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« Je ne crois pas au Big Bang »

Phrase trouvée au détour d’un article du Monde, qui m’interpelle sur la perception de la science dans notre société.

On peut d’abord interpréter cette phrase dans le contexte de la classique opposition science/religion. Mais s’attaquer en premier au Big Bang est un tout petit peu étrange. Car s’il y a bien une théorie scientifique qui colle quasi-parfaitement au « Fiat Lux » de la genèse, c’est bien celle-ci. Rappelons que cette théorie de l’origine de l’univers a été proposée par un homme d’Eglise, que le Vatican lui-même l’a très vite acceptée, Pie XII allant même jusqu’à y voir une preuve de l’existence de Dieu. Au contraire, les résistances ont été nombreuses du côté des scientifiques, qui n’aimaient pas beaucoup l’idée d’un effet sans cause. Einstein introduisit dans ses équations une « constante cosmologique » pour défendre l’idée d’un univers statique et éternel, et le nom même de « Big Bang » trouve son origine dans une moquerie de Fred Hoyle.

Mais je pense que cette défiance relève ici d’une tendance de fond beaucoup plus générale. Il suffit de lire la suite de la déclaration pour s’en apercevoir :

« Je ne crois pas au Big Bang », assène Clotilde. « On me l’a enseigné à l’école mais, en Guadeloupe, on nous a aussi parlé pendant des décennies de « nos ancêtres les Gaulois » ! Et finalement tout cela a évolué ! »

Le juxtaposition des deux discours est très frappante. Le raccourci est de l’ordre du « science=colonisation ». Il s’agit de remettre en cause dans les deux cas la légitimité d’une autorité forte et oppressante .

Ainsi la science semble-t-elle être perçue de plus en plus dans nos sociétés modernes comme un instrument de domination.

Du coup, les discours « anti-science » sont très loin d’être l’apanage des milieux religieux. Et je dirais qu’ils fleurissent en réaction à l’utilisation de la forme objective propre à la science par ceux qui ne font qu’exprimer des opinions. Les exemples sont nombreux depuis l’athéisme militant de Richard Dawkins masqué derrière un discours de défense de la théorie de l’évolution jusqu’aux sorties de Claude Allègre sur le climat, en passant par certains discours d’économie politique, la « culture du chiffre » et de la statistique, forcément objective, voire le simple argument d’autorité du « c’est scientifique » asséné dans tous les sens. Du fait de l’accumulation de ces faux-nez scientifiques, le discours scientifique est attaqué en réaction, et in fine, la science elle-même.

En fait, on a perdu de vue (ou on n’a jamais su) ce qu’ est réellement la science; les études montrent d’ailleurs clairement que le rejet des théories scientifiques est surtout dû à une mauvaise compréhension (je m’autocite):

Science se faisait il y a quelques jours l’écho d’une étude récente de Dittmar Graf, de l’université de Dortmund, organisateur d’une conférence sur la perception de l’évolution dans la société. Graf a mené des études pour essayer de déterminer quelles attitudes sont les mieux corrélées avec un rejet de l’évolution. Il ressort que la meilleure indication de tendances créationnistes n’est pas la foi religieuse, mais un manque de confiance dans la science en général d’une part, et une mauvaise compréhension du processus de recherche scientifique d’autre part. Il ne s’agit donc pas directement d’une affaire de religion : on peut s’attendre par exemple à ce que la croyance plus forte dans le paranormal dont parlait Dr Goulu récemment s’accompagne également d’un recul dans la croyance à l’évolution.

Défiance et mauvaise compréhension de la science alimentées donc selon moi par son utilisation impropre comme alibi pour justifier tout et n’importe quoi.

Je pense qu’il est essentiel que les scientifiques fassent donc très attention dans leurs discours publics, qu’ils n’ajoutent pas à la confusion, qu’ils expliquent bien ce qu’est la science, quelles sont ses limites et qu’ils s’abstiennent à tous prix de porter des jugements moraux ou de trop mêler faits scientifiques et opinions. Tout le contraire de ce que peut faire un Coyne par exemple lorsqu’il affirme qu’il est parfaitement légitime d’attaquer la religion en général pour défendre la science. Et lorsque c’est possible, il est important de dénoncer l’interprétation, la mauvaise utilisation des chiffres ou les exemples patents de leur manipulation, comme par exemple dans les sondages ou dans le bidouillages statistiques divers.

About the author

Tom Roud

Nanoblogger scientifique, associate professor incognito (ou presque). Suivi par @mixlamalice

22 Comments

  • Je suis plus ou moins en désaccord avec la fin de votre billet. Pour moi, Il est important d' »attaquer » (argumenter) la religion quand elle pretend qu’un être omniscient, ommnipotent et omnipresent observe et décide de nos vies ou qu’un surhomme transforme l’eau en vin.

    Imaginer que cela soit vrai : ces sujets sont d’une importance capitale et remette completement en cause l’univers que l’homme observe et étudie depuis la nuit des temps. Il est donc important de les discuter en scientifique, sans s’empetrer dans des afubalutions sur ce qui est « sacré » ou « de l’ordre de la sphère spirituelle ».

    Le postulat de base des religions est une afabulations scientifique et ce n’est pas « mal » de traiter la religion en tant que tel.

  • @ bob : OK, je reconnais que je suis allé un peu vite sur la fin et que cela mériterait un développement. Quand je parle d’ « attaques contre la religion », je ne parlais pas d’affirmation scientifiques contre la transmutation de l’eau en vin : Coyne et al. affirment que Dieu n’existe pas, ce qui n’est pas un énoncé vérifiable scientifiquement (au contraire du fait que l’eau ne peut pas se transformer en vin). Dire que Dieu n’existe pas et qu’il faut être un imbécile pour croire en Dieu, c’est de l’ordre de la pseudo-science dont je parle dans le billet, et cela légitime totalement le discours des créationnistes qui disent que les scientifiques sont des êtres amoraux qui veulent s’attaquer à leur mode de vie et à leur morale. En cela, c’est totalement contre-productif.

  • Il y a quand même une différence entre le Big Bang et l’évolution : la théorie du Big Bang est critiquée de l’intérieur même de la communauté scientifique spécialisée (en cosmologie). Je me permets un peu de publicité pour le numéro des Dossiers de La Recherche actuellement en vente et intitulé justement « Le Big Bang ». Et comme je ne suis pas chien, un lien vers un entretien (en libre accès) sur le sujet : http://www.larecherche.fr/content/recherche/article?id=3837.

    Ce n’est sans doute pas dans le même registre que la personne que vous citez. Mais c’est quand même une énorme différence avec la théorie de l’évolution à propos de laquelle il n’y a pas de débat parmi les biologistes (je ne parle pas de ses modalités évidemment). Ne « pas croire » au Big Bang est moins problématique de point de vue scientifique que « ne pas croire » à l’évolution.

  • Merci pour le lien.
    En tant que quasi-profane en cosmologie, j’ai toujours du mal à estimer la validité des controverses dans ce domaine. Par exemple, il me semble quand meme que le big-bang fait des prédictions sur les quantités relatives des différents éléments, qui ont bien du etre vérifiées. Cela dit, ma confiance en la cosmologie théorique en a pris un coup depuis que j’ai vu un séminaire sur l’expérience PAMELA (http://pamela.roma2.infn.it/index.php) , durant lequel j’ai appris avec stupeur que la bagatelle de 60 modèles « prédictifs »avaient été proposés avant l’expérience, tous avec des résultats différents.

  • @TOm : Dire que dieu n’existe pas n’est pas stupide, ca meriterait d’etre plus détaillé mais c’est une affirmation aussi « scientifiquement » vrai que : »J’ai observé dans mon telescope, il n’y a pas de tasse a café qui tourne autour de jupiter (ou un monolithe noir) ».

    C’est imbécile de croire en dieu parce que c’est imbécile de « croire ». la foi n’est pas courageuse, ce n’est cette qualité incroyable qu’on veut bien nous décrire. Personnellement l’idée de dieu, en tant que vague abstraction de ce qui se trouve au dela du big bang, ou en tant que « lois de la ‘nature' » (à la Einstein), ne me pose pas de problème particulier.

    Mais le dieu (ou les dieux) des religions est rarement de cet ordre. Le dieu des religions est une entité surnaturelle niant les forces de l’univers qu’elle a soi disant créé. Si c’est contre productif de nier l’existence de celui ci, je suis très contre productif moi même 🙂 et je ne vois pas bien comment cela peut legitimer le discours des creationnistes.

  • « J’ai observé dans mon telescope, il n’y a pas de tasse a café qui tourne autour de jupiter (ou un monolithe noir). » n’est pas du meme ordre que « Dieu n’existe pas ». L’énoncé équivalent est « je n’ai pas vu Dieu », qui est parfaitement scientifique. Il y a des tas de phénomènes qui étaient sous notre nez, que personne n’a vu, jusqu’à ce que quelqu’un ne trouve le bon point de vue. La science est historiquement bigleuse. Juste un exemple au hasard : on avait toutes les observations pour passer à l’héliocentrisme bien avant Copernic, simplement il nous manquait la bonne facon de voir. Et qui aurait eu l’idée de proposer la dualité onde-corpuscule avant les expériences plus fines de la fin du XIXième siècle ?

    « C’est imbécile de croire en dieu parce que c’est imbécile de “croire”.  »
    Dans ce cas là, la plupart des scientifiques que je connais sont des imbeciles. La croyance est cosubstantielle au raisonnement, Lewis Wolpert l’a bien explique :
    http://tomroud.cafe-sciences.org/2007/04/27/lecture-six-impossible-things-before-breakfast/
    Le raisonnement scientifique n’est jamais une droite ligne de faits objectifs menant à des conclusions : il y a toujours un moment où il faut croire en ce qu’on fait sans preuve. Les manips ne marchent jamais du premier coup : si on ne croyait pas à ce qu’on fait un minimum, on passerait à autre chose vite fait. Ce qui est plus imbécile, c’est de croire en quelque chose alors qu’on a des preuves du contraire.

    « Personnellement l’idée de dieu, en tant que vague abstraction de ce qui se trouve au dela du big bang, ou en tant que “lois de la ‘nature’” (à la Einstein), ne me pose pas de problème particulier. »

    Je suis d’accord avec vous, mais dans ce cas, vous etes agnostique, pas athée. L’athéisme militant, c’est une position qui me semble différente philosphiquement.

    Ce que je trouve contre-productif, c’est d’attaquer la religion dans le but de légitimer la science. C’est pourtant ce que préconise Coyne par exemple, qui rejoint en fait le discours des créationnistes qui justement attaquent la science car ils estiment qu’on attaque leurs valeurs morales en son nom. Les deux prennent d’une certaine facon la science en otage à mon avis. La seule démarche qui me parait acceptable est de commencer par la science, d’expliquer la science, d’expliquer ce qu’est un fait scientifique, etc… et de laisser les gens conclure pour eux-memes. L’histoire du créationniste devenu paléontologue est pleine d’enseignement de ce point de vue :
    http://tomroud.cafe-sciences.org/2008/03/11/le-creationniste-devenu-paleontologue/

  • J’ai souvent remarqué -à regret- ce rejet de la science, même chez des personnes ayant eu une formation scientifique.

    Il me semble qu’il faut aussi regarder ce phénomène dans le contexte de notre « société ultra-technologique ». Je me demande si ce n’est pas souvent une confusion entre la science et ces applications qui induit un rejet de la première. Les « visions flous » de la « science bigleuse », n’ont-elles pas tendance à être prisent comme nettes pour des applications technologiques parfois hasardeuses ?
    Bien entendu, je ne crois absolument pas qu’il faille rejeter la technologie. Simplement les applications technologiques doivent être étudié et critiqué par la science. Et à la vue du « grand public ».

    Sinon, merci beaucoup pour ce blog !

  • @Bob : vous chipotez, l’enoncé « je n’ai pas vu dieu » est effectivement la formulation exacte mais le résultat est le même. Aujourd’hui dans l’univers dieu est invisible, n’a aucune action et n’explique rien de ce qui nous entoure. Si vous préférez me décrire comme agnostique, pourquoi pas. Mais dans ce cas je suis agnostisque de absolument tout ce qui pourrait exister mais n’existe pas. ca me parait franchement intenable comme position et athéiste est un mot qui me convient mieux.

    Mettre les athéistes « militant » dans le même sac que les créationnistes est fondamentalement injuste. Demain, on découvre une manifestation de Dieu dans l’univers, les atheistes reconaitront leurs torts sans hésiter une seconde. Mais imaginons que demain on découvre que la terre n’a pas 6000 ans et que la vie est apparu il y a 4 milliard d’années et que les espèces ont évolué depuis. Les créationnistes changeront t’il d’avis ? 🙂

  • Bob, la dualité onde-particule était invisible avant la fin du XIXième siècle. Cela ne veut pas dire que Dieu existe, juste que l’argument « je ne vois pas » ne me parait pas aller très loin; si vous ne voyez pas, c’est peut-etre que vous etes aveugle.

    Pour créationnistes vs athées militants, je ne les mets pas du tout dans le meme sac sur leur attitude envers Dieu, ce n’est pas ce que je veux dire. Ce que je déplore, c´est la nouvelle attitude qui consiste à aller attaquer la religion au nom de la science. La science a certainement besoin qu’on la défende, mais je pense que c’est une très mauvaise facon.
    Evidemment, les motivations profondes des créationnistes ne sont pas scientifiques mais religieuses et sociologiques. Ils disent que les scientifiques veulent les forcer a changer leur mode de vie, leur imposer leur morale (les forcer à adopter l’avortement par exemple…). On est exactement dans le cadre de cette réaction face à une science vue comme « oppression ». Du coup, ils attaquent la science pour défendre la religion. Et il y a donc gros mélange des genres.

    Lorsque Coyne propose d’attaquer la religion pour défendre la science, il pratique le meme mélange des genres, et je trouve qu’il justifie l’attitude des créationnistes qui pensent que les scientifiques veulent leur imposer leurs opinion (puisque de fait, c’est ce qu’il essaie de faire). Je pense donc que c’est totalement contre-productif et ne peut que braquer les gens. Il faut quand meme voir comment les uns et les autres balancent des anathèmes, excommunient à tour de bras les scientifiques un peu croyants, etc… je ne pense pas que ces gens changent les choses dans le bon sens. Moi je pense que la science se suffit à elle-meme, et qu’il ne faut pas lutter contre les religions en son nom, c’est la pire des choses à faire.

  • « dans leurs discours publics, qu’ils n’ajoutent pas à la confusion, qu’ils expliquent bien ce qu’est la science, quelles sont ses limites »

    Cette formulation est interessante car l’idée sous jacente est que le scientifique parle et surtout que le « public » est passif et ne pose pas, absolumpent jamais, de questions auquelles le scientifique devrait répondre.

    C’est dans la même veine sur les données brutes qu’on ne doit pas montrer au public car « il ne comprendrait pas », par exemple des relevés de températures en climatologie (ou même des articles dans des revues payantes inaccessibles au public, référant des jeux de données tout aussi inaccessibles).

    Dans ces orientations il n’y a pas de dialogue, le scientifique parle de ce qu’il veut mais il n’écoute pas le public.

    Deux (courts) articles sur le sujet sur mon blog :

    http://guerby.org/blog/index.php/2009/05/11/197-expert-et-profane

    http://guerby.org/blog/index.php/2009/05/12/198-statistiques-ogm-et-transparence

  • Laurent, oui, tu as raison qu’un vrai dialogue entre science et public améliorerait beaucoup les choses.
    Personnellement, je suis pour la transparence totale, pour l’accès total à toutes les données, pour l’accès gratuit aux articles, comme beaucoup de scientifiques je pense. Et j’essaie toujours de répondre quand on me demande quelque chose sur mon blog 😉 . Mais ce qui rend les choses difficiles aussi est que la science est par essence « hiérarchique » , il y a des experts et des profanes; la science n’est pas une opinion comme une autre, c’est aussi pour cela qu’elle est peut-être considérée comme trop dominatrice dans le grand public, mais c’est aussi pour cela qu’il y a une ligne jaune à ne pas franchir par les scientifiques pour ne pas utiliser d’arguments d’autorité.

  • Au fond, Je ne pense pas que les athées « attaquent » la religion, d’une manière équivalente a ce que font les créationnistes et autres religieux fondamentalistes. Des militants comme Dawkins, Harris, Dennett ou Hitchens cherche a plutot éduquer scientifiquement les gens. Leur espoir secret c’est que la religions s’eteignent d’une mort « naturelle » pas d’imposer des idées non désirés aux gens (l’inverse n’est pas vrais, la religion se plait beaucoup a imposer une vérité unique aux gens, nottament les enfants)

    D’autre part, il est d’utilité publique que des scientifiques questionnent les affirmations religieuse pouvant se soumettre a un examen. Je ne vois aucune raison de ne pas le faire, autant pour des questions comme la genese, l’age de la terre ou les miracles de Jésus. Ces affirmations ne tiennent pas cet examen, d’ailleurs.

    La science braque les gens ? est ce grave ? n’est pas ce qu’elle est supposée faire ? tester, questionner, en permanence. D’ailleurs, l’inverse n’est pas vrai, un creationniste ne « braquera » jamais un scientifique, géneralement, prêt a démontrer et mettre à l’epreuve ce qu’il affirme.

    Au final, pourquoi cette empathie pour les croyances religieuses ?
    En quoi est ce mal ou « méchant » d’utiliser des méthodes scientifiques pour questionner l’efficacité des prières, l’age de la terre, ou la logique sous jacente a l’idée d’une super entité intelligente ayant suposément un plan pour chacun d’entre nous ?

    Ce compartiment « religion » que certains réussisse à creer dans leur esprit me sidere au plus au point. il rends acceptable le fait d’echapper a la logique ou de penser que quelque chose existe, sans questionnement possible, sous pretexte qu’il y a une infime possibilité.

  • Je suis pas croyant, mais bon, la religion pour beaucoup ca va quand meme un peu plus loin que la croyance en un Dieu barbu sur son nuage ou plus generalement une perception litterale de la Bible, faut pas pousser non plus.
    La religion, c’est il me semble, surtout une recherche de la transcendance… pour certains c’est la musique, la litterature ou le football, pour d’autres c’est la religion.
    Et je suis persuade que la foi profonde en quelque chose permet effectivement, par un depassement de soi, par un « sacrifice » personnel pour un dessin plus large, d’accomplir des choses que les mecreants ou les blases ne peuvent accomplir.
    Ca me semble assez illegitime de foutre dans le meme sac Mere Teresa ou l’abbe Pierre et les tares des Jesus Camp…

    Et quand vous dites que les athees « fondamentalistes » sauraient, eux, admettre l’existence de Dieu s’ils l’avaient sous les yeux, je reste franchement sceptique…

    On peut aussi se demander, comme Georges Steiner, pour quelle raison la Bible est a ce point un livre unique, qui depuis 3000 ans qu’il a ete compile, au-dela des conneries qu’il raconte parfois, transmet des messages toujours d’actualite, des paraboles pertinentes etc.

  • « il y a des experts et des profanes »

    Oui tout a fait :). La question devient comment ces deux catégories sont désignées et comment elles communiquent.

  • @ bob : Non, ce n’est pas vrai. J’ai vu Coyne en conférence ( http://tomroud.cafe-sciences.org/2008/05/09/compte-rendu-de-symposium-derniere-comment-lutter-contre-le-creationnisme/ ), j’ai lu ce qu’il écrit, j’ai été choqué : il est clairement rentré dans une croisade contre la religion. Je pense qu’il y a une ligne jaune ici. De plus, comme je l’ai écrit sur la blog darwin (cf dans le billet) se focaliser sur la religion est stupide car par exemple le mouvement anti-science se manifeste aussi dans une croyance plus répandue dans le paranormal. Donc attaquer la religion revient non seulement à se tromper de cible, mais encore à se tromper dans l’analyse des causes profondes du mouvement et à faire des fondamentalistes religieux des martyrs.

    Justement la seule chose qui me semble raisonnable est d’expliquer la démarche scientifique, expliquer pourquoi les résultats sont exacts, point à la ligne.

    « La science braque les gens ? est ce grave ? n’est pas ce qu’elle est supposée faire ?  »

    Non, je suis désolé, mais non. La science n’a pas à se préoccuper de ce que pensent les gens dans un sens comme dans l’autre. La science, c’est une quête de vérité; les résultats doivent parler d’eux-mêmes. Que cela choque ou pas n’est par pertinent.

    Le questionnement permanent fait partie de la démarche scientifique, mais au-delà c’est une philosophie personnelle de vie. De quel droit l’imposer à qui que ce soit d’autre ? De quel droit va-t-on dire à des gens « si vous ne questionnez pas tout, vous avez tort » ? Et puis combien de scientifiques le font vraiment en dehors de la science, de façon non biaisée et constructive ?
    Personnellement, je ne suis pas religieux du tout, je suis agnostique tendance athée, mais je ne veux imposer ma vérité à personne, je pense que les faits parlent d’eux-mêmes. Cela relève aussi peut-être de l’influence que les US ont eu sur moi.

    Entièrement d’accord avec mix sinon.

  • Je trouve ce débat absolument passionant et suis en total accord avec ce qu’écrit Tom Roud. Je me suis forgée à peu près cette pensée (étant moi-même agnostique tendance croyante ;)) petit à petit, mais l’élément décisif a probablement été la lecture d’un livre extrêmement simple mais aussi l’un des plus intelligents que j’ai lus jusqu’ici : Les dieux ne sont jamais loin de Lucien Jerphagnon (philosophe et historien, spécialiste des pensées grecques et romaines). Jerphagnon pose la question : la limite qui dans nos têtes sépare religion et science en deux entités absolument non complémentaires, l’une devant être juste et l’autre fausse ne serait-elle pas qu’un mirage de notre temps, de notre culture, de notre société ?

    Par l’exemple des Romains, des Grecs et des Hebreux qui avaient parallèlement des pensées extrêmement rationnelles (mathématiques et philosophie) et irrationnelles (mythes), il montre finalement que les plan de la pensée sur lesquels se situent la science et la religion ne sont pas les mêmes, que l’on n’a pas à choisir entre l’une ou l’autre.

    Pour finir ce message déjà trop long, je vous retranscris la conclusion d’un article sur ce livre que j’ai écrit pour le journal de mon lycée :

    « Tant d’autres peuples avant nous, et pas stupides, pas primitifs, des peuples qui ont inventé les mathématiques et la philosophie, acceptaient naturellement que les deux pouvaient évoluer ensemble, car ils ne répondaient pas aux mêmes impératifs.
    Comprendre cela, c’est déjà se délester d’un poids gigantesque, c’est s’accepter soi même, dans ses doutes quant aux divinités, quant à la divinité, dans son impossibilité d’avoir des certitudes raisonnables, et donc l’obligation de tirer des conclusions déraisonnables et pourtant pleines de sens. Sans forcément se dire Chrétien, se dire Juif, se dire Musulman, mais en acceptant que malgré les progrès de la science, malgré le triomphe de la raison, il restera toujours une question à laquelle celle-ci est bien incapable de répondre, la leibnizienne : pourquoi quelque chose plutôt que rien ? On pourra invoquer autant de Big-bangs que l’on veut, la science est démunie. Alors après, comme on est plus léger ! Comme on se sent mieux, quand on sait que ce sont des milliers d’années d’humanité qui ont buté face à la même question et qui y ont apporté leurs réponses ! On est détendu, délivré, en droit de croire en ce que l’on veut, à ne croire en rien. Mais ne croire en rien, c’est déjà se dire que l’on a échoué, comme les autres, à répondre raisonnablement, et que, comme les autres, on croit, quand même. »

  • « la limite qui dans nos têtes sépare religion et science en deux entités absolument non complémentaires, l’une devant être juste et l’autre fausse ne serait-elle pas qu’un mirage de notre temps, de notre culture, de notre société ? »

    Ou plutôt, la faculté de l’humain à voir un antagonisme là où il n’existe pas. A émettre des jugements de valeur, à croire que s’il a raison, l’autre à tort.

    Je suis athée à tendance stoïcienne (non, non, je ne mélange pas religion et philosophie). Athée au sens où je ne crois pas en une entité qui, seule, aurait décidé de créer la vie ; à tendance stoïcienne car c’est la meilleure place que j’ai trouvé pour observer ce qui est extérieur à mon corps de façon objective et relativement « sûre ».

    La limite dont tu parles, singedescavernes, je la trouve très intéressante, car en creusant un peu, on trouve une représentation, et en creusant encore, on trouve une croyance, fondalement ancrée dans la conscience collective depuis des lustres. Que si la science a RAISON, la religion a TORT, et inversement. J’imagine bien Dieu débarquer sur la statue de la liberté, et le Pape montrer la science du doigt en riant. « Aha ! » C’est, à mon sens, une grossière réduction de la situation, un point de vue complètement inadéquat et une problématique qui n’a pas lieu d’exister.

    Je pense aussi que la science se suffit à elle-même. Et j’aimerais bien que la religion s’interroge à ce propos – notez que je ne parle pas de la religion en général mais de la seule que je connais de près, le christianisme – car à force de chercher l’expansion, le contrôle, le pouvoir, on perd de vue son but spirituel. C’était pas ça à la base, croire ? Croire que je vais aider mon prochain qui est dans le besoin, croire que je ne vais pas tuer, croire que je vais chercher la paix d’esprit et de corps ?

    Je pense que la base était un message universel pour un monde meilleur. (non, je suis pas non plus un connard positiviste, je pense juste que le monde entier gagnerait à réfréner son ego) Les essences de la science et de la religion sont éminemment compatibles, car il n’existe pas de meilleur terrain de recherche scientifique qu’une société en paix avec elle-même, peuplée de gens en paix avec eux-mêmes. Si la religion ne s’était pas donné plus d’importance à elle-même qu’à ses préceptes, on n’en serait pas là.

    J’ai jamais appris à faire une dissertation, je vous prie donc d’excuser le désordre de mon commentaire et la gêne qui a pu être occasionnée. Egalement, je suis novice et profane dans tous les domaines que je cite. Si vraiment j’ai dit des énormes conneries, je vous prierai de bien vouloir m’en faire la remarque 🙂

  • Etant moi-même « novice et profane » en tout cela, mais pensant en même temps que ce sont des sujets qui touchent de si près chacun d’entre nous que l’on peut tous avoir un avis sur cela, je te dirai juste que je suis tout à fait d’accord avec toi Demmanuel. Tu as en effet creusé dans un sens qui me parait très interessant, avec la raison et le tort.

    Pour l’évolution du christianisme, celui d’un certain nombre mais pas de tous, je n’y avais pas pensé tout de suite mais c’est vrai que je crois depuis un certain temps que la religion peut avoir des vertus sociales. Dans cet optique, la croyance en un être supérieur permettrait de se réhausser moralement. Ce que ne permettra jamais la science : une connaissance scientifique ne donne pas de route à suivre, n’indique pas le « bon » chemin. La science donne des faits, elle ne tire pas de conclusion morale.

    Mais la religion n’a pas seulement cette utilité. La religion c’est aussi tout simplement croire qu’il y a un dessein qui surpasse tous les autres. C’est ainsi que l’on peut comprendre le mieux possible les lois qui régissent le monde, ça ne nous dira pas si Dieu existe ou non, et c’est précisément pour cela qu’il y a deux plans.

    Pour terminer : je suis censée avoir appris à faire une dissertation, pour autant je n’applique pas ses règles strictes aux commentaires de blog 😉

  • La science (pas la science idéale, mais la science réellement existante) est devenue aujourd’hui un bastion de l’obscurantisme. Les scientifiques ne sont plus des chercheurs, mais des experts. Leur fonction est de remplacer le débat démocratique par le droit divin et le principe d’autorité. L’activité scientifique est managée, contrôlée, pilotée, encadrée, industrialisée et militarisée. Elle n’a plus aucune autonomie face à  ses financeurs. Il faut aujourd’hui défendre la raison contre la science.

  • l’explosion originelle qui aurait donné naissance à l’univers. Avant cette supposée création de l’univers, on dit que la matière et l’énergie se trouvaient concentrées en un seul point dont la masse et la température étaient infiniment, très élevées.

    question comment: c’ette matière et l’énergie c’est creer ??

  • Les (inévitables) questions de @rené ci-dessus révèlent aussi pourquoi la Clotilde de l’article ne croit pas au Big-Bang : la (sur ?) vulgarisation. Quiconque voit le Big-Bang comme une explosion ne peut pas y croire, et je dirais même a de bonnes raisons de ne pas y croire.

    Pour avoir une chance d’accepter que les faits expérimentaux (expansion de l’Univers, rayonnement fossile etc.) ne s’expliquent que par le Big-Bang, il faut àmha avoir des bases mathématiques permettant de comprendre ce qu’est une singularité, et ce qu’est un espace-temps. Au minimum. Avec ça on peut commencer à imaginer que le temps ait un « début » et que l’Univers SOIT, sans besoin de création.

    Il faut des décennies, je dirais même souvent un siècle pour qu’une théorie scientifique, validée expérimentalement, soit à peu près comprise et acceptée par le public. Une des raisons que j’y vois est qu’il faut la simplifier tout en conservant son sens profond. Lisez par exemple http://books.google.ch/books?id=Tm0FAAAAQAAJ&pg=PA19 et cherchez la formule F=m.a dans ce charabia (Isaac, pardonne moi…).

    Pour le Big-Bang, il nous manque peut-être une définition « astrophysique » du temps qui évite la singularité du Big-Bang (essai dans ce sens : http://drgoulu.com/2008/06/06/la-grande-question-du-temps/ ), et les petits enfants de Clotilde et René auront une chance de ne plus devoir y croire, mais de simplement savoir.

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