La science a un sérieux problème de relations publiques

Ce n’est pas moi qui le dis mais David Wescott dans un très bon billet.

On a déjà évoqué les nombreuses « controverses » sur ce blog depuis le réchauffement climatique jusqu’au mouvement anti-vaccin aux Etats-Unis. Wescott constate amèrement que malgré tous les efforts, la science recule systématiquement dans ces débats. Pire, même lorsqu’un papier utilisé comme argument scientifique par les « sceptiques » est rétracté, le mal est fait : voir par exemple l’histoire du fameux papier corrélant l’autisme à la vaccination.

Plus inquiétant, les mouvements « sceptiques » ou « dénialistes » convergent et surfent sur les succès des uns et des autres : ainsi les créationnistes ont-ils embrassé la cause de la contestation du réchauffement climatique, avec des arguments qui laissent rêveur :

it is hubris to think that human beings could disrupt something that God created.

Quelle hubris de penser que les humains pourraient détruire une création Divine !

Intéressant aveuglement 65 ans après Hiroshima.

Dave Wescott identifie une cause :

Science has a serious PR problem, and it’s this: Critics of science are searching people out and talking with them in the simplest terms possible. Scientists and « science writers, » if they talk at all, are basically talking with each other.

La science a un problème de relation publique, et la voici : les critiques de la science vont prendre les gens par la main, et leur parlent avec les arguments les plus simples possibles. Les scientifiques et les « vulgarisateurs », s’ils parlent, ne font que se parler entre eux.

Constat malheureusement vrai.

Comment lutter ?

La blogosphère est certainement une solution, mais Wescott a raison de souligner que bien souvent, les blogueurs sont beaucoup trop violents dans leur ton face aux critiques, allant parfois jusqu’à l’insulte pure et simple. Wescott pense que la seule solution est de rendre la science présente et surtout pertinente dans la vie de tous les jours. Bref, il faut que les scientifiques montrent qu’ils sont importants, fassent connaître la science, voire invitent tout un chacun à participer à de la vraie science (et je découvre à cette occasion l’opération « Science for Citizens« ).

Je pense que le diagnostic est en partie juste : le problème essentiel est que les gens n’ont aucune idée de ce que c’est la science et de la façon dont elle fonctionne. Rappelons par exemple que la variable la plus corrélée au rejet de l’évolution n’est pas la foi religieuse mais un manque de confiance dans la science en général. Les polémiques récentes sur la publication des data brutes sur le climat se calmeraient d’elles-mêmes si les gens avaient une vague idée de ce signifie vraiment la collecte et le traitement de données (qui sont rarement brutes, même les appareils de mesure utilisent des modèles physiques).

Mais il ne faut pas non plus minimiser le fait que la science dérange souvent. Elle est affirmative et autoritaire, et ne nous caresse pas dans le sens du poil . Le fort mouvement climato-sceptique actuel est ainsi très probablement corrélé au fait que nous réalisons doucement que la lutte contre le réchauffement climatique va induire de sérieux changements de comportement, ce que certains n’acceptent pas . C’est d’ailleurs pour cela que les critiques de la science climatique s’accompagnent mécaniquement d’attaques contre la « stupidité » des écologistes politiques (ce qui permet d’occulter les discours des scientifiques) [1]. De la même façon, de nombreux créationnistes rejettent la science parce qu’ils pensent qu’elle menace la morale ou leur mode de vie.

Nous-mêmes scientifiques avons parfois une image trop idéalisée de la science, presque rousseauiste, comme si l’énoncé de la vérité scientifique était naturellement bon et convaincant en soi. Or la science est violente, ainsi la science a -t-elle déjà infligé des blessures narcissiques terribles à l’homme comme l’explique très bien dvanw, le privant de son statut de roi de la création au libre-arbitre absolu et au pouvoir infini sur la nature.

Je ne pense donc pas qu’on puisse se contenter d’expliquer ou de faire de la science « bonne en soi », il faut être un peu plus proactif. Tout en évitant de basculer trop souvent dans la moquerie ou l’insulte, je suis convaincu qu’il faut répondre aux critiques et être présent là où les sceptiques avancent leurs pions. Trois fronts me semblent importants :

  • D’abord, l’école. Les programmes scientifiques sont devenus un enjeu . Et pas qu’aux Etats-Unis : rappelons en France que l’évolution a disparu des programmes du primaire, mais dans le même mouvement ont aussi (implicitement) disparu des notions de physique non intuitives comme l’héliocentrisme. Autrement dit, les programmes de science sont en train de se vider précisément des deux premières blessures narcissiques infligées à l’homme par la science dont je parlais plus haut. On n’apprend plus à l’école que la Terre n’est pas le centre de l’univers, on n’apprend plus non plus que l’homme n’a pas de place particulière dans le royaume du vivant. Notons d’ailleurs que les climato-sceptiques commencent d’ailleurs doucement à se pencher sur les programmes scolaires.
  • Ensuite les media généralistes, mais j’ai déjà rédigé un billet là-dessus, et je ne sais toujours pas quelle est la meilleure stratégie même si je crois qu’il faut désormais entrer un peu plus dans les détails, notamment sur l’effet de serre (voir plus bas).
  • Enfin, Internet. Une chose qui m’a frappé ces derniers jours est l’importance de la reprise dans les argumentaires des climato-sceptiques français du site pensee-unique.fr , espèce de contrepoint à RealClimate.org (qui prêche encore une fois les convertis). Un exemple en particulier : le mème actuel est de contester purement et simplement l’existence de l’effet de serre sur la base d’un papier de deux physiciens allemands publiés sur l’arXiv et dans une obscure revue. Ce qui est tout à fait frappant (pour le physicien) est de voir à quel point ce papier est mauvais sur tous les plans : mal écrit, loupant sa cible (le papier passe son temps à expliquer que ce qui se passe dans une serre ne se passe pas tel quel en climatologie, ce qui est parfaitement connu), avec des raisonnements boiteux et des préconisations pour la science du climat un peu délirantes scientifiquement, du genre :

    Therefore it would conceptually be necessary to go into the microscopic regime, which is described by non-equilibrium multi-species quantum electrodynamics of particles incorporating bound states with internal degrees of freedom

    Pourquoi un papier de ce genre a-t-il autant de crédit auprès de la sphère sceptique ? Est-ce à cause du mauvais emploi du terme « effet de serre » par les scientifiques mêmes ? Comment lutter contre un argumentaire faux de ce genre ? La discussion sur l’effet de serre me paraît être un cas important à traiter puisque c’est le mécanisme de base des modèles prédisant le réchauffement climatique.

  • [1] De ce point de vue, la prix Nobel de la Paix 2007 n’a d’ailleurs pas aidé à distinguer le militantisme politique du fond scientifique.

35 réflexions au sujet de « La science a un sérieux problème de relations publiques »

  1. Excellent billet.

    Si je peux me permettre, j’ajouterai un autre moyen de lutter: les interventions grand public.
    J’ai eu la chance de faire des exposés dans un petit village de campagne durant ma thèse, et je n’ai pas été déçu. Beaucoup de personnes viennent (avoir une centaine de personne pour une conférence grand public, c’est difficile à atteindre en agglomération!). Et on peut réellement faire passer nos messages, nos questionnements, et montrer que nous ne sommes pas des extraterrestres!
    Dans ce genre d’évènements, le public est autre que celui qui fait l’effort de se déplacer dans les laboratoires pour la fête de la science.

    Dans la même optique, encadrer les visites scolaire (c’est plus simple en astronomie) est un travail essentiel.
    Bien sûr, le travail est biaisé: seuls les enseignants intéressés emmèneront leurs élèves. Mais si on abandonne ce point…

    Ce qui nous amène au problème de ce type d’enseignement: comment les rendre attractifs pour les chercheurs? Faire ce genre d’activité est généralement pris sur le temps libre, la famille (…), n’est pas toujours reconnu comme enseignement, et n’apporte rien à la carrière (contrairement à un brevet) – faire du grand public, c’est toutefois un bon moyen de trouver des thésards-.
    En pratique, cela apporte un noyau dur de quelques chercheurs prêt à passer beaucoup de temps avec le grand public. Et qui ne peuvent pas forcément faire face aux demandes de tout le monde.

    Pour résumer, c’est important d’agir localement, avec si possible l’aide du réseau éducatif (associations, écoles…) qui est mieux placés pour l’organisation.
    Mais pour améliorer le tout, il faudrait que ces activités soient au mieux moins handicapantes!

    Bon courage à tous, et encore merci pour ce billet.

    • Merci pour le commentaire et le compliment 😉

      Dans la même veine, il y a la main à la pâte dont j’avais parlé ici :
      http://tomroud.cafe-sciences.org/2007/12/10/la-main-a-la-pate-a-pisa/
      qui a aussi l’avantage de se faire à l’école.

      Sur le temps, je vais te dire : si on valorisait les activités de vulgarisation et d’enseignement, il y aurait des gens. En particulier, je suis sûr qu’il y a des tas de chercheurs qui aimeraient (et ont déjà) une seconde carrière plus consacrée à ces choses-là. Il s’agirait simplement de le reconnaître, l’encadrer et le formaliser au niveau de la progression des carrières …

  2. Ping : Cactus Acide » » L’observatoire du neuromancien 03/06/2010

  3. Ping : Science & relations publiques. « Estudio(s)

  4. Ce dont on se rend compte finalement, c’est que la science est une production humaine qui est vouée comme toutes les autres à générer des disputes, occasionner des incompréhensions, et qui plus que toutes les autres dit des choses que nous ne voulons pas forcément entendre. C’est loin d’être nouveau (la réédition de « La fin du monde par la science » d’Eugène Huzar, 1855, est une bonne piqûre de rappel) mais les scientifiques se sont pendant longtemps leurrés sur le sujet. Maintenant que les frontières de leur champ est contesté (pensons au créationnisme) et qu’il se déploie dans les même arènes que les débats citoyens (grands médias, internet…), la réalité ne peut plus être niée…

    Il va falloir sérieusement réfléchir à tout ceci désormais. Et les recherches des sociologues des sciences me paraissent indispensables à ce travail…

    • Oui, bien vu. Mais je dirais que cet aveuglement n’est pas seulement un problème des scientifiques, mais aussi celui du grand public dans un mouvement en miroir. Regarde l’affaire des e-mails volés au CRU : les gens semblent découvrir ébahis que des chercheurs peuvent détester d’autres, peuvent avoir des mouvements d’humeur, etc… Comme si tout ce qu’un chercheur dit ou pense était pensé au trébuchet et peer-reviewé !!!

      • Ces mythes et ces ignorances mutuelles sont construits de part et d’autres, c’est évident. La même chose s’est produite avec l’agriculture : quand les OGM ont déboulé, le public avait encore l’image d’une paysannerie à la papi, alors que les agricultures cultivaient des hybrides F1 (qu’ils doivent racheter chaque année) depuis déjà des décennies.

        Les crises qu’entraînent ces chocs, OGM d’un côté et climate gate de l’autre, sont difficiles à traverser mais elles sont sans doute inévitables pour que le fossé entre deux mondes finisse par se combler. Ce sont des électrochocs à l’échelle de la population, qui permettent de tester et recadrer régulièrement la cohérence entre les valeurs et les pratiques de nos mondes sociaux.

  5. Très bon billet en effet. Il me semble que la réflexion ne s’arrête pas à la science toutefois. Le « denialism » comme tu l’appelles est corrélé à la défiance envers les politiques. Un effet pervers de la création du GIEC fut d’associer les chercheurs aux pouvoirs institués. Ainsi ont-ils été pris pour cible par tous les conspirationnistes, mais aussi par tous ces citoyens qui sentent que quelque chose d’essentiel va leur échapper, ou leur a échappé; la maîtrise de leur destin, le pouvoir d’achat, que sais-je.
    Je ne serais pas surpris (j’ai fait un petit sondage) que les climato-sceptiques d’aujourd’hui soient aussi ceux qui ont voté « non » au traité européen de 2005 (ou 2006?).

  6. Oui, tu as raison sur la défiance envers les politiques, je dirais l’autorité en général. Sur le GIEC, le constat est vrai, mais pouvait-on faire autrement ? A partir du moment où des décisions politiques doivent être prises sur une base scientifique, je ne vois pas très bien comment on pourrait y échapper. Quant au fait que les citoyens sentent que quelque chose d’essentiel leur échappe, je rapprocherai volontiers cela de ces blessures narcissiques infligées par la science …
    Sur le TCE et les climato-sceptiques, je connais pas mal de contre-exemples, mais c’est bien possible que mon échantillon soit biaisé à  l’extrême gauche des labos.

  7. Merci une fois de plus, Tomroud, pour ce billet qui résume très bien les choses.

    J’ajouterai seulement qu’une chose me frappe. Certes il y a ceux qui affirment que le dioxyde de carbone est une base (lu dans un commentaire d’un billet récent sur le sujet d’écrit de l’agreg interne) ; ceux-là, ils parlent juste de choses qu’ils ignorent.
    Mais il y a aussi ceux qui ont une formation scientifique, et qui croient en toute bonne foi, exercer leur esprit critique en démontant les conclusions du GIEC sur le climat. Le site pensée unique et tous ceux qui en citent des passage en sont des exemples. J’ai récemment eu un dialogue (de sourd) avec quelqu’un qui dit avoir eu une formation scientifique, sur la « démonstration » que l’effet de serre serait du flan à partir du « modèle » qui fait abstraction du Soleil (!), qu’on lit dans pensée unique. J’en suis sorti effondré. Je n’ai vraiment abouti à rien, mais à vraiment rien du tout.

    PS : soit dit en passant, quelqu’un sait-il qui se cache derrière pensée unique ?

    • Merci pour le commentaire.

      L’un des problèmes, je crois, vient précisément de la vulgarisation. On a un peu trop tendance à faire croire que vulgariser la science, c’est comme en faire. Voir par exemple, sur pensee-unique.fr, toutes les expériences sur l’effet de serre, qui perd complètement de vue le fait que l’effet de sphère atmosphérique n’est pas le même que l’effet de serre dans une serre. Bref, à force de « mâcher » le travail, on oublie de dire que la science c’est dur, complexe, et qu’il faut beaucoup, beaucoup de connaissances avant de faire quelque chose et de dire quelque chose de pertinent. Sur les conversations avec les sceptiques, je crois qu’il ne faut pas se faire d’illusions, juste peut-être mettre les gens en face des contradictions, mais aussi en face de leurs préjugés. Comme toi ce qui me frappe c’est la faiblesse des arguments, mais aussi leur mauvaise foi. Sortir des arguments non scientifiques ou des papiers mauvais et faux pour pointer du doigt des prétendus erreurs formelles ou de raisonnement de vrais papiers scientifiques, c’est un manque total de discernement scientifique.

      L’auteur de pensée unique n’est pas caché :
      http://pensee-unique.fr/auteur.html

      Sinon, comment ça se passe un blog pour classe prépa ? Les étudiants lisent-ils, participent-ils ?

      • En fait il semblerait que Jean Martin soit un pseudo. Well, whatever, moi aussi je suis anonyme, et ses citations de certains mauvais articles ne font pas très sérieux, sans compter la mauvaise foi sur ce qu’il a dit récemment sur l’e-mail envoyé aux membres de l’APS sur le réchauffement climatique.

      • Pour rebondir sur d’autres commentaires, c’est évident que la vulgarisation est indispensable (mais surement très chronophage pour les chercheurs !). Mais je crois aussi qu’on pourrait démystifier la science et la recherche scientifique en faisant de l’histoire des sciences. Le mythe du génial chercheur solitaire révolutionnant la science, mais rejeté par ses pairs, est sans cesse utilisé par les climato-sceptiques, pour défendre les thèses les plus contestables. Ceux qui n’ont pas fait de science ne se rendent pas compte que faire de la science, c’est aussi passer plein de temps à lire les autres et à écrire des articles et des rapports pour être lu par d’autres (cf l’opposition classiques expert/chercheurs), et que le savant solitaire qui a raison contre tout le monde, ça n’existe pas vraiment. Mais évidemment, c’est le genre de choses qui prendrait du temps, sans compter qu’aucun enseignant n’a vraiment eu à s’intéresser au problème autrement que par curiosité personnelle.

        Pour te répondre à propo de mon blog. Les élèves lisent pour certains, mais ne participent pas vraiment au débat. D’un autre côté, ils ont plein de boulot et, je pense, ne suivent l’actualité que de très loin. Je ne crois pas que ce soit par manque d’intérêt ou d’esprit critique, parce qu’à une conférence sur l’Evolution, ils ont posé plein de questions vraiment intéressantes (mes impressions sont peut-être biaisées par le fait que mes élèves sont des BCPST, et dans l’ensemble et par expérience, il me semble qu’ils sont davantage scientifiques « dans l’esprit » que d’autre type de prépas).

        Sur Pensée unique, je pense comme toi que Jean Martin est un pseudo. J’ai quand même un peu de mal à imaginer qu’il s’agisse vraiment d’un physicien, ou alors vraiment de très mauvaise foi.

  8. A mon humble avis, rien ne peut remplacer un cours de logique et d’épistémologie, où seraient mis en évidence les critères minimaux d’un discours valide.

  9. La science a un problème de marketing. Pourquoi on ne vire pas le « PR guy » et on en prend un qui fera un meilleur job ?
    Encore faut-il qu’il sache quel message faire passer ?

    On semble tout ramener au problème du climat (dont personnellement je me fous totalement), et toutes les autres questions scientifiques sont greffées à cette guéguerre « scientifiques-qui-savent Vs climato-sceptiques ». Aucun discernement. On fout la dedans les créationnistes, les OGM, les vaccins et même le traité de constitution européenne (là franchement on fait fort).

    C’est peut être là qu’est le problème ?

    • Je ne sais pas pour le TCE ou les OGM, mais il y a quand même des traits communs entre tous les autres débats « scientifiques » . Bien que cela soit deux débats très différents, on peut faire très facilement une liste de certains arguments « sceptiques » communs entre les créationnistes et les climato-sceptiques :
      http://darwin2009.blog.lemonde.fr/2009/12/17/petit-precis-de-scepticisme-online/
      Il y a bien sûr des exemples. Aucun de ces arguments n’est valide scientifiquement, pourtant on les retrouve dans beaucoup de ces discussions

  10. @que le savant solitaire qui a raison contre tout le monde, ça n’existe pas vraiment

    Il y en a beaucoup d’exemples, me semble-t-il. Au hasard : Zhabotinski (les spirales) obligé de publier dans une obscure revue de second ordre (ça réaction « contrevenait au second principe »), Ruelle (period 3 implies chaos), obligé de se publier lui même dans un proceeding, Anne Dambricourt-Malassé pratiquement persécutée récemment. Davantage dans le passé: René Just Haüy et sa « molécule intégrante », sans parler de tous les grands classiques, Bruno, Gallilée, Semmelweis en médecine etc.

    • A mon avis c’est plus vrai quand le domaine scientifique est un peu « immature » ou pas encore trop quantitatif, type physique à l’époque de Galilée ou biologie aujourd’hui (bon évidemment on peut se dire que Ruelle est un contre-exemple). On pourrait imaginer d’ailleurs que ça arrive pour les sciences du climat aujourd’hui, s’il y avait de vrais argument (les papier cités par les sceptiques me laissent moi aussi très sceptiques 😉 )

  11. Tout à  fait d’accord avec toi pour regretter qu’on enseigne pas le fonctionnement de la démarche scientifique ni son histoire. Ou si peu.

    Cela me semble plus important que d’enseigner les résultats obtenus à un temps t, résultats qui seront forcément modulés, voire éradiqués, par les avancées des recherches. Il s’agit, de mon point de vue, d’un point crucial : la méfiance envers la science provient d’une mauvaise perception par le grand public de ce qu’elle a à  dire. Elle ne peut produire, par nature, des réponses affirmatives, qui ferment le débat. C’est précisément cela qui est difficile à  faire admettre auprès du « bon sens populaire ». Et hélas notre communication se limite pour l’essentiel à quelques mandarins arrogants qui trustent les media, les « vrais » scientifiques ayant autre chose à faire de leur journée.

    Pour le reste, as usual, tu n’es pas bien loin d’un point Lyssenko (version science du Goldwin, si tu le permet) par exemple quand tu écris que la science est « affirmative et autoritaire ». Non elle est incertaine et mouvante. De même tout amalgamer RCA, créationisme, vaccins ne me semble pas relever d’une démarche très saine mais si cela constitue un aveu implicite de faiblesse…

    • Je partage « l’amalgame » avec Wescott car aussi éloignés que ces domaines soient, les débats grand public se structurent et se déroulent de la même façon (je remets mon lien sur le point commun entre les arguments de climato-sceptiques et du créationnisme :
      http://darwin2009.blog.lemonde.fr/2009/12/17/petit-precis-de-scepticisme-online/
      ).

      Si tu vas sur un site de contestataire de la théorie de la relativité restreinte (théorie incertaine et mouvante selon toi ?), tu liras aussi des appels à Galilée, le fait que beaucoup de scientifiques ne croient pas à la théorie de la relativité, que les faits expérimentaux nouveaux vont bientôt démontrer qu’elle est fausse et que l’establishment scientifique empêche honteusement le débat.

      la science est “affirmative et autoritaire”.

      Disons que c’est une petite hyperbole pour insister sur les blessures narcissiques. « La Terre est ronde », c’est un fait que j’estime affirmatif et autoritaire, pas « incertain et mouvant ». Après, c’est vrai qu’on passe de l’un à l’autre au cours de la démarche scientifique, mais dire que tout est « incertain et mouvant » a priori me paraît assez dangereux. D’autant plus sur les débats qui nous (m’)intéressent, bien souvent, dans les discussions « grand public », la contestation est à mon sens beaucoup plus sur les points surs que sur les points « incertains et mouvants ». C’est d’ailleurs l’un des artifices rhétoriques préférés des sceptiques (« la science doit douter, donc doutons de l’affirmation scientifique que la Terre soit ronde »). Je suis tout à fait d’accord pour dire qu’il y a beaucoup d’incertitudes sur le climat à venir, beaucoup moins d’accord pour dire que le signe du changement est incertain ou que l’effet de serre n’existe pas.

      • Le problème de l’analogie à tout va (eg l’amalgame) est qu’on peut lui faire dire tout et son contraire.

        Je ne serais pas loin (en fait je trouve qu’ils sautent aux yeux) de trouver des points de convergences entre les créationnistes et les tenants les plus affirmatifs du « réchauffement climatique anthropocentré » : refus de la complexité et besoin de linéarité, appel à des instances supérieures pour clore le débat (qui dieu, qui l’ONU), intimidation des non croyants, refus (ou orientation) des observations …

        Bref une fois que j’ai établi un tel lien, à part un procédé rhétorique facile de dénigration qu’ai je démontré ? Tipota, nada, rien…

        Oui évidemment il y a des domaines scientifiques moins mouvants que d’autres (encore qu’on peut passer des heures à discuter de la réalité de l’existence d’une table ou non). Mais ce sont pour l’essentiel des données forts anciennes, bien établies -mais dont certaines finiront bien par tomber un jour ou l’autre (le freudisme au sens strict par exemple)- pas de la recherche contemporaine !

        Le « bon » peuple se méfie de la science parce qu’il a entendu trop d’avis péremptoires rapidement démentis. Restons modeste et humble pour gagner en crédibilité non ?

        En corollaire ma « mission » n’est pas d’éduquer le peuple, j’en n’ai rien à faire au delà de mes étudiants.

        • Je ne serais pas loin (en fait je trouve qu’ils sautent aux yeux) de trouver des points de convergences entre les créationnistes et les tenants les plus affirmatifs du “réchauffement climatique anthropocentré” : refus de la complexité et besoin de linéarité, appel à des instances supérieures pour clore le débat (qui dieu, qui l’ONU), intimidation des non croyants, refus (ou orientation) des observations …

          Je vois surtout une grosse grosse différence : les principaux tenants du “réchauffement climatique anthropocentré” sont des scientifiques, se basant sur des data et des modèles, les créationnistes sont des bigots se basant sur leurs croyances. Encore une fois, n’assimilons pas les scientifiques aux écologistes politiques de tout poil. Par ailleurs je ne crois pas que les climatologues refusent la complexité (pour la linéarité, je ne sais pas, mais tout modèle est linéaire dans une limite assez petite, c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles les incertitudes sont grandes dans le régime non-linéaire) et invoquent l’ONU à tout va (je soupçonne même que ces histoires de GIEC et d’ONU les embêtent plus qu’autre chose).

          Sinon, plus scientifiquement, ce n’est pas parce que le choses sont (ont l’air) complexes qu’il faut se laisser paralyser par la complexité. Mais je soupçonne que nos biais de formation respectifs ne nous donnent pas la même vision de la complexité, trop souvent paralysante en biologie à mon avis.

          Bref une fois que j’ai établi un tel lien, à part un procédé rhétorique facile de dénigration qu’ai je démontré ?

          Le billet était parti sur la communication (relation publique). Que tu le veuilles ou non, ces éléments rhétoriques pullulent sur le web sceptique et font partie intégrante de la communication sceptique (voire même de la stratégie de communication dans le cas des créationnistes). Je pense aussi qu’ils contribuent à ce recul de la science dans les débats.

          J’ai aussi parlé un peu des arguments scientifiques de fond, et je dois dire que les climato-sceptiques ne présentent rien de convaincant. Pas les climatologues qui proposent mécanisme, modèle et corrèlent/calibrent avec les observations.

          Le “bon” peuple se méfie de la science parce qu’il a entendu trop d’avis péremptoires rapidement démentis. Restons modeste et humble pour gagner en crédibilité non ?

          Il ne s’agit pas de rester modeste et humble, il s’agit de défendre ce qu’on sait vrai (par exemple la réalité de l’effet de serre, sans même aller jusqu’à l’influence humaine sur le climat). Quant à l’humilité, franchement, tu ne vas pas me dire qu’Allègre et Courtillot sont des modèles de modestie et d’humilité par rapport à Jouzel par exemple?

          En corollaire ma “mission” n’est pas d’éduquer le peuple, j’en n’ai rien à faire au delà de mes étudiants.

          Je ne crois pas avoir parlé de mission, en tous cas pas nécessairement pour moi, mais bon, je trouve un peu étrange ton assertion, quand on a un blog et qu’on vient commenter sur les autres, on peut difficilement dire qu’on ne se préoccupe que de ses étudiants et pas du débat public 😛

          • Je tiens un blog essentiellement pour mettre en forme des « idées » éparses (et pour me relâcher de certains énervement…). C’est à usage interne plus qu’autre chose… En d’autres mots j’ai une quantité de notes non publiées ou même écrites : cette contrainte me permet de tenter de réfléchir posément, une simple tentative d’irrigation du cerveau si tu préfère.

            Sur le fond ma formation scientifique veut que je ne sache pas grand chose de « vrai ». Elle me permet simplement de dire certaines choses comme fausses (ou plus exactement comme très improbables). C’est ce message du « vrai » qui ne passe pas auprès du grand public, échaudé par de faits erronés présenté comme indubitables scientifiquement au fil des âges (du chromosome du meurtre en passant par la vache folle qui allait nous anéantir). C’est un des principal reproche que je fais aux tenants du “réchauffement climatique anthropocentré” : on va encore avoir fin quand (si…) tout ceci s’écroulera ! Le recul de la science il est bien là et pas dans le débat !

            Tu ressors peu ou prou l’argument du consensus des climatologues. Je sais que ça te défrise mais penche toi sur le climategate, si ceci était avéré bon nombre des messages incriminés n’existeraient pas. Là où je trouve que tu dérape c’est en comparant les climato-sceptiques à des créationnistes. Non ne lis pas que les border line : tout un tas de climato-sceptiques invoquent la méthodologie scientifique, de façon assez convaincante. Refuser de les entendre en invoquant je ne sais quel science pure qui détient la vérité ou pseudo-créationnisme est un contre-sens total. Ils prétendent rétablir la méthode scientifique à tort ou à raison.

            Tu me fais bien marrer avec « je soupçonne même que ces histoires de GIEC et d’ONU les embêtent plus qu’autre chose ». Par exemple explique ça à P. Jones qui tente de prendre appui sur ces structures pour faire virer un editioral board d’une bonne revue qui pu mécanisme blie trop d’articles mal pensants (ah bon il n’y a pas consensus 😉 ). Là tu te tire une balle dans le pied, désolé.

            « les climatologues qui proposent, modèle et corrèlent/calibrent avec les observations ». On en a déjà discuté ailleurs. C’est très clairement de l’anti-science. La science n’est pas basée sur la corrélation et la modélisation, sinon on en serait encore aux saignées ou à lire l’avenir dans les tripes de volailles. Ce n’est pas parce qu’on possède de très beaux modèles statistiques ou mathématiques qu’on se prémunie du culte du cargo. Je sais que je ne parviendrais pas à te convaincre sur ce point. Au mieux c’est du positivisme, plus vraisemblablement de l’obscurantisme : on croit que l’on a tout compris et qu’il suffit de dérouler. hélas ce biais ne date pas d’hier! C’est religieux par définition, et ta vision de la science, pour ce que j’en comprend, est exactement dans ce registre. Tu écris nombre de post très brillants (si si), mais il y a ce travers, cette croyance en la vérité. Non les biologistes ne sont pas frileux : ils connaissent la fragilité de leur savoir et leurs impressions.

            En passant, sur leurs prestations TV, indépendamment des conneries que l’un ou l’autre on pu écrire, si j’ai à choisir un gars pour collaborer sur une thématique, c’est Courtillot et pas Jouzel. Je préfère les scientifiques.

            « Rittaud m’a dit en commentaires qu’il fallait réfléchir avant d’écrire des commentaires . Venant d’un auteur d’un bouquin climato-sceptique, j’ai trouvé ça gonflé ». C’est bas, ne démontre rien, de la pure rhétorique pour mou du bulbe. On peut (doit) attaquer Rittaud : pas le dénigrer sur son intelligence (il écrit -lui aussi- nombre de post brillants). D’autant que tu n’as brillé chez lui confondant une fois de plus scientifique et expert. Ce qui reste grave. Je t’avais déjà chargé violemment là-dessus chez Hugues, mais bon. Un scientifique n’est PAS un expert, il possède un très petit champ de réel validité potentiel, sur lequel il doit douter en permanence. Bref…

            Ne m’en veux pas. J’essaye, dans ces vents mauvais, moi qui m’en fous totalement que mes travaux scientifiques aient le moindre impact sur la conscience ou le devenir des autres, de défendre la science. Lutter continuellement contre cette ridicule tentation de la vérité. Et dans ce climat où la plébe réclame des solutions faciles, des gars comme moi, lugubre, pointilleux, non enthousiastes, expliquant que la science ce n’est pas ça (quelque soit le résultat concernant le CO2) et bien disons qu’on joue le long terme plus que la gloire éphémère. On défend le job nous quoi. Prétentieux ? Je sais…

          • En fait, toute cette discussion me fait penser qu’on ne doit pas être d’accord sur ce qu’est la science. Par exemple, je suis à peu près convaincu qu’on n’estime pas de la même façon le raisonnement par induction…

            “les climatologues qui proposent, modèle et corrèlent/calibrent avec les observations”. On en a déjà discuté ailleurs. C’est très clairement de l’anti-science. La science n’est pas basée sur la corrélation et la modélisation, sinon on en serait encore aux saignées ou à lire l’avenir dans les tripes de volailles.

            Donc les gens qui modélisent les trous noirs, les supernovae, les mouvements célestes, dans la mesure où ils ne font de facto que corrèler et modéliser sans pouvoir faire d’expériences font de l’anti-science selon toi ? Newton et sa loi de gravité en 1/r^2 basée sur le calcul et l’observation, c’est de l’anti-science ? Einstein qui explique l’avancée du périhélie de Mercure par le calcul, c’est de l’anti-science parce qu’il corrèle son modèle à la réalité ? Oui, tu as raison, tu ne vas pas parvenir à me convaincre : tu es en train de me dire que toutes les prédictions de la physique théorique basées sur des modèles sont de l’anti-science.

            tout un tas de climato-sceptiques invoquent la méthodologie scientifique, de façon assez convaincante

            Je ne trouve pas, ou en tous cas je ne connais pas. Un type comme Courtillot par exemple utilise exactement les arguments de travers que tu dénonces : corrélation sans causalité. Après, y a-t-il d’autres types de climato-sceptiques ? Je n’arrive pas à savoir, et ce ne sont certainement pas ceux que mettent en avant les internautes.

            Sur Jones et l’ONU, je ne sais pas, peut-être que Jones qui se fait auditionner par le Parlement britannique et a affirmé avoir pensé au suicide aime sa nouvelle vie; mais si c’était moi, ça me ferait bien ch… toutes ces polémiques actuelles sur le climat où n’importe quel bozo vient te faire la leçon sur l’existence de l’effet de serre.

            si j’ai à choisir un gars pour collaborer sur une thématique, c’est Courtillot et pas Jouzel. Je préfère les scientifiques.

            C’est gratuitement méchant et diffamatoire pour Jouzel, passons.
            Courtillot m’a l’air d’être une sacré bête de scène et est aussi un très bon politique. Par exemple, toi qui as lu avec attention les mails du ClimateGate tu devrais te souvenir que Courtillot lui-même a semble-t-il essayé d’user de son impact politique (écrivant à l’Académie et à la direction du CNRS) pour embêter Bard, l’accusant de conduite non-éthique dans l’affaire de son commentaire en réponse au papier de Courtillot. Bard a alors demandé soutien à Jones, d’où l’apparition de l’échange dans les e-mail. Note donc que Courtillot a fait précisément … ce qui semble décrédibiliser Jones à tes yeux.

            Sur Rittaud, j’ai trouvé gonflé et un peu prétentieux qu’il me fasse une leçon sur la réflexion avant l’écriture dans cette affaire. Sur ce que j’ai vu, lu et entendu, je ne le trouve pas du tout convaincant scientifiquement, les arguties sur le fait qu’un système est trop complexe (corollaire : les gens ne peuvent, voire ne doivent rien faire) sont de très mauvais arguments je trouve, et pour le coup, franchement anti-science. Bref, moi aussi je trouve qu’il ne réfléchit pas assez, le rhétoricien dans l’affaire, c’est lui avant tout qui me sort cet espèce d’argument d’autorité.

            Sur le fond, justement moi aussi je suis mou du bulbe, et donc, comme je l’ai dit ailleurs, le climat, c’est un bilan énergétique à l’ordre moins que 0 ( au passage, personne n’a d’ailleurs jamais observé de l’énergie « pure », juste ses transformations, sûrement un autre faux modèle/proxy trop commode pour théoriciens indûment corrélé à la réalité à remettre en question), s’il fait plus chaud en hiver qu’en été, c’est parce qu’on reçoit plus de chaleur (du fait de l’inclinaison de l’axe terrestre), et on n’a pas besoin de modèles complexes pour comprendre ça. Donc, non, on n’a pas nécessairement besoin de tout prendre en compte en détail pour avoir un résultat qualitatif/semi-quantitatif, et oui, un bilan énergétique basé sur des considérations simples peut permettre de comprendre un effet, et ça, c’est encore plus difficile à comprendre pour des non-physiciens semble-t-il.

          • Oui, c’est le fond du pb : nous ne sommes pas d’accord avec ce qu’est la science. Du tout. Je vais être reloud mais tu pratique un tel évangélisme, tu as une telle foi en ce que tu avance que je ne peux que m’inscrire en faux. Ce n’est pas contre toi, mais dès que j’ai un stagiaire ou un cours qui s’y prête j’essaye d’expliquer la pratique scientifique et emploie des gros mots contre certaines « autres » pratiques (pseudo-science et tout le tralala).

            Au passage ne travestie pas ce que j’essaye d’expliquer, non modéliser n’est pas le mal, oui j’utilise le raisonnement par induction tous les jours. Mais ce n’est pas la matière scientifique, juste une base qui permet de construire (ou non) un truc qui tienne la route expérimentalement. Croire que c’est une condition suffisante, c’est ça que je qualifiais d’anti-science. Les théories de la relativité n’est pas grand chose sans les exp qui les valident (et l’histoire n’est pas fini à cet égard si je ne m’abuse).

            Bon et épargne moi le misérabilisme sur Jones. Personne ne souhaite son suicide. Ses échanges de mails sont très gravement anti-déontologiques, contreviennent aux règles qui régissent notre univers scientifique. C’est très certainement dégueulasse qu’ils aient été mis sur la place publique. Mais il lui fallait peut être tout simplement ne pas procéder ainsi. Il ne passera pas au panthéon de la science, enfin pas dans les termes qu’il espérait, mais bon les règles du jeu sont connues. Il perdra son poste sans doute, mais on ne va lui réclamer son salaire des dernières années ni le mettre en prison. Quand on triche on passe un sale moment une fois découvert, et j’espère le plus sincèrement que l’être humain Jones arrivera à surmonter cette épreuve. Mais n’utilise pas cela comme argument.

            Jones voulait la tête de ceux qui laissaient passer des papiers « dissidents ». Courtillot se plains d’un mec qui l’insulte. Si tu vois une équivalence, tu es très fort.

            Je trouve ton dernier paragraphe simplement hallucinant de mauvaise foi -)

            Bon je ne vais plus t’embêter, j’ai du taff (enfin dodo là)

          • Bon, je n’avais pas conscience de pratique un « évangélisme » au sens négatif du terme, ça m’interpelle vraiment, idem quand tu me dis que je suis de mauvaise foi dans le dernier paragraphe (peut-être suis-je un peu ironique sur l’énergie mais bon…).

            Les théories de la relativité n’est pas grand chose sans les exp qui les valident (et l’histoire n’est pas fini à cet égard si je ne m’abuse).

            Enfin bon, elles ont quand même été proposées bien avant les expériences, et quand bien-même, pour certains trucs, les expériences étaient impossibles pendant longtemps (genre la gravité de Newton, comment on fait pour mesurer la force en 1/r^2 ???). Et je pense que l’histoire est finie pour la relat restreinte depuis au moins les premiers accélérateurs de particules et l’électrodynamique quantique (tout à fait relativiste). Pour la relat G, peut-être que la matière noire va nous apprendre quelque chose, mais dans tous les cas cela ne range pas les propositions précédentes au rang d’anti-science.

            Sur Jones, je ne voulais pas faire du miserabilisme, juste souligner qu’il a beaucoup perdu dans cette histoire; en revanche je pense qu’on va un peu l’embêter, mais ça m’étonnerait très très fort qu’il perde son job (tout juste va-t-il peut-être perdre des responsabilités administratives). Et je ne vois pas très bien en quoi il a « triché » comme tu l’as dit : il n’y a il me semble aucune fraude dans l’histoire, au plus de la mauvaise volonté de sa part pour le partage des données, et quelques mails un peu méchants (pas bien, mais pas non plus un drame). Ça n’excuse rien, mais honnêtement, j’entends des trucs en coulisse bien pire en biologie (malheureusement …).

            Sur Courtillot, je te trouve à mon tour de mauvaise foi : ce n’est pas une insulte de Bard, juste un commentaire très critique à publier dans une revue.
            Bon sur ce, moi aussi j’ai du taf.

          • A propos d’Allègre et de communication, il y a une chose qui m’étonne, c’est que ce dernier a sorti un bon nombre de fois l’argument selon lequel il était impossible de prévoir ce que serait le climat dans cent ans puisqu’on ne sait pas exactement le temps qu’il fera dans 15 jours, et que jamais personne n’y a vu un sophisme : l’impossibilité de faire une prédiction très précise pour ce qui va se passer à l’instant t n’empêche en rien de saisir des régularités qui permettent une prédiction sur ce qui va se passer à l’instant t+100 ans. Ainsi, que je ne puisse dire quel temps il fera dans un mois n’empêche pas que, pour un certain nombre de raisons, je puisse affirmer qu’il fera plus chaud dans 4 mois.

    • Oui, je ne sais jamais très bien ce qu’il faut dire et faire sur ce genre de blog (où je suis toujours tenté de laisser des commentaires, c’est plus fort que moi). Je me suis fait un peu allumer évidemment car je critiquais un peu ironiquement une chronologie des théories climatiques faisant l’impasse sur Tyndall, ça a embrayé bien sûr sur une discussion sur l’effet de serre, avec une discussion sur le fameux papiers des physiciens allemands …

      Rittaud m’a dit en commentaires qu’il fallait réfléchir avant d’écrire des commentaires . Venant d’un auteur d’un bouquin climato-sceptique, j’ai trouvé ça gonflé, mais ça doit être la fameuse humilité vantée par les sceptiques.

  12. Il me semble que Bard avait traité Courtillot de fraudeur, mais peut être ai-je mal compris.

    Jones et la tricherie : dissimulation/rétention de données, volonté de destruction de preuves, pression politique sur les editorial board, corruption du peer reviewing. Ok le monde de la science n’est pas celui des bisounopurs mais ce n’est pas très usuel cette accumulation en « good science ».

    Laisse moi argumenter ce point : une équipe, beaucoup plus puissante que la mienne, beaucoup plus reconnue (je suis sur une nouvelle thématique) vient de sortir un papier qui me gène. D’abord je le trouve un peu faible d’un point de vue exp (Plos one me déçoit, en fait) mais surtout je trouve qu’ils extrapolent beaucoup leur commentaires et que les manips sont un peu « tirée par les cheveux ». Bref ils ne disent pas tout à  fait la même chose que ce que je suis en train de finir. Bon ça m’impose des contrôles en plus (pour vérifier et montrer que je ne me suis pas planté) et ça m’interdit de facto de tenter de publier dans les journaux où il y a un risque de reviewing par eux. Mais notre champ disciplinaire est suffisamment vaste pour que je puisse espérer dégotter un pas trop mauvais journal. Il y a de la concurrence, entre labos … et entre éditeurs, le champ n’est pas corruptible par une poignée de gars qui détiennent la vérité (avec tampon des autorités supra-nationales). En d’autres mots même si « on » décide de casser ce papier parce que « dérangeant », ça ne retardera qu’un peu sa publication. Re-cf le climategate et la volonté d’empêcher la publi de certains papiers sur des critères non scientifiques. Ca ne marche pas dans mon domaine, peut juste faire un peu baisser l’IF.

    Ton paragraphe de mauvaise foi : on peut faire le reproche à  Allègre de clamer que ne sachant pas prédire le temps à  5 jours on ne peut pas dégager de grands tendances sur 10 ans. Ok. Mais on ne peut pas non plus proclamer qu’on peut se passer d’une meilleure compréhension des mécanismes du CO2 et des retro-actions la preuve on s’en passe pour expliquer les saisons. C’est un peu du même registre non ?

    Bonne journée, la crève vais faire mon fonctionnaire moyen et retourner au pieu 😉

    • Sur Bard, il y a confusion (je viens de relire l’e-mail) : Courtillot réagit au fait que Foucart et Huet l’ont traité de « fraudeur » dans Le Monde et Libé, et accuse Bard dans le même mail d’avoir eu un comportement non déontologique à propos du commentaire.

      Sur Jones, écrire dans un mail qu’on préférerait détruire des données, ce n’est pas comme le faire effectivement. S’il l’a fait, c’est grave, s’il l’a juste écrit dans un moment d’énervement, ce n’est pas la même chose … Quant aux pressions sur les editorial board, ce que tu appelles la « corruption du peer-reviewing » etc… franchement et malheureusement, ce sont des jeux de pouvoir relativement courant, et il faut souvent se battre pour publier quand tu ne fais pas des trucs orthodoxes (j’ai quelques expériences de fights saignants avec des éditeurs).

      Sur ton exemple, je ne vois pas très bien le problème. D’abord tu sais bien que Plos One est un journal idéal pour publier des données mal contrôlées et spéculatives, ce n’est pas Plos Biology : publier dans Plos One, c’est une bouteille à la mer, un risque que tu prends en espérant convaincre les gens tout en sachant que tu n’as peut-être pas assez d’éléments pour tout à fait convaincre -cela dit sans jugement, je pourrais très bien publier dans Plos One un jour. Je ne vois pas pourquoi tu ne pourrais pas écrire un commentaire sous leur article (Référant à ton futur travail) et exclure des referees (là encore, moi aussi je le fais régulièrement car je n’ai pas confiance dans le sens scientifique de certains collègues, et ils le savent). Et franchement, si demain un type a des preuves solides contre le réchauffement climatique, il peut très bien aller passer direct à Nature … Je ne connais pas le domaine, mais un type comme Lindzen qui est un peu sceptique (au vrai sens du terme), il doit bien publier non ?

      Sur la mauvaise foi : non, je ne pense pas que ce soit du même registre. Parce que c’est vrai qu’on peut expliquer grossièrement les saisons avec une explication simple, alors que ce que dit Allègre est juste faux. Et je n’ai jamais dit qu’on devait se passer d’une explication plus fine, je dis juste que commencer par un bilan énergétique grossier, ça permet de vulgariser un peu ce qui se passe. L’énergie qui entre, c’est l’énergie qui sort plus l’énergie qui reste, point à la ligne. Ce n’est pas grossièrement simple, c’est un bilan énergétique tout ce qu’il y a de plus vrai. Après, si tu augmentes la concentration de gaz à effet de serre, tu as plus d’énergie qui reste sous forme de chaleur (à l’ordre 0 encore). La question subtile est de savoir comment est convertie cette énergie, mais même si le systèmes est hyper complexe, c’est plausible/probable qu’une partie de cette chaleur reste sous forme de chaleur. Sinon ça voudrait dire que le système climatique est dans un espèce de régime adaptatif et saturé, ce que mon côté ingénieur théoricien du contrôle ne trouve pas super plausible. Autrement dit, juste d’un point de vue théorique, je trouve plus probable que plus de chaleur -> augmentation de température, que n’importe quoi d’autre. C’est là qu’il faut faire des modèles, pour quantifier tout ça.

      Sur les caractères, c’est un problème dû au fait que je suis hébergé aux US je crois …

  13. Bonjour,

    La vulgarisation scientifique, oui, c’est un vaste chantier. Comment la valoriser auprès des chercheurs… ce genre de billet y contribue et la prise de conscience commence à faire son chemin (il y a d’ailleurs un ou deux papiers sur le sujet : les chercheurs qui prennent du temps pour vulgariser son en moyenne des ‘bons chercheurs’… qui publient… et pas des types qui s’ennuient et qui n’auraient que ça à faire).

    Un autre argument est l’intérêt que l’exercice de la vulgarisation apporte dans la pratique de la recherche scientifique. La vulgarisation demande de se mettre à la place de l’autre, elle implique de prendre du recul, d’observer et d’analyser son propre travail pour pouvoir ensuite en parler. Et les formation à la vulgarisation scientifique se multiplient, à destination des chercheurs et des doctorants notamment.
    Ces formations permettent de donner une meilleure image de la vulgarisation auprès des chercheurs, et du coup de les inciter à s’y impliquer un peu plus.

    Alors s’il y a des toulousains parmis vous, renseignez vous, le jeudi, au Muséum de Toulouse, ce sont des doctorants qui parlent de leurs travaux, de leurs galères, de leurs espoirs, de leur vie de chercheur tout simplement …. (désolée pour l’auto-promotion, je n’ai pas pu m’en empêcher en lisant ce billet).
    Une petite goutte d’eau, on essaie chacun d’apporter notre contribution… mais il y a encore du boulot…

    Malvina (modératrice au Muséum de Toulouse)

  14. – sur Jones and co : il y a corruption du peer reviewing (pas par Jones lui-même si je me souviens bien) ET volonté de virer l’éditeur dune grande revue (qui est d’ailleurs parti) avec référence explicite à  des pressions politiques qu’il faut mener (We can’t afford to lose GRL (â?¦) If you think that Saiers is in the greenhouse skeptics camp, then, if we can find documentary evidence of this, we could go through official AGU channels to get him ousted). Ce deuxième point est très inusuel et suffisamment parlant de mon point de vue. Sans être complotiste ce n’est pas rien!

    – Le pb de Plos one est le refus d’ISI de lui donner un IF, pour des raisons qui me semblent malsaines. Le principe est bon (solidité des manips et rien d’autre) mais on ne peut se permettre de publier dedans quand quelqu’un à  un poste à  dégotter. D’où ma surprise de voir passer un papier avec des inductions de 3 et des barres d’erreurs de bien 1,8 😉

    – Sur mon « pb » je ne suis pas très inquiet. Mais il y a une (et à  mon sens vraiment une seule) bonne équipe sur ce sujet précis, je débarque de nulle part et tente de leur nicker la tronche sévère (ils sont passés à  coté d’un truc … ou ils vont le publier avant nous?), donc intérêt à  être vraiment béton et ne pas fauter politiquement dans le où j’envoie (PloS Biology serait effectivement arghhh, mais bon encore qqs mois de travail avant de tenter un si haut IF… et où en sont ils eux? Risque de se faire griller aussi). Donc émulation, excitation… mais pas naiveté pour autant. Etre habile fait partie du jeu scientifique mais ne fait pas tout. Ce que je retiens du climategate est qu’ils sont totalement passés du coté obscur, appartiennent à  un monde ou seul le politique fait loi, où une idée subversive n’a que très peu de chances d’émerger.

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