America Geekeries Non classé Sciences

Peut-on encore sauver le soldat Cooper ?

La saison 6 de « The Big Bang Theory » vient de commencer. Et avec elle, toutes les craintes qu’après 5 ans de bons et loyaux services, il s’agisse de la saison de trop.

Quand elle a été lancée en 2007, « The Big Bang Theory » ressemblait à un ovni sitcomesque, condamné rapidement au placard des studios avec audiences ridicules en prime. Qui pourrait s’intéresser aux élucubrations de geeks physiciens un peu ados attardés ? Et les premiers épisodes étaient un peu lourds, avec des situations ni crédibles ni intéressantes où Sheldon et Leonard regardaient tout événement sous le seul angle scientifique. Heureusement que la singularité Penny offrait un contraste heureux (et des situations beaucoup plus réalistes).

Force est de constater qu’un travail remarquable d’écriture a permis à la série de vraiment décoller, rééquilibrant le côté science par des côtés plus « geeks », développant la relation Leonard-Penny et avec elle la confrontation des « geeks » au « monde réel », introduisant des personnages secondaires géniaux (la mère de Sheldon, Will Wheaton) tout en gardant la susbtantifique drôlatique moelle de l’étrangeté de la physique académique. Et puis, Sheldon quoi… Comme beaucoup, je suis rapidement devenu fan, et TBBT est la seule sitcom qui ait réussi à m’arracher des fous rires tant les situations étaient à la fois drôles et bien vues. (un de mes moments préférés reste la collaboration entre Sheldon et Raj)

La série avait alors su évoluer, en introduisant par exemple le personnage de Bernadette. Scientifique, femme, un peu geek, introduisant la biologie, elle rééquilibrait intelligemment le groupe des 4 gars. Certes, on avait toujours un sex ratio de 4 pour 2 dans les personnages principaux, mais cela reste malheureusement assez réaliste pour la physique, et à dire vrai permettait de continuer de se moquer du sexisme larvé de la discipline (symbolisé par le mépris de Sheldon pour Penny).

Arrive alors la mère de tous les problèmes, la nemesis qui a probablement cassé la dynamique en faisant évoluer la série dans une mauvaise direction : Amy Farrah Fowler. Au début, évidemment, cela marchait plutôt pas mal: brillante idée d’introduire une Sheldon au féminin, permettant de confronter Sheldon à un alter-ego femme. Il y a eu de très bons moments, comme l’épisode où Sheldon avec son ego gigantesque de physicien théoricien décide de se mettre à la biologie avec Amy, pour découvrir qu’il ne sait rien faire.

Mais Amy aurait dû rester un personnage secondaire. Sur le long terme, l’introduction d’Amy comme personnage récurrent a modifié complètement la dynamique de la série. Désormais, on avait 3 « petits couples », ce qui inévitablement faisait glisser la série vers un espèce de « Friends à Caltech ». Plusieurs problèmes sont alors immédiatement apparus.

D’abord, la science a quasiment disparu. Un symptôme comme un autre: le blog décrivant la science des épisodes est désormais inactif depuis plus d’un an.

Le sexisme classique des séries américaines s’est retrouvé amplifié. Bernadette est désormais la « simple » femme d’Howard. Penny et Amy se racontent leurs histoires de coeur pendant que Sheldon et Leonard parlent du principe anthropique. Sheldon lui-même, qui faisait tout le sel de la série à son apogée, se retrouve enfermé de façon inversée dans la position du « copain d’Amy », et devient de plus en plus insupportable: autant son nerdisme était amusant quand il s’agissait de science, de comics books ou de caricature de physicien arrogant, autant il est détestable quand il s’agit des relations avec Amy amoureuse de lui. Raj devient complètement prisonnier de son personnage de célibataire loser qu’il tient depuis le début de la série, et les allusions sur son côté « gay » sont de plus en plus lourdingues.

Pire, le rééquilibrage des genres a fait émerger des oppositions pas toujours très heureuses, révélatrices d’un subsconscient scientifique trop réaliste pour relever de la simple coincidence. La biologie apparaît maintenant clairement comme une « chick science », faite pour les filles enamourées alors que la physique est l’apanage des mâles intellectuels. Et que penser du fait que Bernadette la scientifique épouse Howard l’ingénieur méprisé par les autres ?

Le premier épisode de la saison 6, centré sur les affaires de coeur des uns et des autres, est très loin de relancer la dynamique pour une nouvelle saison et donne une furieuse impression de déjà-vu. Et comme on rit moins, on commence à se poser des questions, du genre comment tous ces jeunes gens arrivent-ils tous à rester 5 ans en post-doc au même endroit ?

Peut-être est-il temps de passer à autre chose. Leonard et Sheldon pourraient par exemple postuler à des jobs académiques. Il y aurait un potentiel comique certain à voir Sheldon enseigner. Bernadette devrait lancer sa start-up de biotech. Raj devrait devenir une star de la blogosphère scientifique US. Amy devrait quitter Sheldon et poursuivre une brillante carrière à Harvard, suscitant incompréhension chez un Sheldon qui, tout brillant qu’il soit, reste dans un domaine bien bouché. Cette série a encore du potentiel, si les auteurs acceptent de prendre des risques, de clore définitivement certaines histoires, et de recentrer la série sur ce qui a fait son succès.

About the author

Tom Roud

Nanoblogger scientifique, associate professor incognito (ou presque). Suivi par @mixlamalice

4 Comments

  • Bon j’ai quand même envie de te dire que ton analyse est du Wishful Thinking. Non seulement TBBT se porte très bien en termes d’audiences: http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18617653.html
    mais en plus je suis assez convaincu que ce qui fait son succès est en partie son aspect grossier et caricatural. De toutes façons, j’ai l’impression que l’une des sauces qui marche dans ce genre de sitcom c’est de développer le relationnel. Mais ce serait intéressant de véritablement investiguer la question. J’ai peu d’espoir cependant que la majorité des spectateurs de TBBT partagent ton enthousiasme pour des révélations du monde académique…

    • Comment tu me déprimes trop là …. J’ai bien peur que tu aies raison. Mais, c’est vrai oui: TBBT me fait hurler de rire quand il caricature le monde académique, et beaucoup moins maintenant ( même si Amy a eu quelques saillies remarquables dans ces premiers épisodes de la saison 6)

  • D’accord aussi que ça serait cool de réintroduire de la science dans cette série. C’est comme dans les films fantastiques type Seigneur des anneaux, j’ai toujours eu horreur des passages relationnels trop longs, préférant les scènes de bataille, de magie, de paysages, etc… Si je veux voir du relationnel je regarde d’autres films ! Mais j’imagine que tout le monde n’en pense pas autant.

  • Ouais, ben c’est un peu déprimant tout ça …
    Moi, mon rêve, c’est de voir débarquer un jeune théoricien de l’évolution charismatique, qui à l’image de Richard Dawkins serait athée militant, à fond dans la mémétique, et à la pointe du combat anti-créationniste. Après tout le Dawkins en question est bien dans un épisode de South Park (et Gould dans un épisode des Simpsons)…
    Mais je pense qu’il serait vite écrasant de supériorité face aux physiciens … mouah ah ah

Leave a Comment