sortie existent.
Sur une autre note, différente mais reliée, je trouve tout à fait normal que, dans une démocratie moderne, on élimine du concours des professeurs des écoles des candidats qui n’ont pas un niveau minimum en science. Pour une fois, il ne s’agit pas de sauver les apparences; dommage cependant qu’il n’y ait pas, à ma connaissance, de message officiel clair sur le sujet, par respect pour les candidats présents et futurs. Mais a-t-on vraiment le choix de procéder autrement, aujourd’hui, pour réformer un concours ?

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Tom Roud

Nanoblogger scientifique, associate professor incognito (ou presque). Suivi par @mixlamalice

7 Comments

  • En tout cas cette année, il n’y avait besoin d’envoyer la thèse qu’en version électronique !

    Le seul effet (bénéfique ?) de la qualification était d’empêcher (ou de décourager tout au moins) les gens qui n’avait jamais enseigné au cours de leur thèse et post-doc de candidater.

    • L’argument des docteurs non aptes à devenir MCF me semble fallacieux. Si c’est au regard de leurs capacités d’enseignement, j’avoue être qualifiée sans avoir jamais enseigné

      • Et moi ne pas avoir été qualifiée, avec félicitations du jury à l’unanimité et prix de thèse de mon université, en ayant enseigné (y compris gratuitement quand cela dépassait le nombre d’heures payables à l’année ^^)

        • Dans ce cas, c’est aussi bien qu’elle disparaisse…

          Enfin, ce n’est pas gagné, vu que des syndicats (en tout cas le SNESUP) ce rebelle contre cette « provocation inacceptable »… Extrait :

          « Le CNU, en qualité d’instance nationale, majoritairement élue, représentative de la diversité des composantes formant les disciplines universitaires, est le garant du maintien d’un statut national des enseignants-chercheurs. Avec sa vision d’ensemble des disciplines en constante évolution, et à sa dimension nationale, il tient – par la procédure de qualification – un rôle central dans le maintien d’un niveau scientifique et pédagogique élevé sur l’ensemble du territoire. »

          • Je connais aussi des cas de gens non qualifiés parce que n’ayant pas assez enseigné (genre bourses CIFRE). Ça fait partie du n’importe quoi, vu que l’enseignement n’est pas tellement plus évalué …

  • Cette qualification est une procédure de contrôle, dont le contenu varie au gré des équilibres et des copinages, c’est beaucoup de temps et de fric perdu, surtout…

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