Les murs de la science

La tribune d’Attali sur l’affaire des neutrinos qui vont plus vite que la lumière a quelque chose de fascinant dans sa conception de la science.

Ainsi donc, pour Attali, un fait scientifique apparaît comme une « prison », une barrière infranchissable qu’il serait souhaitable et bon de dépasser et de briser. Attali analyse l’expérience OPERA sous ce prisme et y voit donc une bonne nouvelle en soi.

Mais cette vision romantique de la science est potentiellement à la fois fausse et dangereuse. Fausse car justement, ce qui différencie la science de la métaphysique ou la magie, c’est le fait de poser des limites, qu’on appelle lois scientifiques. Emprisonner un fait dans des règles, c’est le rendre par définition scientifique car il devient testable et réfutable. Par conséquent, lorsqu’Attali affirme qu’une limite telle que celle de la vitesse de la lumière est « intolérable », il utilise, sans le vouloir, une rhétorique anti-science. Cette intolérance nous la retrouvons d’ailleurs de façon identiquement affective dans de nombreux mouvements obscurantistes, je pense par exemple au créationnisme, pour lequel il est tout autant intolérable de penser que l’homme descend de créatures passées plus « primitives ». On voit donc le danger d’une telle vision, si elle s’appliquait par exemple aux débats sur le réchauffement climatique ou sur l ‘énergie où il devient contre-productif de trouver insupportable une limite phyisque.

Alors, est-ce à dire que toute recherche scientifique est par essence condamnée à accepter toutes les lois existantes comme gravées dans l’airain ? Evidemment non, mais quand une loi connue se trouve réfutée commence alors la période de crise scientifique kuhnienne, certes excitante mais aussi angoissante au contraire d’être fondamentalement libératrice comme Attali semble le penser. Le rôle du scientifique est de combler les vides laissés par des lois réfutées, en construisant d’autres lois, d’autres murs encadrant la nature.

Surtout, ces murs sont loin d’être une prison, ce sont avant tout des fondations sur lequel peut s’appuyer le génie humain. Les théories scientifiques non réfutées conduisent à l’élaboration de nouvelles sciences et de nouvelles technologies. Comme dans l’art, les carcans et les lois sont des guides empêchant le chaos anarchique et permettant l’émergence de raffinements toujours plus subtils.

12 réflexions au sujet de « Les murs de la science »

  1. Non, mais Tom… c’est Attali, quoi… faut pas faire attention à ce qu’il dit… y a longtemps que personne en fait plus cas.

  2. C’est vrai quoi….

    Il y a longtemps que Jacques Attali a franchi la barrière du principe de causalité.

    Il souffrait trop de cette limite imposée par la nature.

    Il parle ou écrit avant même de réfléchir à ce qu’il va dire ou écrire

    Et cela ne fait même pas l’objet d’un prix NOBEL.

    Quelle misère.

    C’est a désespérer de faire de la recherche.

    Il ne lui reste plus qu’à accéder au Paradis des sages en oubliant tout comme le fait Jacques Chirac…

  3. Je ne lis pas comme toi l’article d’Attali. Je comprends qu’il dit simplement que toutes les lois sont des contraintes (dura lex sed lex même pour la loi de la gravitation) et que c’est très excitant d’imaginer qu’on arrive à les dépasser. Ça casse pas trois pattes à un canard comme idée, on est d’accord, mais ça n’a rien non plus de dangereusement antiscientifique me semble-t-il….

  4. @H : non mais je trouve ce qu’il dit intéressant. Ça a un côté littéraire qui s’intéresse à la science.

    @Xochipilli : je ne sais pas, je n’aime vraiment pas du tout l’idée que la science est excitante uniquement quand elle transgresse les limites. Ce sont au contraire ces limites, ces lois universelles qui sont structurantes. (j’ai l’impression de parler comme Ségolène Royal, tout d’un coup).

  5. Attali, où le prototype de l' »intellectuel » français qui a sa tribune ouverte dans le Monde dès qu’il a eu un pseudo bout d’idée entre le café et la toilette, sur n’importe quel sujet et plus particulièrement ceux auxquels il ne comprend rien (et n’est visiblement pas allé plus loin pour s’informer que la lecture du Parisien Aujourd’hui en France).

    Spécificité bien franco-française de l' »intellectuel » qui a à peu près coulé tout ce qu’il a vraiment touché, mais qui continue à avoir pignon sur rue.

    Ils sont 5-10 dans ce cas, à passer à la télé entre deux directions de commission Théodule…

  6. Plutôt que de mur, il conviendrait de parler de plancher. Les lois de la physique permettent en effet de conceptualiser un terrain d’observation, au sein duquel tout est « explicable ». A partir du moment où l’on s’éloigne du terrain vers les marges on s’expose à une remise en cause partielle des lois référentes. Tant que l’univers observable restait cantonné au système solaire, la théorie newtonienne s’appliquait parfaitement. A partir du moment où l’on commence à intégrer des concepts « extrêmes » comme l’année-lumière, un élargissement du paradigme devient nécessaire — d’où l’intervention de la science quantique et de la relativité.

    De fait des phrases comme « il a rencontré, a sa grande surprise, il y a un siècle, une prison qu’on lui dit indépassable » sont d’une imbécilité rare. La Relativité n’est en rien une prison, bien plutôt une libération, un élargissement colossal de nos conceptions par rapport à ce que l’on croyait être le monde au début du XXe siècle.

  7. @ « Ça a un côté littéraire qui s’intéresse à la science. »

    Euh, Attali est un ancien major de Polytechnique … qui n’est pas réputée pour sa formation littéraire… (OK, après il est passé par science po et l’ENA)

    Les littéraires sont loin d’avoir le monopole des conneries écrites sur la science… les scientifiques font ça très bien tout seuls.

  8. @ Elias : je suis bien placé pour savoir qu’ être ancien major de l’ X ne fait pas nécessairement vous un grand spécialiste de la « vraie » science, celle qui se fait dans les labo ;). Ça changera quand tous les étudiants de la botte feront des thèses plutôt que le Corps des Mines.

  9. Le problème d’Attali c’est qu’il se sent tellement plus pisser qu’il croit que la moindre de ses pensées est profonde kif la Fosse des Mariannes. Du coup le matin en écoutant la radio alors qu’il est aux chiottes la porte ouverte, il se demande, tiens, cette histoire de neutrinos, ça m’évoque quoi ? Et la pensée creuse qui lui vient alors, une pensée brenneuse comme tout le monde en a parfois le matin dans les lieux, quand les yeux sont encore chassieux et la tête se ressent encore du whisky enquillé la veille, il te la nous tartine sur une pleine page, avec des phrases et des ronds de jambes et des incises… alors qu’un mec raisonnable se serait dépêché de garder ça pour lui — franchement.

    Mais au fond il s’en fout, je suis sûr que ça ne l’intéresse pas du tout, c’est juste qu’il se sent obligé d’avoir un avis sur tout.

    Enfin bref, ça nous fait matière à discussion, c’est déjà ça.

  10. Attali pense en gamin de 10ans qui rêve d’aller sur une étoile voisine. Je concède que moi aussi !

    @Elias

    Pour Allègre, si je n’ai lu son dernier bouquin polémique, j’ai compris des critiques qu’il citait ses sources pour mieux se faire poutrer. Attali, lui, sort des chiffres, des définitions, des hypothèses travesties en faits de son chapeau sans jamais sourcer. Il bâcle et ne maitrise même pas son sujet lorsqu’il parle d’’économie…

  11. Assez savoureuse en effet, la tribune de notre Attali national…

    Associée au titre du billet (« Les murs de la science »),

    ça m’évoque irrésistiblement la rubrique du Canard Enchaîné

    intitulée « Le mur du çon »…

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