Contre-exemple d'information scientifique

On va encore me dire que je râle tout le temps, mais à l’heure où l’on s’interroge sur la communication scientifique et à la place de la science dans les media, j’ai un peu tiqué devant cette histoire :

C’est le TimesOnLine qui reprend l’information. Selon Emily Pritchards, étudiante de 26 ans au sein du service de génétique humaine du Western General Hospital d’Edinburgh, on pourrait expliquer le nombre étonnant de roux en Écosse par l’équation suivante :

Prédisposition génétique + temps de chien = roux en pagaille.

C’est peut-être vrai, mais l’article en question d’Emily Pritchards n’a été publié que dans le magazine pour l’université d’Edinbourg. C’est un peu léger comme référence scientifique. Ce n’est pas non plus comme s’il n’y avait pas plein de VRAIS papiers scientifiques corrélant le temps qu’il fait au teint (via la production de la vitamine D) voire même à la tolérance au lactose ou à la taille des moutons.
Je ne sais pas si on peut généraliser, mais l’impression est un peu caricaturale, comme si lorsqu’il s’agit de parler de science, certains mauvais réflexes réapparaissent où les journalistes :

  • envisagent la science par le minuscule bout de la lorgnette saupoudré de cliché (les roux, le temps en Ecosse)
  • se fichent complètement de savoir si le résultat est vraiment scientifiquement démontré, tant que ce n’est qu’une « hypothèse » rigolote
  • se fichent complètement de savoir si d’autres vrais résultats du même genre existent déjà (et ce n’est pas comme si les histoires de vitamine D, de tolérance au lactose et de couleur de peau n’étaient pas naturellement funky, on peut même saupoudrer de roux et de Néandertal si besoin)
  • se fichent complètement du niveau ou de la pertinence scientifique de leurs sources
  • se plagient les uns les autres

Bref, on a le sentiment que la science n’est pas traitée de façon très sérieuse – et je ne suis pas loin de penser que c’est parce qu’elle est naturellement trop sérieuse et que prendre ce contre-pied est le seul moyen de ne pas barber le lecteur.
Cela explique probablement certaines confusions qui règnent sur la science en général comme dans les polémiques médiatiques sur le réchauffement climatique par exemple.

8 réflexions au sujet de « Contre-exemple d'information scientifique »

  1. tes problemes avec les journalistes me font sourire. je ne te raconte pas les aneries economiques que je lis tout le temps (je parle de choses factuellement fausses). donc bienvenu au club.

    mais sur le fond, le probleme c’est que tu crois que le boulot des journalistes c’est d’aller chercher des explications alternatives?

    leur boulot c’est de produire de la copie qui se vende, fun, des clicks sur internet.
    bref, l’histoire des roux, c’est du tout bon.

    il faut remettre les journalistes a leur place – ils sont dans le systeme economique et ne sont pas la pour faire de la science…
    sinon ils seraient scientifiques!

    apres c’est la presence d’un public exigeant qui cree de la demande pour du bon journalisme.
    mais je trouve que tu deviens paranoiaque. tout le monde en lisant cette news prend ca en riant, et fait des blagues aux roux. c’est comme les bds dans les journaux.

  2. Je suis un peu sur la même ligne que François.
    « la science n’est pas traitée de façon très sérieuse – et je ne suis pas loin de penser que c’est parce qu’elle est naturellement trop sérieuse » > Je n’ai pas l’impression que les autres sujets soient traités de façon plus sérieuse. La politique n’y est traitée que sous son aspect anecdotique/tactique (X déclare être pour ou contre un projet de loi ? Les journalistes chercheront uniquement à savoir si c’est pour se positionner par rapport à Y). Le social par le petit bout de la lorgnette (tiens, un micro-trottoir). Le monde ne les intéresse que s’il y a des grands malheurs dont personne n’est responsable. L’agenda culturel est celui du marketting people. Et du sport, du sport, du sport…
    Franchement, la science n’y est pas plus mal traitée qu’autre chose.

  3. Je comprends tout à fait l’irritation de Tom Roud, et je la partage.

    Le problème d’une telle légèreté à traiter de sujets scientifiques, c’est qu’elle porte autant (ou aussi peu) à conséquence que les sujets qui sont traités.

    L’histoire des individus roux n’est pas un sujet qui porte vraiment à conséquence. Donc le traiter avec légèreté n’est pas très grave. Par contre, il y a des sujets sur lesquels la science travaille, pour lesquels les résultats semblent induire des conséquences profondes sur nos sociétés. Et là, traiter ces sujets avec légèreté est, au mieux… coupable, dirons-nous.

    Et malheureusement, c’est en s’obligeant à être rigoureux sur les sujets sans gravité qu’on évite le mieux de manquer de rigueur face à un sujet grave. Surtout quand on a une formation intellectuelle qui n’a pas habitué à travailler avec ce type de rigueur. Et cela, la plupart des journalistes ne l’ont toujours pas compris.

  4. « Franchement, la science n’y est pas plus mal traitée qu’autre chose. » +1 pablo.

    Et en effet tu n’es pas le seul à penser que les journalistes se fichent de la véracité de leurs articles tant qu’ils peuvent attirer un éventuel lecteur.

    « Cela explique probablement certaines confusions qui règnent sur la science en général comme dans les polémiques médiatiques sur le réchauffement climatique par exemple. »

    Exactement !!

    Les « erreurs » (c’est involontaire une erreur d’où les guillemets) provoquent bien des confusions chez les lecteurs lambdas (je pense, parmi tant d’autres, à l’affaire du Contrat Premiere Embauche en 2006).

  5. Je partage ton irritation en général Tom: plus l’info est rigolote, moins ça vaut la peine de la creuser, ce serait risquer de la nuancer sérieusement donc de diminuer son attractivité.

    Sauf que pour le coup, le titre de l’article est « Etudes débiles », un indice que le journal n’est pas complètement dupe et que son intention est plus de faire sourire le lecteur que de l’informer…

  6. Si je peux me permettre, ne mettez pas tous les journalistes dans le même panier … 🙂
    J’explique : d’un côté il y a la presse grand public et effectivement c’est la guerre pour trouver des lecteurs. Pour autant et pour ce que je connais des rédactions si certains sujets sont traités de manières un peu « funky », je n’en dirais pas autant pour tous. (Cf de grands dossier dans les magazines comme Science et Vie, Sciences et Avenir etc…, ou les blogs de certains journalistes comme Laure Noualhat, Denis Delbecq, Sylvestre Huet…)
    De l’autre côté, il y a toute la presse professionnelle dont on ne soupçonne pas la diversité et là, je n’ai pas encore trouvé énormément d’articles légers.

    Il y a plusieurs problèmes à mon avis. 1) La science a cette image de sérieux, de difficile et presque d’inaccessible pour nombre de gens. Il n’y a qu’à faire un état des lieux de la place qui lui est accordée dans les quotidiens (qui sont par définition les journaux lus par le public le plus divers). En fait, en tant que journaliste soit on écrit pour des scientifiques (magazines de vulgarisation), soit on essaye d’écrire pour un plus public plus large (quotidiens, hebdo…) Et aujourd’hui, à l’ère du « si je ne suis pas intéressé par les 2 premières lignes je zappe », ce n’est pas évident. A mon avis, peu importe l’entrée en matière s’il y a derrière un travail de recherche, de vérification et de volonté de transmettre un sujet intéressant et pertinent.
    2) La mentalité du lecteur, qui n’ira pas spontanément vers ces sujets scientifiques (d’où la nécessité de les attirer avec des méthodes plus ou moins nobles)
    et 3) la « crise » des médias. J’entends par là le fait que le papier ne fait plus recette, que la lecture sur internet est différente et que fasse à la quantité d’informations disponibles, il n’est pas toujours évident de sortir du lot !

    Pour ma part, je reste persuadée qu’un journaliste politique est différent d’un journaliste scientifique ou économique et que ce sont avant tout des journalistes (et non des experts) ! Ca ne m’empêche pas de bouillir et de râler après certains 😉

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