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Probabilité d’exister

Je m’étonnais il y a quelques semaines de l’utilisation un peu étrange de probabilités dans la publicité.

Mais les physiciens théoriciens se surpassent sur l’arXiv ces jours-ci avec des travaux qui me semblent plus crackpotesques les uns que les autres. Après la théorie comme quoi notre existence prouve que le LHC ne marchera jamais, voici une estimation du nombre de multivers possibles. A savoir 10^10^10^7 . Prenez l’inverse, et vous avez la probabilité a priori d’être dans un univers donné. Exercice de probabilité conditionnelle : sachant que les domaines de paramètres de la physique compatibles avec la vie sont eux-mêmes très contraints, peut-on encore douter de l’existence de Dieu ? 😛

(Via io9)

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Tom Roud

Nanoblogger scientifique, associate professor incognito (ou presque). Suivi par @mixlamalice

16 Comments

  • Par rapport à la question sur l’existence de Dieu : oui plus que jamais, car la probabilité de l’existence d’une conscience omnisciente et préexistante à toute existence est encore plus ridicule que tout le reste… c’est pour dire à quel point on peut en douter effectivement 😀

    Sinon sympa l’article !

  • David Lewis, le métaphysicien qui postule l’existence d’une infinité de mondes possibles pour rendre compte de nombreux problèmes de logique, a aussi une estimation du nombre de mondes possibles : si on suppose qu’il y a Aleph-1 individus possibles, les mondes possibles peuvent être environ aussi nombreux que l’ensemble des parties de tous ces individus (donc > Aleph-1), ce qui fait un Multivers métaphysique avec une borne supérieure mais quand même bien plus gros que ce Multivers « physique ».

  • @Jean

    Le temps lui même est sûrement un phénomène qui émerge et n’existe pas de tout « temps », voire qui peut disparaître et réapparaître (rien ne dit d’ailleurs qu’il n’y a pas des horizons d’informations trop effacées/bruitées pour qu’on puisse conclure avec certitude sur les phénomènes à très grandes échelles d’espaces et de temps en cosmologie, il y’a déjà eu des articles là-dessus dans PLS par exemple). Le temps existe-t-il d’ailleurs vraiment au sens où on le comprend usuellement en physique (cf. « Einstein/Gödel : quand deux génies refont le monde » de P. Yourgrau, cf. aussi certains problèmes de causalité en physique) ? De plus, il peut y avoir des temps différents : par exemple, lorsque tu exécute un jeu vidéo, que tu fais pause, que tu reviens en arrière ou que tu fais un « replay », tu es à l' »extérieur » du temps du jeu (même si actuellement les personnages du jeu ne sont pas « conscients de », sans compter que le phénomène émergent « conscience » n’est pas forcément un « summum »), même si les temps sont synchronisés lorsque tu joues. Rien n’empêche d’ailleurs d’imaginer des temps multidimensionnels, indépendants ou avec des échanges non symétriques. On imagine bien un multivers …

    Quand au problème de l’omni-X, avec X=scient,potent,etc., si tant est que la notion d’omni ait un intérêt (sans compter les soucis logiques que cela soulève), d’une part l’interprétation est différente suivant que l’on soit en immanent ou en transcendant, et d’autre part historiquement c’est lié au problème de ce qu’il est possible de concevoir (cela peut être repris sur le multivers en lui-même). Gödel avait d’ailleurs formalisé les raisonnements de Leibniz qui allaient plus loin que ceux de Descartes, qui allaient eux-même plus loin que ceux d’Anselme. Je ne pense pas que l’omni-X soit la façon pertinente de considérer le problème.

    Tout ça, ce sont des concepts humains. Pour ma part, j’estime que « penser que seul l’univers auquel j’ai conscience d’appartenir existe » est nombriliste et que je ne sais pas grand chose d’autre (hormis la science qui s’intéresse au minimum, c’est à dire à la structure du jeu et à ses règles, le plus important étant ce qui dépend de moi, c’est à dire le « jouer » en lui-même). Ce qui ne m’empêche pas d’avoir une attitude philosophique de défi vis à vis du jeu (fut-elle absurde, les lois indifférentes de la physique finiront par me broyer, mais le fait de faire un « doigt » à l’univers fait partie de ma liberté et de l’honneur de ma conscience, y compris d’ailleurs de « juger »), et de m’inscrire dans la lutte pour la vie (transmission et évolution) des cultures qui me parlent (et n’ont pas à obéir à quoi que ce soit), que j’ai envie de faire vivre (marcher dans les pas d’autres qui ont vécu avant moi et dont une part des pensées/mondes ont été préservées, tout en créant de nouveaux chemins) dans le monde des mèmes (si j’ai bien compris ce que c’était), monde que je considère supérieur à celui des gènes puisque le libre arbitre s’y exerce. Cette lutte est intense car les créations de l’esprit humain (et les beautés éphémères, défis, mondes plus ou moins intéressants et variés qui se transmettent) s’effacent et se transforment sans cesse. Peut-être l’informatique permettra d’ailleurs d’autres horizons …

    Après, l’espoir qu’une part coïncide avec quelque chose qui ait un sens (Divin(s) ?), c’est autre chose !

    @Phersu

    Attention avec les infinis, il y’a des problèmes qui apparaissent très vite, même déjà au niveau des nombres réels (cf. les articles de J.P.-Delahaye par exemple pour une première approche vulgarisée).

    • Pour un autre usage rhétorique de la théorie du Multivers : Saturday Morning Breakfast Cereals
      http://www.smbc-comics.com/index.php?db=comics&id=1666#comic

      @ judem

      Je crois que c’est justement la raison pour laquelle Lewis postulait une borne supérieure dans la « taille » des Mondes, pour éviter des paradoxes ensemblistes comme un Monde infini assez grand pour contenir l’équivalent de tous les Mondes (mais il ajoutait qu’il était ad hoc de déterminer cette borne supérieure).

      • En attendant, il n’y a pas d’expérience qui nous permette de renforcer la probabilité d’existence du multivers, non ?

  • des expériences qui renforcent les probabilités? je me souviens d’une conférence de Aspect sur les inégalités de Bell, il parlait d’une hypothèse sur des expériences à probabilité négative : une façon d’interpréter les résultats était qu’en faisant des expériences, on faisait apparaître des événements de probabilité négative. La conséquence de cette interprétation, c’était qu’une expérience de mécanique quantique pouvait peut-être effacer les expériences précédentes: certains chercheurs dans le domaine, je ne sais plus qui, relisaient les listings des expériences précédentes, pour s’assurer qu’une nouvelle expérience n’avait pas effacé une des expériences d’avant.

  • De ce que j’avais compris, dans la mécanique quantique, les probabilités étant toujours positives par définition, on forme expérimentalement les distributions de probabilités en répétant les expériences. ceci fait le présupposé que les expériences participent toutes à la même histoire, qui est cumulative.
    Apparemment, pour interpréter certaines expériences, on pouvait invoquer (c’est délirant évidemment), des expériences dont le résulat consistait à effac er une expérience précédente. Par exemple : un point obtenu sur l’écran dans une expérience de fente d’Young allait s’effacer, par le passage d’une nouvelle particule/onde. Donc, dans le calcul de la distribution finale, ces expériences sur des entités réelles, ayant une fonction d’onde définie positivement, contribuent négativement au calcul de la somme dans notre histoire parce qu’elles effacent l’histoire entière de la particule précédente
    c’était quelque chose comme ça. ça avait assez fait rire dans l’assistance.

  • A quand les probabilités à valeurs complexes, quaternioniques ou dans des algèbres de clifford ?
    C’est pour ça que j’aime les sciences : je n’ai jamais eu besoin de prendre de substance pour planer, contempler/s’extasier ou sentir l’éternité de l’instant … quand je pense qu’il y’a des petits joueurs (cloportes ?) qui sont obligés de prendre des drogues de plus en puissantes alors qu’une bonne pratique des maths et de l’info (et quelques notions de physique si on veut vraiment se limiter à la réalité) permet d’atteindre tous les niveaux du paradis !
    Rajoutez un peu de philo et de psycho, des fantaisies artistiques et culturelles, les plaisirs des sens et bienvenue dans le monde des drogues 100% bios et internes (pour ceux qui veulent connaître des sensations extrêmes, y’a aussi un truc très ancien et ultra-puissant : les religions).

  • @judem: A quand les probabilités à valeurs complexes, quaternioniques ou dans des algèbres de clifford ?
    C’est un peu l’idée de la mécanique quantique en fait, même si elle est réinterprétée en terme de probas réelles ensuite.

  • Oui, je sais, mais réinterprétée en terme de probas réelles comme vous le soulignez. Je taquinais « fantaisie » …

  • Je ne sais pas pour la mecanique quantique, mais le fait qu’une probabilite soit entre 0 et 1 n’est qu’une convention. Ce qui fait que les mathematiques ‘marchent’ en proba/stats, c’est avant tout le fait que l’intervalle soit borne (en fait, je crois que la propriete principale pour passer aux probas depuis la theorie de la mesure, c’est que la mesure soit sigma-finie, c’est a dire que l’ensemble des valeurs possibles admette une partition telle que la mesure soit finie sur chaque partie. Cela permet de passer des mesure de probabilities aux densites).

    Je ne sais pas si l’interpretation des probabilites comme extension de la logique (une des justifications pour l’interpretation bayesienne) exige des probas positives.

    • La méca Q, c’est un peu plus que ça quand même. Rappelons qu’on interprète le module des solutions de l’équation de Schrodinger comme une densité de probabilité. Cela a d’ailleurs un côté assez vaudou quand on y pense : comment ça se fait que l’object physique qu’on mesure soit une densité de proba, elle-même calculée par le module d’une solution d’une équation qu’on fait tout pour linéariser ? C’est vraiment super bizarre quand on y pense…

      • Certes, je voulais juste preciser que mathematiquement parlant, les mesures negatives (et complexes), ca existe. C’est certes un peu a l’encontre de l’intuition (la mesure de l’union peut etre superieure a la mesure additionnee des parties), mais c’est consistant. En tant que proba, je sais pas si c’est tres interessant, mais on peut penser que les mesures negatives sont interessantes en electro-magnetique ?

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