Non classé Recherche

Comment être un bon referee ?

Un aspect peut-être positif du « climategate » dont je parlais dans le billet précédent, c’est qu’il permet au moins de discuter les aspects plus terre à terre du travail de chercheur, et notamment tous ces petits trucs nécessaires pour que la communauté scientifique avance mais pour lesquels il n’y a aucune vraie incitation à l’excellence.

La tâche typique à laquelle je pense c’est le processus de revue par les pairs, vu du côté des « reviewers », ou « referees », ou « arbitres », i.e. les chercheurs chargés d’évaluer les papiers de leurs pairs dans les revues scientifiques.

J’ai moi-même maintenant « référé » une grosse dizaine de papiers dans ma jeune carrière, et force est de constater que je n’arrive toujours pas à définir précisément les contours de cette tâche, depuis le temps que je dois y passer jusqu’à la teneur exacte de mes remarques.

D’abord, soyons clair : les problèmes me semblent être pour les papiers moyens on mauvais. Lorsqu’un papier est bien écrit, bien expliqué, que les simulations ont l’air convaincantes, les choses sont très faciles, on écrit un mot pour dire qu’on a bien compris, qu’on est content, que le papier semble correct, on fait une petite suggestion pour la forme, et roulez jeunesse, tout va très vite.

Mais lorsque ce n’est pas comme ça, que faire ? J’aurais d’abord un premier critère assez simple : est-ce que je me sens plus intelligent après avoir lu le papier qu’avant ? Est-ce que le papier m’a aidé à comprendre quelque chose, ou m’a-t-il au contraire paru comme une tentative de m’embobiner un peu ? C’est peut-être mon domaine, mais je trouve souvent qu’il y a beaucoup de bruit pour rien.

Le deuxième critère, c’est bien sûr la réalisation technique, la qualité des modèles, du raisonnement, etc… Là encore, c’est peut-être mon domaine, mais très souvent, ce côté n’est pas à la hauteur. Je suis assez indulgent quand l’idée semble bonne et que le résultat semble vrai (je pointe alors les aspects techniques à améliorer), mais que faire dans le cas contraire ?

J’ai tendance à rédiger des revues assez détaillées des points qui me semblent peu clairs ou pas bien faits. En réalité, je passe donc d’autant plus de temps à référer un papier qu’il est mauvais. Plus un papier est de basse qualité, plus je prends soin dans mes remarques pour ne pas froisser les gens, pour leur expliquer simplement que tel ou tel point ne me paraît pas correct, etc… mais donc plus mon « vrai » travail en souffre, sans véritable contrepartie puisque je ne tire pas forcément grand chose de ce travail de correction (et mon employeur encore moins).

La question qui se pose en fait, c’est aussi quelles revues on aimerait soi-même recevoir. Et moi j’aimerais bien recevoir des revues qui m’aident à améliorer mon travail, c’est pour ça que même pour les papiers relativement mauvais, je passe beaucoup de temps. Mais, bien souvent, lorsque mon travail est évalué, je ne reçois que des revues qui me disent que c’est bien ou qui me disent que c’est nul, mais sans plus de détails. Certes, les referees gagnent du temps à faire les choses ainsi, mais est-ce vraiment dans notre intérêt collectif ?

Voilà, tout ça pour dire que je serais curieux d’avoir votre avis et vos réponses à la question qui sert de titre à ce billet, car au final, c’est un aspect du travail scientifique auquel on n’est pas vraiment formé, qu’on apprend sur le tas, qui embête pas mal de gens, mais qui est pourtant très important …

Ajout 12:42 :
sur un peu le même sujet, Benjamin a écrit un billet récent.

About the author

Tom Roud

Blogger scientifique zombie

27 Comments

  • Aie aie aie, quel douloureux sujet… Pas grand chose à ajouter, je suis de ton avis. Aujourd’hui j’ai recu un lien vers cette video, ca explique bien le problème aussi. http://www.youtube.com/watch?gl=GB&v=-VRBWLpYCPY
    Et ici un papier qui essaye de définir ce travail difficile: The Golden Rule of Reviewing, McPeek et al, Vol. 173 no. 5 The American Naturalist (disponible gratuitement)
    Pour essayer de rendre ce boulot gratifiant, certaines revues publient une liste des referees chaque année, je trouve ca pas mal. Par exemple, Molecular Ecology.

  • C’est marrant, le mème Hitler reviewed circule vraiment bien, ça fait trois fois que je le reçois indépendamment !
    Publier une liste, pourquoi pas, mais je pense que tant qu’il n’y aura pas un feedback sur la carrière … En fait, une idée serait peut-être qu’un referee très sollicité par un un journal ait le droit de publier de façon plus souple dans ce même journal (type track I ou III de PNAS). Cela aurait le double mérite d’éviter que ce soient toujours les mêmes qui reviewent (car les revues n’aimeraient pas trop ça) et d’inciter les gens à bien travailler.

    • « publier de manière plus souple »? comme faire passer de plus mauvais papiers?

      ça me gêne un peu d’un point de vue déontologique, on pourrait avoir des referees « professionnels » (en volume) qui auraient alors un super/meilleur dossier scientifique, avec une belle rétroaction positive. Je ne sais pas non plus si une liste annuelle procure beaucoup de reconnaissance au chercheur (et ça peut compromettre l’anonymat). Un moyen très simple de reconnaître ce travail, c’est l’argent (comme pour le travail en général hors de la recherche, d’ailleurs). Pas besoin de passer directement par le chercheur, on peut récompenser l’institut qui peut répercuter l’incitation sur le chercheur en termes de promotion, par exemple.

      Sinon, pour les quelques papiers que j’ai eu à « revioué » officieusement, j’ai procédé à l’inverse de toi, Tom :
      1) la démarche scientifique se tient-elle (données, logique, interprétation)?
      2) ont-elles un intérêt quelconque?
      … pour ne pas me laisser influencer par la problématique, qui pour sexy qu’elle soit est parfois mal traitée

  • D’accord aussi avec ce qu’écrit Tom. Pour une évaluation du travail que cela représente, une review me prend entre une demi-journée et une journée de travail, le plus souvent en au moins 2 fois histoire de « laisser reposer » (les articles en SHS ayant tendance à être long : le dernier, d’accord en double interligne, faisait 64 pages). Plus c’est mauvais, plus on y passe de temps aussi : à essayer de dégager ce qui est quand même intéressant, à sérier et hierarchiser les problèmes que l’auteur doit régler, à formuler au mieux. Mon record perso est à 6 pages de reviews mais oh que c’était mauvais.
    Pour les répercussions sur la carrière du reviewer : en géographie, on liste les revues pour lesquelles on travaille sur notre CV et ça fait partie des choses regardées. Ne pas oublier les gains indirects non plus : cela permet de connaître de l’intérieur les critères des revues et donc d’y publier moins difficilement. Et certaines revues offrent aux reviewers un mois d’accès gratuit à leurs collection, un gain en nature appréciable pour les universitaires périphériques que nous sommes.
    Néanmoins, l’évaluation d’article sur la base de la réciprocité fait partie de la partie cachée de l’iceberg – ie du travail non évalué, non rémunéré (entendons nous, je ne plaide pas pour que ce soit payé, hein), non déchargé, non comptabilisé en général de l’enseignant chercheur. Lequel travail caché (on peut le plus souvent y ajouter l’encadrement d’étudiants en recherche, le tutorat, les comités divers – pédagogiques, éditoriaux, de gestion de la recherche…) et bénévole prend énormément de temps.
    Bon, je retourne à mes 8 reviews en retard…

  • Je n’ai jamais référé pour de vrai (j’ai été quelques fois le « post-doc première année » dont parle la vidéo tirée de la Chute – même si ce n’est pas très éthique, mon boss ne prenait mon avis que de manière consultative et m’a déjugé une ou deux fois).
    Je crois que tous les papiers que j’ai eus sous la main étaient moyens, entre moyen plus (papier accepté) et moyen moins (corrections majeures ou « soumettez plutôt à un autre journal ») et effectivement je trouve ce travail assez délicat. On n’a pas envie de raconter de conneries, c’est pas toujours facile de déterminer si c’est moyen plus ou moyen moins, et ça demande quand même pas mal de temps, quand on a parfois des trucs plus intéressants-urgents à faire.
    Un des gros inconvénients que je trouve au système actuellement – peut-être seulement dans mon domaine-, c’est que pas mal de profs (surtout ricains, parce que le système de financement pousse à se diversifier beaucoup) se trouvent à référer des papiers très à la marge de leur domaine réel de compétence (pour prendre un exemple, mon chef a publié deux-trois papiers dans un domaine un peu connexe, mais c’est plus parce qu’il a pléthore d’étudiants et de blé, et quelques bonnes idées, que parce qu’il est vraiment compétent dans le domaine). Les éditeurs ne choisissent pas forcément toujours bien les referees – ou alors essuient des refus, parce que le cador a déjà 43 articles à référer – et se retrouvent à donner le papier à des mecs pas terribles.

    Sinon d’après les discussions que j’ai eus avec des gens un peu plus senior, eux aussi disent que les papiers très bons, ça va vite. Ils disent aussi que les papiers pourris, ça va vite aussi (ceux sans espoir, tu es peut-être trop gentil). Mais bon, 80% des papiers, quand on est referee dans un journal correct, font partie de la frange moyen moins-moyen plus, je dirais.

    En tant qu’auteur cette fois, j’ai eu pas mal de reviews assez (très) décevantes, dans ce qu’elles m’ont apporté (pas dans le sens qu’elles étaient mauvaises pour mes papiers). Celles de mon premier et de mon dernier papier ont été enrichissantes et bien faites dans l’ensemble, j’ai eu moins de chance avec les papiers du milieu: quand un referee dit que c’est bien et ne pose pas de questions, c’est sympa mais on ne sait pas toujours s’il a vraiment bien fait son travail (surtout quand on se fait déboîter censément par l’autre). Quand un referee passe 4 mois avec le papier pour pondre une revue de deux lignes du genre « mal écrit, scientifiquement je ne suis pas apte à juger », on se dit WTF???? Quand le referee pose des questions idiotes montrant qu’il n’a rien compris d’un air pompeux, c’est rapidement pénible aussi, même si au bout du compte parfois c’est ce qui aide le mieux à améliorer le papier…

    Je crois que le gros problème, c’est que le nombre de journaux augmente infiniment plus vite que le nombre de scientifiques capables de référer: avant tu passais trois ans pour sortir un bon papier, maintenant tu passes 3 mois et tu le soumets 8 fois en descendant chaque fois d’un cran. Comme en plus les tâches administratives etc, se sont elles aussi multipliées.
    Bref, les gens ont de moins en moins le temps de faire du bon peer review.

  • Au vu des CV dans mon domaine, je pense que l’activite de referee a un impact sur la carriere. Dans mon domaine les gens mentionnent pour quels journaux ils ont deja ecrit des reviews. Mmmh. Mais je ne sais pas si ca joue un role, par exemple ou niveau du recrutement.
    Quant aux tracks I et III de PNAS, je croyais qu’ils allaient suprimer ce systeme?

  • « J’aurais d’abord un premier critère assez simple : est-ce que je me sens plus intelligent après avoir lu le papier qu’avant ? » dit Tom.
    C’est drôle, c’est ce que dit Montaigne à propos de l’attitude stoïcienne. Je cite de mémoire « Après tout événement de la vie, je m’observe et je juge: suis-je dorénavant plus honnête, plus juste, plus humain? » Bon, cela prouve que le système de peer-review est un bon système, qui nous fait tendre vers la vertu!

  • Mix:  » Quand le referee pose des questions idiotes montrant qu’il n’a rien compris d’un air pompeux, c’est rapidement pénible aussi, même si au bout du compte parfois c’est ce qui aide le mieux à améliorer le papier…  »

    Oui. Ce sont les critiques les plus difficiles a recevoir; mais au final, si un reviewer n’a rien compris, c’est que l’auteur s’est raté ! Notre boulot en tant qu’auteur est de nous faire comprendre, et si le lecteur (fut-il reviewer, ou peut etre surtout parce qu’il est reviewer, parce que en moyenne il passera 10 fois plus de temps à essayer de comprendre que n’importe quel autre lecteur…) n’a pas compris, au bout du compte c’est un echec pour l’auteur.

    N’empeche que les jours où je reçois ce genre de reviews, on peut m’entendre jurer d’un bout à l’autre du couloir (« mais il est con, ce con ! C’est pas la question, il a rien compris ! »).

    • Ui, c’est exactement ce que je voulais dire: si le referee n’a rien pigé, probablement que le lecteur lambda ne pigera rien non plus (car même si le referee ne fait que moyennement sont boulot, il passe plus de temps sur le papier que le dit lecteur lambda qui va lire l’abstract, vaguement l’intro, et les figures). Donc souvent ce genre de commentaires, bien qu’énervants, permettent de cerner les points flous du papier (pas toujours faciles à trouver par soi-même même avec toute la bonne volonté du monde, parce qu’on a le nez dans le guidon depuis 2 ans). Et hopefully de les améliorer.

  • Salut a tous
    Vaste débat…. :-)))
    Perso, je ne procede pas comme ça, j’ai une autre idée du role de referee. Pour moi, le referee n’est pas là pour aider a améliorer un papier, il est là pour dire si oui ou non ce papier est publiable, en l’état ou avec des changements. A l’éditeur de prendre une décision, aux auteurs de répondre, ou de l’envoyer ailleurs. J’attache ainsi beaucoup d’importance a la « plus value » du papier, si il y a réellement un apport nouveau et non pas une simple vérification, si les manips et les démonstrations supportent l’idée et si d’autres interpretations ne sont pas possibles. La forme et les aspects techniques du travail m’interessent moins. Mon travail de referre s’arrette là, je ne suis pas là pour faire 4 pages de commentaires, créer un débat avec les auteurs (c’est pas le lieu !) et faire de l’assistance scientifiques si le papier est perfectible. C’est une évaluation et rien d’autre. Bilan, je crois avoir jamais fait plus d’1 page de commentaires, mais je ne bacle jamais le job et si il faut prendre 1 apres midi je le fais, même si j’ai plus productif a faire…

    PS : faire un bon travail de referee c’est a double tranchant, car les édiiteurs s’en rendent compte et t’en refilent d’autant plus. Bilan, moi je me fixe comme limite 1 tout les 15j, au delà je refuse…. sauf si c’est un concurent bien sur :-))))

    A+
    J

  • Merci à tous pour vos commentaires et vos expériences !
    @ Benjamin : hmmm je ne sais pas, si l’idée est bonne… De toutes façons, comme je le dis dans le billet, je ne trouve que très rarement la réalisation technique à la hauteur (cela m’a dû arriver une seule fois je crois dans tous les papiers que j’ai référés), donc si je devais rejeter les papiers là-dessus …
    @Myriam : bonne idée que les abonnements gratuits, mais un seul mois, c’est rat…
    @mixlamalice : je suis d’accord sur ton histoire de compétence « à la marge », il m’est arrivé pour la première fois récemment de refuser de reviewer un papier car je ne m’estimais pas assez compétent (c’était une revue sur le biologie synthétique). Les papiers pourris, je les détaille quand même, je suis comme Myriam j’ai l’impression !
    @anthropopotame : un système qui pousse à la vertu ? Je ne sais pas. Je suspecte certains de bacler leurs reviews pour ne pas en avoir d’autres !
    @JF : oui, effectivement, le but du jeu c’est de se faire comprendre. Un truc courant aux US que je ne faisais pas du tout en France : envoyer mon papier à plein de gens du domaine avant la review (voire à des futurs referees) pour tâter le terrain. La pre-review est en général assez profitable quand les gens ont le temps de regarder ….
    @John : en fait, des fois, je me dis exactement comme toi. Sinon, pour la limite, au début je me disais que je n’accepte de référer qu’un papier extérieur par papier perso publié (c’est ce qui est le plus équitable) mais le rythme des demandes est trop grand. Sinon, un truc qui m’est arrivé plusieurs fois pour des raisons mystérieuses : deux papiers à reviewer en même temps pour deux revues différentes. Il doit y avoir des saisons de publication…

    • Empiriquement, la saison de gros besoins en referees, c’est au mois de septembre (y a pas que les français qui glandouillent en août, et le papier que j’ai soumis récemment à cette période a été ralenti de 3-4 semaines par rapport à la moyenne).
      Je pense qu’il y a un creux en décembre, les journaux sont souvent en avance sur leurs nombres de numéros, et donc ils ont plein d' »advance articles » sous la main pour boucler les deux premiers numéros de l’année d’après. Et puis il doit y avoir de nouveau un gros tas de papiers pour la nouvelle année sous le sapin.

  • Bonjour,
    si je peux me permettre d’ajouter mon grain de sel de (vieux) routier de la review, je dirais que la plaie de ce truc c’est l’explosion des (tentatives) de publication de papiers en raison de l’ambiant « Publish or Perish » des plus malsain qui règne ici bas. C’est le saucissonnage intégral de la science en tout petits confettis rarement intéressants, qui nous noient sous des avalanches d’infos inextricables. Résultat : des papiers sans tenue ni profondeur et encore moins novateurs (et particulièrement en biologie s.l.). Quant à mon attitude, elle est proche de celle de Tom ou de Myriam (on ne se refait pas). Mais je refuse d’être bouffé par les reviews. J’en refuse au moins la moitié.

    [Ceci dit, les pires de toutes sont celles de l’ANR (pour justifier un refus). Mais s’agit-il vraiment d’un honnête process de review ? that’s the question…]

  • Bonjour,
    juste histoire d’ajouter moi aussi mon grain de sel moi aussi…

    La première chose que j’évalue (je suis dans un sous-sous-domaine de la chimie des matériaux un peu à l’interface physique/chimie) c’est si la science se tient, et si les conclusions sont bien supportées par les expériences qui elles-même tiennent la route. Pour moi ça passe avant l’intérêt du papier en soi (d’un autre côté je n’ai jamais référé pour Nature, non plus ^^). Et aussi juste un petit peu derrière si l’anglais tient la route (souvent pas le cas). Du coup je passe beaucoup de temps à rédiger mes rapports, parce que ce n’est pas toujours évident d’expliquer en termes ultra-diplomates pourquoi certaines affirmations ne tiennent pas la route ou certaines expériences sont bonnes pour la poubelle…
    L’intérêt du papier vient derrière tout ça, en même temps que les questions du type « est-ce que c’est au niveau de ce que j’ai l’habitude de lire dans ce canard », et « est-ce que moi je soumettrais ce papier en l’état si j’étais à la place de l’auteur ». Du coup c’est vrai que même si l’intérêt me semble énorme, j’ai tendance à faire faire au moins un aller-retour par la case « major changes » si la science n’est pas solide…
    Résultat des courses, soit je suis trop sévère, soit j’ai pas de bol sur les papiers qu’on me demande de référer, mais les « accept with minor change » sont loin d’être mes réponses les plus fréquentes… ce qui me coûte encore plus de temps puisque je suis obligé de référer au moins une deuxième fois le même papier (voire troisième parfois)… C’est sûr que la solution serait le « accept with minor changes » mais c’est comme ça qu’on se retrouve tous autant qu’on est noyés sous la littérature pour quelques papiers importants au milieu d’une masse de truc à l’intérêt plus limité…

  • Un debat interessant! Il me semble que le role principal du relecteur est de donner une expertise sur la correction et la qualite scientifique du papier – comme dit D, est-ce que la science se tient? Le relecteur doit apporter les elements necessaires a l’editeur pour prendre une decision concernant la publication du papier. Il peut donner son avis sur l’interet ou la portee scientifique du papier, mais au final c’est a l’editeur d’evaluer ces aspects et de decider si oui non le papier a sa place dans son journal.

    Le fait d’aider les auteurs a ameliorer un papier n’est pas la mission premiere du relecteur, mais il doit quand meme presenter ses remarques de maniere a eclairer l’editeur sur les points forts et faibles du papier, donc au final, son rapport devrait etre relativement didactique. D’autant plus qu’au final, c’est ce rapport qui va justifier la decision aupres des auteurs.

    En temps que relecteur, je suis parfois surprise quand un editeur prend un decision differente ce que j’aurai fait en fonction de ma propre perception de l’interet du papier, mais je considere que c’est son boulot de decider comme il l’entend. Par contre, ce qui me rend assez furieuse, c’est de voir un papier accepte pour publication sans que les auteurs aient fait un des changements techniques majeurs requis, du genre rectifier l’affirmation fausse 1+1=3. Les decisions editoriales appartiennent a l’editeur, mais les decisions techniques sont du ressort des relecteurs.

    • « Les decisions editoriales appartiennent a l’editeur, mais les decisions techniques sont du ressort des relecteurs. »

      ça résume assez bien ma vision. L’intérêt du papier, c’est à 90% à l’éditeur d’en décider, c’est son boulot, et pour ça un survol rapide de l’abstract lui suffit. Après tout s’il y a plusieurs éditeurs avec chacun son domaine, et donc sa culture scientifique, c’est pour que cette évaluation puisse être faite (hormis peut-être dans les revues vraiment très généralistes). Dans un monde idéal, un papier sans intérêt ne devrait même pas être envoyé à un referee mais bloqué directement par l’éditeur. Pour ça que pour ma part j’estime n’avoir à évaluer que la qualité scientifique/technique/rédactionnelle.

  • Etant doctorant, je n’ai jamais été referee moi-même. Mais il me semble que pour un ensemble de journaux du type Physical Review (A, B, C, Letters), la base de donnée des auteurs est croisée avec celle des referees. Du coup lorsque on soumet soi-même un article, l’éditeur a sous les yeux non seulement vos tentatives précédentes de publication (ça fait 3 fois que ce type tente de nous fourguer des articles impubliables en l’état) mais aussi vos états de service en tant de referee (Oh, mais c’est lui qui met toujours 6 mois pour rendre des review de 3 lignes !). D’une façon où d’une autre, ça influence son jugement.

    Du coup quelque part on a intérêt à être un bon referee, ou en tout cas pas trop mauvais.

  • J’ai été referee indirectement, mon directeur de thèse m’ayant donné un article à référer. Cela demande beaucoup de travail de faire ce travail d’arbitrage correctement. Comme il s’agit d’une activité non-valorisée sur le plan carrière, en particulier du fait du principe fondamental d’anonymat des referees, il me semble logique qu’elle devrait donner lieu à une contrepartie financière.

    Tout travail mérite salaire. Une contrepartie financière serait raisonnable et éthique. Il n’est pas gravé dans le marbre que les chercheurs doivent travailler gratuitement. C’est meme a cause de cet etat d’esprit que la communauté se fait régulièrement avoir, et se contente en particulier de salaires minables (je parle de la France).

    En l’état, la contrepartie est taboue mais elle existe. Et elle est néfaste et non ethique: etre referee permet d’avoir du pouvoir sur ses concurrents (exercé ou non à bon escient), et de faire citer ses propres papiers (Combien de fois les referees m’ont demandé de citer des papiers qui n’ont que tres peu a voir avec le sujet, mais qui étaient certainement leurs papiers?).

    A bon entendeur…

  • « salaires minables (je parle de la France). »

    Sans faire de la propagande ni même prétendre que les chercheurs sont payés à leur juste valeur: un MC débutant est aujourd’hui quasiment automatiquement reclassé à l’échelon 3, où il touche, avec les « primes » obligatoires (sans parler des primes d’excellence et autres), 2800 euros brut/mois. Ce qui place dans le 2ème décile des français les plus riches, à 28-30 ans.

    C’est pas l’extase, mais on ne peut pas vraiment parler de salaire minable: c’est plutôt la pyramide des salaires français qui est foutrement ecrasée (50% de la population de plus de 18 ans gagne entre 1500 et 3500 euros brut).

    Quant au salaire pour le reviewing, la aussi j’ai des doutes sur les moyens d’application: comment lisser les différences de structure et s’assurer qu’un Prof. ricain qui encadre 50 étudiants n’acceptera pas 25 papiers en même temps qu’il refilera à ses étudiants? Cela impliquerait une collaboration entre éditeurs qui me semble douteuse…

    Ou même que ne se créeront des « spécialistes » en reviewing qui passeront leur temps à ça (comme il y a des spécialistes en heure sup’ d’enseignement en France)?

    Si déjà en contrepartie de mon travail pour une grosse maison d’édition, j’avais droit à un accès aux journaux pour lesquels je réfère (ce qui n’est pas le cas actuellement par mon organisme de recherche), ça serait chouette… parce que là, c’est un peu ridicule (je réfère des articles que je ne peux pas lire). Cela dit, c’est vrai aussi pour certains articles que j’ai écrits et auxquels je n’ai pas accès.

  • @mixlamalice

    Je me demande pourquoi le salaire de MC est plus élevé que celui de CR. Dixit le site du CNRS, un jeune et frais CR de classe 2 touche entre 2200 et 2600€. Cela est d’autant plus surprenant que les CR ont généralement des dossiers meilleurs que les MC (dont une part significative est choisie par relations).

    A mon humble avis, pour avoir un bon reviewing, il faudrait d’une part rendre le processus public (cf.EMBO J) et d’autre part imposer une démarche à suivre (réduisant ainsi la variabilité et la paresse de certains reviewers).

    Une autre possibilité serait d’avoir un « super-referee », qui pourrait lire les avis des autres referees, tempérer les demandes tatillones d’expérience supplémentaires et éventuellement conduire une discussion entre referees. Non ?

  • Je ne connais pas toutes les subtilites, notamment les primes ouvertes aux CR2: quand j’annonce 2800 euros, c’est un MC echelon 3 en comptant les primes que tout le monde touche (une prime d’enseignement superieur ou quelque chose comme ca). Le salaire brut « tel quel » est autour de 2600 euros.

    Les CR ont des facilites que les MC n’ont pas (enseignement facultatif paye en sus, facilite de mutation et a faire du consulting ou fonder des start up, etc…).

    Les echelons sont censes etre equivalents (echelons de la fonction publique qui n’ont pas grand chose a voir avec la difficulte du concours), surtout depuis que les annees de « formation » sont comptees pour les MC (ca date de 2009, c’est beaucoup plus vieux pour les CR).

    A choisir, sauf gout particulier pour l’enseignement, je pense quand meme que CR est plus enviable (ne serait-ce que pour devenir Prof. plus tard). Effectivement, c’est plus difficile.

  • Il me semble qu’ils viennent de réévaluer à la hausse les salaires des MC, non ? (notamment en prenant en compte l’expérience pro du post-doc, c’est ce que dit mix dans son billet d’ailleurs). Ça explique peut-être que les MdC gagnent autant comparé aux CR.

    Sinon, le super referee, n’est-ce pas l’éditeur scientifique ?

  • Après avoir relu l’article et désormais reviewé une dizaine de papiers, plusieurs remarques:

    – j’ai moi aussi tendance à être trop sévère (ce qui a l’air assez constant chez les « jeunes » reviewers »): quand je dis « reject », je vois souvent « major changes » par l’éditeur, « accept with major changes  » devient « minor changes », etc. J’avoue que je ne pige pas, car deux trois papiers que j’ai lus m’ont semblé vraiment faibles (science moyenne, résultats connus depuis belle lurette, certes montrées sur un système un peu nouveau mais bon, rajouter des données au Polymer Handbook, c’est pas non plus du breaking ground), et les revues pour lesquelles je réfère ont quand même des IF plutôt élevés (~5)…

    – mon plus gros cas de conscience a été sur un papier « sexy »: belles manipes, fits de type loi d’échelle assez malins, etc. Le tout pour démontrer un résultat « évident » (du type: quand tu comprimes et que c’est mince, ça flambe). Il y a une recrudescence de papiers de ce genre dans mon domaine ces temps-ci, et ça m’énerve un peu. On réinvente la roue mais sur du micro ou du nano, avec des manipes de coins de tables (mais filmées par une caméra rapide)… La science est juste et c’est trendy, mais au fond on peut juste relire Timoshenko ou Landau, et pléthore de papiers dans des revues moins prestigieuses (ou les équations sont d’ailleurs posées de manière plus rigoureuses)… alors, que dire? surtout quand le corresponding author est une « star » et que toi tu es un sombre blaireau qui publie dans toute ta carrière ce que lui publie en un an…

Leave a Comment