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La vraie autonomie

Cette lettre ouverte de Cynthia Carter Ching, professeur à l’université UC Davis, à l’occasion des polémiques récentes sur les étudiants qui ont été « peppersprayed » est vraiment très intéressante de tous points de vue. A lire notamment en comparaison de la France.

No, instead, what we have are people who end up thinking of you as data points and dollar signs, rather than as whole human beings, whose hearts and minds we as a faculty have the honor and privilege of shaping into the future of our state, our nation, and our world.
(…)
So how did it get this way? Of course it’s complicated, but one answer is that, as faculty, we’re busy. I know, you hear that a lot, right? “We’re busy.” But it’s true. We expend a lot of energy on our research. And the vast majority of us put a lot of time and effort into our teaching too. Because we care about you. We do. But there’s a whole host of other things, administrative things, that go into running a university, that we as a faculty have had less and less to do with over the years. Things like budgets. And efficiency reports. And “Resource Management.” And the truth is that most of us hate those things, and we’re perfectly happy to let someone else deal with all of it.
(…)
You know, it wasn’t malicious. We thought it would be fine, better even. We’d handle the teaching and the research, and we’d have administrators in charge of administrative things. But it’s not fine. It’s so completely not fine. There’s a sickening sort of clarity that comes from seeing, on the chemically burned faces of our students, how obviously it’s not fine.

So, to all of you, my students, I’m so sorry. I’m sorry we didn’t protect you. And I’m sorry we left the wrong people in charge.

And to my colleagues, I ask you, no, I implore you, to join with me in rolling up our sleeves, gritting our teeth, and getting back to the business of running this place the way it ought to be run. Because while our students have been bravely chanting for a while now that it’s their university (and they’re right), it’s also ours. It’s our university. And as such, let’s make sure that the inhuman brutality that occurred on this campus last Friday can never happen again. Not to our students. And not at our university.

La voilà, la vraie autonomie à défendre, la seule garante contre la gestion de l’université par les « forces de l’argent ». On se souviendra aussi à cette occasion de l’exemple québecois de la loi 107, qui recouvre les mêmes enjeux. Et pour cela, il faut effectivement que les professeurs d’universités, non seulement acceptent l’autonomie, mais la réclament, prennent le pouvoir dans leurs universités, qu’ils deviennent parfois des gestionnaires -plutôt que des purs enseignants/chercheurs – et mettent en place par eux-mêmes les structures garantes de la collégialité, pour empêcher tout mandarinat. La liberté de recherche et d’enseignement est semble-t-il aujourd’hui à ce prix.

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Tom Roud

Blogger scientifique zombie

5 Comments

  • Oui, il faut sauver la tour d’ivoire. Oui, l’administration devrait prendre soin de protéger enseignants, chercheurs et étudiants des contraintes du monde extérieur (dans une certaine limite, hein).
    Mais je ne suis pas sûr que les profs soient les meilleurs administrateurs qui existent. Nous avons tous des histoires d’horreur de directeurs de thèse traitant leur doctorants comme des esclave. Je te laisse imaginer ce que les mêmes peuvent faire à la tête d’une institution…

    • Tu peux penser aussi qu’être humain avec les étudiants et être capable de faire un minimum de tâches administratives devrait être aussi un critère fort de sélection, au moins aussi important que le succès académique. Car au bout du compte, ce genre de boulet fait rarement de bons chercheurs et de bons enseignants, et donc devraient plutôt faire leur carrière de proto-dictateur ailleurs 😉

      • Je ne veux pas avoir l’air trop pessimiste, mais établir des « critères forts de sélection » quand on sait que la plupart des profs ne veulent surtout pas devenir administrateurs…

        Et puis les meilleurs enseignants-chercheurs ne sont pas forcément les meilleurs administrateurs, et vice-versa.

        Je prendrais l’esprit de la lettre de Ching non pas pour dire qu’il ne faut plus recruter d’administrateurs, mais que les profs doivent d’avantage s’impliquer, d’avantage surveiller ce qui se passe, etc. Typiquement, si on reçoit un document qui explique une modif du fonctionnement de l’université, ou s’il y a une réunion de discussion sur une réforme, la plupart des profs sont aux abonnés absents. C’est cela auquel il faut faire attention à mon avis. Sinon on prend un prof, on en fait un recteur/président/directeur/calife, et si on ne surveille pas, tout peut arriver.

        Par ailleurs je recommande le suivi de la crise sur le blog de Jonathan Eisen:
        http://phylogenomics.blogspot.com/search/label/%23OccupyUCDavis

  • Une nouvelle et une remarque, via les tweets sur le blog de Eisen:

    La présidente de l’université s’est excusée, et a dit que l’université couvrira les dépenses médicales (très important aux Etats-Unis) :
    « Katehi directly apologizes and says charges will be dropped and medical expenses will be covered »

    Et pertinent à la discussion ici « Katehi (la présidente) says she needs to interact w/ (with) students more ». En effet, il est important que et les profs et les étudiants s’impliquent dans la vie de l’université. Cela suppose à la fois que la direction soit réceptive à l’implication des étudiants, et que les étudiants eux-mêmes s’impliquent. Dans mon expérience (forcément limitée), l’implication des étudiants est souvent limitante, à part une très petite minorité non représentative. D’ailleurs un autre tweet : « Katehi tx (thanks) crowd; says she hopes we can do this more .. W/ 32000 students it is silent majority they need to reach out to ».

    • C’est vrai qu’il y a un problème collectif d’implication (côté direction, profs et étudiants). Je ne sais pas comment on résout ça; une façon néanmoins côté profs est de valoriser (y compris financièrement) les gens qui s’impliquent, par exemple dans des actions de « outreach », etc… Pour les administratifs, on peut déjà faire en sorte de favoriser la promotion interne : actuellement, le marché des big boss d’universités ressemble de mon point de vue plus à celui des X-mines patron des boîtes françaises.
      Côté étudiants, je ne connais pas encore la dynamique aux US, mais en France, je me souviens avoir été très agacé par le « noyautage » politique immédiat . J’en avais même été réduit à soutenir la privatisation d’EDF en AG par pur esprit de contradiction (l’AG en question étant sur le mouvement Sauvons la Recherche, le fait qu’on en soit arrivé à parler du statut privé d’EDF montre bien comment les trucs peuvent dériver).

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