Scary creation movie

Via @adelaigue, une plongée dans les lycées de la vraie Amérique profonde, celle des Glee clubs, du football américain et du créationnisme

Le plus effrayant est certainement l’intervention du dernier étudiant :

Cela n’a aucun sens. Comment un africain-américain a-t-il pu évoluer à partir d’une personne blanche ? Ils ont des couleurs de peau différente.

J’étais probablement naif, mais je n’avais jamais réalisé comment le discours créationniste pouvait ainsi rejoindre le discours raciste. Oh, évidemment, dès qu’on parle d’évolution humaine sur le web, il y a toujours quelques zozos d’extrême droite pour « questionner » les origines africaines de l’homme (exemples sous ce billet), mais le créationnisme offre une solution si simple et si évidente au fait de vouloir catégoriser les hommes que je suis presque étonné que ce « tabou » n’ait pas été encore brisé en France. Peut-être qu’après tout il y reste un fond assez fort de cartésianisme, et que l’école initie encore suffisamment au questionnement scientifique (mais j’ai des doutes sur la tendance actuelle).

5 réflexions au sujet de « Scary creation movie »

  1. « je n’avais jamais réalisé comment le discours créationniste pouvait ainsi rejoindre le discours raciste. »

    Moi non plus, mais je ne pense pas que ce soit très « orthodoxe » comme forme de créationnisme. Tous les hommes sont censés descendre D’Adam et Eve pour les partisans d’une lecture littérale de la bible. Et « l’origine des noirs » est censée être postérieure…

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Mal%C3%A9diction_de_Cham

  2. En fait la théorie évolutionniste me semble plus « logiquement » raciste que le discours créationniste: il suffit juste de dire que les africains sont les premiers (et donc les plus primitifs) pour construire un argument raciste intuitivement plausible.C’est ce qui a été fait au XIXe siècle. Le fixisme d’avant d’avant Darwin avait, me semble-t-il, beaucoup plus de mal à justifier scientifiquement une vision racialiste des hommes.

  3. @Hady : Pourtant on y arrivait très bien grâce à la notion d’involution : tout se dégrade à partir d’un âge d’or initial (Paradis terrestre dans les religions du livre). C’est en particulier ce qui fonde le système des castes en Inde : ceux qui sont resté purs sont dans la caste supérieure et plus la « race » s’est avilie au cours du temps, plus la caste est basse.

    Gould décrit très bien la façon dont deux théories biologiques contradictoires (les noirs sont de grands enfants vs les blancs ont les caractères néoténiques les plus marqués) ont servi à étayer l’opinion préexistante des auteurs = supériorité des blancs. Comme dit Xochipilli, les préjugés racistes sont ancrés en nous et ce n’est que par un travail conscient qu’on les réprime. Pas étonnant donc que tout système de pensé puisse justifier le racisme. C’est la voie de la facilité.

  4. J’ai lu les commentaires indiqués par Tom à la note « Quand nos ancêtres ont-ils quitté l’Afrique » et c’est tout aussi effrayant que les idées exprimées par les élèves du Midwest ou d’ailleurs.

    Ce que j’observe, surtout, c’est qu’il s’est produit un véritable travail de sape de l’autorité scientifique, dont je suppose qu’il remonte aux objections d’Allègre au réchauffement climatique, puisque des lecteurs supposés néophytes balancent immédiatement des arguments du type « Mais il y a 500 ans on pensait que la terre était plate, comment pouvez-vous rejeter mes arguments? »

    On discerne aussi le gros fantasme du détail qui vient remettre en cause tout un édifice théorique.

    A priori ces commentateurs ne sont pas des trolls, juste des gens qui viennent se frotter aux scientifiques comme on essaye d’entrer dans une discothèque, et qui sont furieux de se faire rejeter.

    C’est peut-être le piège de la science citoyenne que de proposer des rencontres sous formes de blogs ou de débats: si l’on se rencontre, c’est pour échanger; les scientifiques perçoivent ces rencontres comme des moments de vulgarisation et d’explications privilégiées; les lecteurs, ou le public, y voient plutôt l’occasion de discuter à bâtons rompus, et n’apprécient pas les recadrages permanents.

    Comme le scientifique n’est pas supposé faire des concessions sur l’état actuel de ses connaissances, le ton monte rapidement.

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