L'économie a besoin d'une révolution scientifique

Ce n’est pas moi qui le dis, mais Jean-Philippe Bouchaud dans un essai publié fin Octobre dans Nature qui m’avait jusqu’alors échappé.

J’avais déjà parlé de Jean-Philippe Bouchaud, dans un des billets les plus commentés de ce blog. Bouchaud est l’un des grands physiciens français actuels (médaille d’argent du CNRS en 1995, enseignant à l’X …), et depuis quelques années, il s’intéresse à l’application de théories inspirées de la physique statistique à l’économie – au sens propre d’ailleurs puisqu’il codirige un fond d’investissement.

Dans son essai, Bouchaud défend ses théories et préconise donc une véritable révolution en économie. Il commence par un constat cinglant : la physique a permis d’envoyer des hommes sur la Lune et d’extraire de l’énergie d’atomes, là où l’économie est (en gros) incapable de prédire quoi que ce soit d’important (comme un bon gros economic meltdown par exemple).

Bouchaud pense que cet échec de l’économie trouve son origine dans une trop grande légèreté dans la collecte et l’interprétation des données empiriques, due notamment à un attachement trop fort à des axiomes de base très rigides (rationalité des agents, « main invisible » pour atteindre un prix optimum, efficacité du marché pour déterminer les prix). Un économiste lui aurait par exemple confié que « ces concepts sont si forts qu’ils remplacent (supersede) toute réalité expérimentale ».

Pour lui, le succès de la physique vient du fait que les physiciens intègrent mieux la réalité expérimentale dans leurs modèles. Ils ont appris au fil du temps que des modèles mathématiques, si jolis soient-ils, peuvent être faux et que si les data ne collent pas avec le modèle, c’est que le modèle a fondamentalement un problème [1]. Selon Bouchaud, en économie au contraire, les idées de base se sont fossilisées en dogmes, on enseigne aux étudiants des formules mathématiques toutes faites faciles à appliquer, que personne ne remet jamais en cause. Par exemple, le modèle de Black-Scholes, inventé en 1973 pour modéliser le prix des options, repose sur l’hypothèse que la probabilité d’un changement de prix important est négligeable. Or il n’en est rien; pire Bouchaud pense que ces modèles mathématiques ont aggravé la crise de 1987 et celle que nous vivons aujourd’hui : les modèles utilisés par les financiers, sous-estimant la probabilité du krack, ont pour effet collatéral d’amplifier celui-ci au moment où il se produit.

En particulier, Bouchaud affirme qu’aucun modèle en finance ne prend en compte ces effets de grande amplitude autour de l’optimum théorique. En physique au contraire, il existe toute une batterie de théories décrivant ce qui se passe autour d’un état optimum. L’une des leçons de la physique est qu’un état optimum peut être hyper fragile, si bien qu’en réalité, sa connaissance n’est pas pertinente pour l’étude du problème typique. Du coup, Bouchaud prétend qu’il y a de bonnes raisons de penser que la théorie économique classique, reposant sur la description de ces optima, est à reprendre complètement à zéro et qu’il faut développer de nouveaux outils pour décrire correctement ces grosses fluctuations de l’économie.

Pour finir, Bouchaud conclut sur la nécessité de tester les modèles ainsi que les produits financiers mis sur le marché, à l’image de ce qui se fait pour tout produit dangereux (chimique ou pharmaceutique par exemple). Et surtout, Bouchaud pense que la façon de voir l’économie doit être revue, comme une vraie science naturelle, de façon pragmatique et réaliste (un peu à l’image de ce qui se fait en neuroéconomie ?), même s’il s’agit d’abandonner in fine les jolies équations et les axiomes esthétiques si séduisants pour l’esprit.

[1] C’est une vue un peu idyllique de la physique à mon avis, mais pas fausse quand on considère les révolutions scientifiques justement…

30 réflexions au sujet de « L'économie a besoin d'une révolution scientifique »

  1. Une blague classique, reprise ici du site d’Econoclaste

    Un économiste, un chimiste et un physicien sont échoués sur une île déserte avec comme seul moyen de survie des boîtes de conserves, mais pas d’ouvre-boîtes… Le chimiste propose :  » Il n’y à qu’à les mettre dans l’eau de mer et attendre que le sel ronge le metal. « . Le physicien propose :  » On les pose sous un cocotier et on attend que des noix de coco les brisent en tombant. « . L’économiste prend alors la parole :  » Bon, posons notre première hypothèse : nous avons un ouvre-boîte « …
    Elle est de Paul A. Samuelson, prix nobel d’Economie en 1970.

    Sinon, quant a la proposition finale, il me semble que ce celà correspond plutôt a la façon dont les premiers économistes travaillaient au XIXème siècle. De mémoire, Schumpeter pensait qu’un économiste devait maîtriser la théorie, la statistique et l’histoire, et qu’une mauvaise connaissance de l’histoire était souvent la source de nombreuses erreurs… Je n’ai pas l’impression qu’il ait été très écouté.

  2. |Un économiste lui aurait par exemple confié que “ces concepts sont si
    |forts qu’ils remplacent (supersede) toute réalité expérimentale”.

    Le pire est que cet économiste n’est pas le seul à le savoir. Tous les professeurs d’économie vous diront que les hypothèses de base sont fausses.

    Mais il y a tout de même une différence fondamentale entre l’économie et la physique. Contrairement aux agents économiques, les agents physiques n’ont pas la capacité de faire des choix.

    Pour revoir la théorie économique, il faudrait peut-être prendre en compte des modèles liés aux théories des réseaux et à la théorie des mêmes afin de prédire des comportements généraux (n’étant ni spécialiste en statistiques, ni de la théorie des mêmes, ce que je raconte est peut-être très fumeux…. mais j’avais envie de le dire, voilà 🙂

  3. L’économie est intéressante parce qu’elle fabrique la réalité qu’elle prétend étudier. Jean-Michel Le Bot donne ainsi l’exemple des modèles de Black-Scholes, qui « fabriquent d’autant plus les marchés qu’ils sont incorporés dans les logiciels utilisés par les professionnels ». Du coup, on a presque du mal à comprendre comment elle peut échouer !

    Surtout, ça rend difficile le point de vue purement idéaliste, qui chercherait à décrire une réalité des marchés comme une réalité physique classique indépendante et ignorant les boucles de rétroaction. Sans doute faut-il d’abord une armée d’anthropologues et sociologues pour étudier ces systèmes complexes et les déconstruire avant de chercher à tout reconstruire…

  4. @ Anne : merci pour la blague, je suis un grand amateur de l’auto-dérision scientifique.
    @ MAS : en ce qui concerne la remarque de l’économiste, je ne suis pas sûr qu’il déplorait la situation, mais mon sentiment était plutôt que c’était une façon de justifier l’éloignement à la réalité.
    Bouchaud évoque le fait que les agents économiques sont plus « imprévisibles » que des particules par exemple, mais il ne pense pas que cela soit la raison fondamentale de la situation qu’il déplore.
    En réalité, Bouchaud vient justement d’une physique assez proche de la modélisation de processus type « propagation d’opinion » justement, donc votre remarque est assez judicieuse 😉
    @ Enro : bien vu ! L’économie, c’est vraiment comme la psychohistoire alors : la connaissance des équations psychohistoriques change le comportement des acteurs, n’est-ce pas ?

  5. J’ai l’impression que Bouchault a une vision complètement fausse de l’économie. Et paradoxalement, beaucoup trop ambitieuse.

    Un exemple: cette idée de tester les produits financiers comme des médicaments me semble absurde. Quand on teste des médicaments, on prend un groupe de contrôle et un groupe de traitement. J’ai un peu de mal à voir comment on fait ça en finance. On sépare deux salles de marché? On propose à un pays de l’adopter et pas à un autre? Toute personne qui a tant soit peu réfléchi à l’expérimentation en sciences humaines sera dubitatif. Alors on le teste dans un laboratoire avec des traders qui ont des électrodes? Mais qui croira qu’un laboratoire permet de reproduire ce qui constitue les salles de marchés : les réseaux de connaissance, les rapports de pouvoir, les rumeurs… (je précise par ailleurs qu’un macroéconomiste très connu, Willem Buiter, fait exactement la même proposition dans un discours récent http://www.nber.org/~wbuiter/uyl.pdf. J’admire beaucoup Buiter, mais je ne vois pas comment le suivre là dessus)

    Je n’ai pas lu le papier (gated), mais en croyant pouvoir appliquer à l’économie les techniques de la physique, il est beaucoup plus scientiste que les économistes qu’il critique.

  6. « cet échec de l’économie trouve son origine dans une trop grande légèreté dans la collecte et l’interprétation des données empiriques, »

    Je ne peux qu’approuver cette remarque. Dans a peu pres 100% des papiers des economistes « serieux » on trouve le taux de chomage, sans parler des discussions de café sur le pays X fait mieux que le pays Y donc il faut copier X.

    Or voila un fait a peu pres inconnu (vous pouvez tester) sur la mesure du chomage que j’ai inséré il y a quelques temps dans les wikipedia fr et en:

    «  » »Au quatrième trimestre 2004 selon l’OCDE [7] le taux de chômage normalisé pour les hommes de 25 a 54 ans était de 4.6% aux USA et de 7.4% en France. À la même période et pour le même groupe, le taux d’emploi était de 86.3% aux USA et de 86.7% en France.

    On constate donc sur ce groupe un taux de chômage 60% plus élevé en France qu’aux USA alors que plus de personnes travaillent dans le groupe choisi, ce qui est contre-intuitif si on s’attends à ce que le niveau de chômage reflète la situation du marché du travail.

    Il faut donc bien se garder d’interpréter sans précaution les chiffres du chômage. En effet la définition du chômage repose sur la distinction fragile entre non-emploi d’un actif potentiel et l’inactivité, malgré les effort de définition et de normalisation cette mesure reste extrêmement subjective et donc influençable facilement par différentes politiques n’améliorant sans-doute pas véritablement la situation du marché du travail. » » »

    (7) http://www.oecd.org/dataoecd/36/30/35024561.pdf

    Avec une mesure de pietre qualité utilisée aussi libéralement on ne peut que constater l’ampleur de la catastrophe. J’ai mis au défi des dizaines d’economistes de me citer un seul papier sur cette discrépance, zero resultat ! Mon assertion zero papier est toujours valide apres deux ans de questions.

    Un probleme lié est que les données économiques sont tres opaques, en particulier en France le détail des prix relevés et des ajustements hédoniques n’est pas publié alors qu’il n’y a aucune raison de ne pas le faire :

    http://guerby.org/blog/index.php/2006/11/19/129-inflation-et-transparence

    Bonne année 2009 :).

  7. toutes ces critiques sont tres mal renseignees:
    – il y a plein de recherche qui ameliore black scholes notamment en ajoutant des changements discontinus! et d’ailleurs (depuis 1987) les prix observes sur les marches ne refletent pas black scholes mais plutot une crainte de discontinuite dans les prix effectivement….
    – l’economie est (devenue) extremement empirique; les economistes testent toutes leurs idees sur les donnees qu’ils peuvent trouver… cf par ex the economist qui discutait qq jeunes economistes prometteurs, essentiellement empiriques
    – l’experimentation comme dit + haut est pas du tout evidente a mettre en place ;
    – ca fait qq annees qu’il y a de la recherche en « econophysics », mais souvent les physiciens sont d’une ignorance crasse et ecrivent des equations sans sens economique (ie ils ne respectent pas des identites comptables, ou ils ecrivent des modeles absurdes sans creation de richesse)

    assez effrayant de voir l’inculture economique de ces gens-la (j’ai passe 3h a discuter avec un eleve de bouchaud une fois…) qui en plus prennent les economistes pr des imbeciles.

    evidemment j’attend toujours qu’ils produisent une theorie qui explique/predise qq chose…

    la verite simplement c’est que l’economie c’est +dur que la physique!

    par ailleurs pas d’accord non plus sur l’absence de resultats, on voit l’effet des bons conseils des economistes ds pas mal de domaines (encheres, marches financiers, gestion de l’inflation, taxation… plus du micro que du macro)

    au final il y a des gens qui recrutent des economistes… d’ou leur salaire (aux US superieur au physiciens…) si les gens veulent les embaucher c’est qu’il y a une raison….

    – note: la rq du commentaire precedent sur le taux de chomage est bizarre; il y a une definition de ce qu’est un chomeur (en gros, personne sans emploi pas en conges et qui a cherche un emploi la derniere semaine), qui vaut ce qu’elle vaut, et on definit les non-employes non-chomeurs comme « inactifs » ie ils ne cherchent pas un travail. donc, on a une decomposition de la population:
    Pop = Employes + chomeurs + inactifs
    et taux emploi = Employes/Pop
    taux chomage = chomeurs/(Employes+chomeurs)
    tout cela vise a distinguer le cas d’un retraite de 78 ans qui ne travaille pas (ou une femme au foyer, ou un etudiant, ou un enfant) du cas de la personne qui cherche en ce moment un travail. evidemment, si les salaires augmentent, la femme au foyer peut preferer aller travailler.
    inutile de s’exciter et de crier a l’erreur des economistes…. n’importe quel etudiant de 1ere annee peut expliquer ca.

  8. @markss : le preprint est disponible librement sur arxiv.org :
    http://arxiv.org/PS_cache/arxiv/pdf/0810/0810.5306v1.pdf

    @qqq, concernant le premier point : l’ajout de discontinuités dans la modélisation des cours d’actifs financiers contribue certes au réalisme du modèle et permet en particulier de rendre compte d’évènements extrêmes comme les krachs. Néanmoins, bien d’autres caractéristiques universellement observées sur les données réelles ne se retrouvent en général pas dans ces modèle, par exemple et entre beaucoup d’autres, le fait que la volatilité d’un actif soit très corrélée au cours du temps.

    Je travaille sur des thématiques proches de celles de Bouchaud, et sans vouloir entrer dans le débat des fondements de l’économie politique, peut-être est-il utile de décrire comment se situe Bouchaud au sein de la finance académique.

    A l’heure actuelle, l’essentiel de la recherche en finance mathématique se situe dans des modèles (continus ou discontinus) dont on pourrait sans doute affirmer qu’ils sont « simplistes » car ils ne rendent pas compte de bien des choses observées en pratique. Mais ces cadres théoriques simplifiés permettent en particulier d’examiner finement les propriétés des produits dérivés, c’est-à-dire ces contrats d’assurance complexes contre la hausse ou la baisse d’un cours, contrats qui s’échangent massivement sur les marchés financiers. Evidemment, ces études sont loin d’être simplistes en termes de finesse du raisonnement mathématique.

    A l’inverse, la démarche de Bouchaud est d’être réaliste et fidèle aux données, et de reproduire théoriquement ce qui est universellement observé sur les cours d’actifs. Et on voit un bon nombre de régularités bizarres, ou du moins qui sont incompatibles avec les modèles classiques. De là, un besoin de modèles nouveaux, bien plus sophistiqués ; mais souvent dans lesquels l’étude des produits dérivés semble à l’heure actuelle trop difficile et hors de portée. C’est cependant un tout peu gênant si on veut prétendre comprendre la réalité des marchés financiers contemporains, et combler ce manque est donc pour les gens qui travaillent sur ces modèles une priorité.

    A mon avis le texte de Bouchaud dans Nature part donc de cette alternative qui existe en finance à l’heure actuelle : d’un côté des modèles qui ignorent volontairement une partie de la complexité du réel, afin de pouvoir produire des analyses ou des aides à la décision. De l’autre, la volonté de coller au réel et de payer le prix de la complexité, en espérant mais sans être sûr qu’il finira par en sortir quelque chose d’utile. Je ne saurais dire dans quelle mesure cette alternative est valide pour le reste de l’économie politique.

  9. Et bien le sujet est polémique. C’est assez normal d’ailleurs vu le ton pris par Bouchaud 😉 .

    @ Markss : j’ai un peu déformé ses propos, il dit que les produits financiers doivent être testés contre les scénarios extrêmes, et qu’une autorité indépendante doit donner son avis sur leur degré de dangerosité supposée pour les autoriser. C’est un peu plus empirique que ce que je laisse entendre.

    @ qqq:

    – je crois que sur cette histoire de modèle de Black-Scholes, pour avoir vaguement entendu ce qu’il reproche aux modèles par ailleurs, c’est de ne pas prendre en compte certaines caractéristiques fondamentales (genre invariance d’échelle, fractalité que sais-je) qui sont selon lui cruciales. Je n’y connais rien, mais si j’ai bien compris le modèle est en gros un mouvement brownien amélioré, cela limite énormément l’effet des « patch » qu’on peut lui ajouter dans le but de fitter des data un peu bizarres je pense -typiquement à partir du moment où on a un mouvement brownien, je pense qu’il est difficile d’avoir des moments d’ordre supérieur à 2 par exemple, par hypothèse même
    – c’est bien si l’économie est devenue empirique, mais dans ce cas le reproche est justifié : je ne connais aucune science naturelle dans laquelle les théoriciens ont dominé au départ et qui est devenue plus empirique ensuite.
    – les physiciens sont certainement d’une ignorance crasse en physique, mais je n’ai pas l’impression que les économistes connaissent très bien une physique qui me paraît pertinente pour l’économie (justement tous les travaux des Bouchaud, Parisi, Mézard …)

    Personnellement, la critique qui me parle le plus est cette histoire d’optimum. Je suis assez sensible à l’affirmation que le calcul de l’optimum n’est pas la valeur pertinente. Or j’ai toujours l’impression que l’économie repose sur la recherche de ces équilibres, et est au mieux perturbative autour de ces équilibres (c’est mon impression de béotien). Je pense faire un billet sur un exemple « évolutionnaire » bientôt du coup, ça permettra d’expliquer un peu comment un optimum théorique peut être non pertinent. Mais toujours est-il que la physique traite de ce genre de problèmes depuis des années.

    la verite simplement c’est que l’economie c’est +dur que la physique!

    cf mon point plus haut sur les économistes qui ignorent la physique. Je pense qu’on peut trouver des choses impossibles à traiter dans les deux cas.

    au final il y a des gens qui recrutent des economistes… d’ou leur salaire (aux US superieur au physiciens…) si les gens veulent les embaucher c’est qu’il y a une raison….

    Exercice de style : pour quelles raisons sociologiques et économiques les entreprises préfèrent-elles embaucher des économistes que des physiciens, à des meilleurs salaires. Expliquer aussi pourquoi des gens (par exemple moi) s’intéressent à toutes les sciences non rentables comme la physique, la biologie, alors que s’ils utilisaient à plein leurs facultés intellectuelles, ils pourraient sûrement devenir économistes et se faire plein de fric.

    @LD : merci pour cet éclaircissement très intéressant.

  10. J’ai plein de questions !
    *Quel est le rendement des fonds gérés par Bouchaud & Co ?

    *Quel modèle peut décrire l’évolution catastrophique du cours de l’action VW (celui de Mendelbrot peut-être ?). Quel modèle aurait pu le prédire ?

    *Que vaut une donnée économique dans un modèle physique, alors qu’on ne recueille pas pas de donnée physique – suis pas bien clair, mais tout le monde est d’accord sur la définition ce qu’est un degré celsius ou une Joule, ou une molécule d’ARN ; le débat sur la définition de concepts comme la monnaie ou le crédit continue encore. La définition du chômeur n’est pas la même suivant les pays.

    *L’économie est une science humaine, la physique lui apporte la rigueur dans le rapport au réel, les maths l’expertise dans le traitement des données. Puisqu’humaine, n’est ce pas dans les science de la vie qu’il faut chercher de la compréhension ?

  11. « les physiciens sont certainement d’une ignorance crasse en physique??? »

    bon d’accord, m’enfin quand même.

  12. hello
    juste pour dire que j’avais plutot envie d’être d’accord avec ce billet – également parce qu’il faudrait urgemment essayer d’envisager un fctionnement de l’économie hors de son cadre actuel de croissance de pib etc… et aussi que je suis sidéré par la réaction puérile de qqq.

  13. @ all : ce n’est pas par mauvaise volonté que je ne vous ai pas répondu, mais je n’ai pas la moindre idées des réponses à vos questions ! Si ce n’est les deux dernières : on peut mesurer des données statistiques sur les cours j’imagine, et donc l’idée de Bouchaud and co. est de comprendre la nature statistique de ces cours et d’essayer de trouver des modèles les décrivant de façon effective. C’est donc vraiment de la science dure je pense.

  14. Je vais mettre les pieds dans le plat, mais honnêtement, je vois pas très bien comment on peut prévoir un évènement rare avec des outils statistiques. J’avoue que les statistiques utilisées en math-fi me dépassent allègrement (j’ai déja pas forcément les idées claires pour les series à temps discret, alors les edp stochastiques….), mais l’idée même me parait un peu farfelue.

    Par exemple, prévoir le comportement de Porsche sur VW, je ne vois même pas en quoi ca a un sens. Les statistiques, par définition, ne peuvent que rendre compte de comportement moyens. Mathématiquement parlant, au moins dans le contexte de l’axiomatisation de Kolmogorov, tous les théorèmes propres aux probas ne sont vrais que presque surement. Tout ensemble de probabilité (mesure) nulle est par définition incomensurable; les statistiques ne pourront jamais rien dire à leur propos (à moins de changer d’axiomes). Ces ensembles de mesure nulle peuvent très bien être « gros » – cf cet exemple assez contre-intuitif des nombres dits normaux, qui statistiquement parlant sont très probables, mais dont il est quasiment impossible d’en construire explicitement.

  15. @ david : à mon avis c’est un peu plus subtil que juste un comportement typique, avec des crashes rares. Peut-être que ce que tu décris correspond au modèle de Black-Scholes corrigé. Peut-être que l’idée est qu’il y a un espèce de continuum possibles d’événements de plus en plus grands en amplitude, avec des probabilités de plus en plus rares. Mais je n’ai aucune idée du détail des modèles de Bouchaud.

    Je ne crois pas que l’idée soit de prédire les comportements d’un cours boursier en particulier, mais justement un comportement moyen. En fait, ce qu’on cherche c’est de la physique statistique des cours boursiers. Je suppute que Bouchaud a une vision type verre de spin en tête, et on peut avoir des résultats sur ce genre de systèmes en développant des outils un peu subtils.

  16. Mais ces outils un peu subtils sont connus des statisticiens il me semble, qui font de l’économie. J’ai parcouru (très superficiellement) le papier que tu a mis en lien – ce sont des choses qui sont intégrées depuis assez longtemps dans diverses branches des statistiques et affilié. Hopfield, entre autre, est connu pour ses travaux de modélisastion de neurones à l’époque – il a participé a la relance de l’IA après le « IA winter » des années 70, et a relance pour pas mal d’années le connexionism dans le milieu des année 80 (voire wikpedia); c’est du très connu en machine learning/IA. Parmi les figures les plus connues de l’IA et des statistiques de ces 25 années, il y a des personnes au passé très physique. Tout ca pour dire que je suis assez sceptique sur le caractère « je vais révolutionner l’économie à coup de nouveaux concepts » – qui à mon avis sont intégrés depuis longtemps, au moins dans certaines branches.

    P.S: Hopfield est une figure assez fascinante – de la physique a l’IA, puis a la neurobiologie aujourd’hui – par ailleurs, un de ses plus brillants thésards fut D. Mac Kay lorsqu’Hopfield était à Caltech dans les années 80-90, MacKay dont je t’ai déjà recommendé certains ouvrages par ailleurs 🙂

    http://en.wikipedia.org/wiki/John_Hopfield

  17. @qqq :

    1- « d’ailleurs (depuis 1987) les prix observes sur les marches ne refletent pas black scholes »

    Ce n’est pas la seule utilisation envisageable de Black-Scholes, cf. les travaux de DOnald MacKenzie (qui montrent qqch de plus sur la performativité des modèles de fixation des prix).

    2- « l’economie est (devenue) extremement empirique (…) cf par ex the economist qui discutait qq jeunes economistes prometteurs, essentiellement empiriques »

    Les « meilleurs » économistes actuels viennent effectivement de l’économie publique et de l’économie du développement, mais ne sont pas représentatifs de leur discipline. Faîtes une moyenne sur les articles des trois derniers numéros AER-JEP-QJE, vous verrez (la revue EconWatch publie souvent ce type de mesure).

  18. @all:
    _Le rendement des fonds de Bouchaud et al. (ou de tout autre fond) ne signifie rien. Pour l’évaluer, il faut regarder les risques pris. http://www.nytimes.com/2008/10/05/business/05view.html Je pense qu’on peut y avoir accès en s’inscrivant sur leur site. C’est tout le problème de la finance: le rendement (passé) est très facile à observer, en revanche le niveau de risque l’est beaucoup moins. Pire, les gestionnaires sont incités à négliger le r
    _Pour Volkswagen, si le montant des ventes à découvert est supérieur au flottant, le prix explose, car tous les vendeurs sont alors insolvables et leur seule chance de salut de vendre avant les autres. Le prix ne sera toutefois pas infini, car les entités prêteuses de titres (celles à qui les spéculateurs ont dû emprunter pour vendre à découvert) n’ont pas intérêt à mettre en faillite leurs débiteurs, faute de quoi elles seraient saisies des titres prêtés et ne récupèrerait qu’une partie de la mise.
    Ce n’est pas dans le modèle de B&S ou de Mandelbrot mais le « short squeeze » est quelque chose dont tous les traders connaissent l’existence car cela arrive régulièrement sur les petites capitalisations. Je soupçonne très fortement qu’il y ait des modèles pour ce problème basé sur le volume du flottant (donnée qui a été dissimulée par Porsche qui avait racheté discrètement des actions VW), le montant journalier des transactions et le nombre de titres vendus à découvert.
    _Le problème des données en économie est réel. Lorsque l’on met en place un indicateur, ce dernier commence à être truqué par les personnes qu’il gêne (loi de Goodhart. exemples: taux de chômage, masse monétaire,… ). Souvent, le simple fait de mettre en évidence une relation empirique la fait disparaître (ex: courbe de Phillips montrant l’incompatibilité chômage-inflation, sous-valorisation d’une action, … ). Il n’y a rien d’aussi tordu en physique et en biologie (encore que la découverte d’antibiotiques entraîne à terme l’apparition de bactéries résistantes à ces antibiotiques). Dans ces conditions, un effort théorique préalable est absolument indispensable et les économistes cherchent plutôt des théories survivant à leur propre divulgation (c’est ce qu’on appelle l’hypothèse des anticipations rationnelles).
    _Sur l’application des méthodes de la biologie à l’économie, c’est d’une certaine façon déjà le cas. Il y a par exemple l’économétrie qui emploie les même méthodes statistiques que les études médicales. Il y a aussi des expériences en laboratoire. Il y a aussi beaucoup d’expériences qui seraient souhaitables sur le plan scientifique mais qui le sont nettement moins sur le plan moral. Voir par exemple: http://www.ecopublix.eu/2009/01/la-rvolution-des-randomistas.html

    Ce qu’il y a d’énervant dans cet article c’est qu’il néglige de mentionner les 50 ans (voire plus) de tentatives (et réussites) pour corriger les biais qu’il dénonce sans mentionner que plein de gens se sont cassés les dents dessus avant lui. D’ailleurs, il est révélateur qu’il ait choisi le serveur des physiciens/mathématiciens (arxiv) plutôt que le serveur des économistes (ssrn) qui auraient sans doute des choses à lui répondre.

  19. Moi j’ai suivi un séminaire de Bouchaud. Le gars est sympathique mais avec tout le respect que je lui dois j’ai plus le sentiment personnel que ce qu’il dit est moins extraordinaire et moins fondamental que ce que pense Tom Roud.
    Il nous a présenté une partie de ses travaux. De son propre aveu, ce qu’il nous présentait n’avait aucune utilité en pratique car il nous montrait un phénomène trop fin qui s’effaçait devant les fluctuations du marché. Et que de toute façon, comme le souligne Jean, dès que le phénomène est mis en évidence il est intégré dans le prix et ne peux plus être exploité pour des arbitrages.
    Je le redis, ce n’est qu’une impression personnelle, mais j’ai le sentiment qu’il gère un fond classique en utilisant le fait d’utiliser des physiciens comme un argument marketing et quand même temps il se fait plaisir en payant ses chercheurs avec son fond pour mener les recherches qui l’intéresse.

    Sinon quelques petites précisions sur les Equations Différentielles Stochastiques.
    Une EDS est décomposé en deux termes.
    dX=a(X,t)dt+b(X,t)dB
    Un terme tendancielle ou drift et un terme qui rajoute du bruit.
    En enlevant le bruit, on retombe sur une équation différentielle classique.
    Généralement, le terme de bruit est modélisé par un mouvement Brownien qui est une suite de processus aléatoire indépendantes de loi gaussienne.
    C’est notamment ce qui se passe dans Black et Sholes.
    Mais le bruit peut être modélisé par d’autres processus (le plus connu est le processus de Poisson)
    Donc dire que le Brownien de décrit pas bien le bruit moui pourquoi pas mais il est possible de changer ça sans que ce soit une grande révolution. (J’imagine comme ça à la volée sans trop y avoir réfléchi qu’il doit être possible de construire des processus stochastiques à base de distribution B-stable)

    A mon sens, le choix du processus ne va pas changer fondamentalement ce qui se fait et ce que fait Bouchaud également. Donc je ne vois pas trop le changement de paradigme.
    L’évolution des prix est modélisé par un processus stochastique. Seulement pour faire cela, il faut connaître les coefficients a(X,t) et b(X,t).
    Le point de vue qui prévaut est que le futur ressemble au passé. Pour définir l’évolution des prix dans le futur, on construit les coefficients a(X,t) et b(X,t) en utilisant les données collectées jusque là.
    On peut alors discuter du choix des données et de leur traitement pour construire ces coefficients mais il ne reste qu’en présence d’un phénomène extraordinaire, il n’y a pas grand chose à faire.

    Sur la prise en compte des phénomènes extrêmes je ne vois pas trop ce qu’il entend.

    L’optimisation d’un portefeuille repose sur la multiplication des actifs dont les prix sont décrits par des trajectoires stochastiques. Au final, on obtient une espérance de gain. Et comme dans tout résultat statistique il arrive qu’on se retrouve en dehors de l’intervalle de confiance.
    Les modèles aussi précis soient-ils indiqueront toujours une probabilité d’être dans cet intervalle. Et il n’y a pas grand chose à faire quand on en sort. Quelque soit le modèle, les gestionnaires de portefeuille sous estiment la possibilité de s’écarter de l’espérance.

  20. « la physique a permis d’envoyer des hommes sur la Lune et d’extraire de l’énergie d’atomes, là où l’économie est (en gros) incapable de prédire quoi que ce soit d’important (comme un bon gros economic meltdown par exemple). »

    « Bouchaud pense que cet échec de l’économie trouve son origine dans une trop grande légèreté dans la collecte et l’interprétation des données empiriques, » […]

    « Et surtout, Bouchaud pense que la façon de voir l’économie doit être revue, comme une vraie science naturelle, de façon pragmatique et réaliste »

    Je n’ai pas téléchargé l’article de Bouchaud (accès payant à Nature, j’irai voir à la BU), mais les quelques citations ci-dessus me laissent penser (sous réserve d’inventaire) que tout cela n’est pas bien neuf. On reste dans l’utopie d’une physique sociale, qui, certes, aurait échoué jusqu’à présent, mais qui pourrait réussir avec une meilleure collecte de données et un ajustement conséquent des modèles. Or le problème n’est pas là. Ou plutôt il est bien là : c’est que les réalités « économiques », au contraire des réalités physiques, sont toujours des constructions humaines donc historiques. Il est raisonnable de penser que le physicien rend compte d’une réalité qui existe indépendamment de ses modèles ou même de l’existence de la physique. Ce n’est jamais le cas en économie : Keynes et Friedman, pour prendre seulement deux exemples, n’ont pas seulement théorisé l’économie, ils ont aussi inspiré des politiques qui font que l’économie aujourd’hui est telle qu’elle est. Voir aussi ceci :

    http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/09/15/96/PDF/WP_CSI_005.pdf

    La science économique (je préfère le vieux terme, plus exact, d’économie politique) fait son travail de façon satisfaisante quand elle n’oublie pas qu’elle est une science humaine et qu’elle intègre dans sa réflexion l’évolution des normes, des institutions… Je pense par exemple à Paul Krugman, qui, pour rendre compte de l’accroissement des inégalités aux Etats-Unis depuis 1980, insiste sur les changements politiques, eux-mêmes liés à la sociologie des états du Sud, à la question du racisme, au retournement électoral (le Sud qui vota longtemps démocrate après la guerre de sécession, en raison notamment d’une sorte de ressentiment durable envers Lincoln, s’est mis à voter républicain après le vote du Civil Rights Act de 1964).

  21. @ jean : si j’en crois l’article des ecopublix, l’approche des randomistas semble récente et est présentée comme « révolutionnaire ». C’est un peu le diagnostic fait par Bouchaud, non, qu’il serait révolutionnaire de faire des expériences ?
    Maintenant, n’oublions pas que Bouchaud parle aussi (et surtout) de ce qui se passe sur les marchés financiers.
    Enfin si Bouchaud a choisi arXiv, c’est plus par habitude qu’autre chose je pense.

    @ Duncan : si on met un processus de Poisson à la place d’un mouvement brownien, tu corrèles la variance du processus à la moyenne, et les moments successifs sont non nuls. C’est donc qualitativement et quantitativement différent; si les deux sont utilisés indifféremment, cela ne m’étonne pas qu’on ait quelques problèmes avec les modèles !

    @ Jean-Michel : l’article est disponible sur arXiv :

    http://arxiv.org/PS_cache/arxiv/pdf/0810/0810.5306v1.pdf

    Oui, c’est vrai que l’économie étant une construction humaine, les choses sont assez différentes. C’est peut-être tout l’intérêt de l’économie par rapport aux autres sciences du reste.

  22. (précision: je ne suis pas économiste, mais suivant un peu ses questions d’économie, je trouve que Bouchaud fait un état de l’art assez déplorable, ce qui ne signifie pas qu’il n’ait rien à apporter à l’économie)

    @Tom: Comme mentionné dans l’article d’Écopublix, expérimenter est très bien et cela permet d’avoir des données solides, mais ce n’est pas toujours faisable (en termes humains et/ou financiers) et est parfois sujet à des bias micro/macro (Supposons par exemple que l’on souhaite refroidir une cuisine en ouvrant la porte du frigo. Si on place le thermomètre près du frigo tout juste entrouvert, on en conclura que c’est un moyen très efficace de refroidir la cuisine. Alors que tout physicien sait que l’arrière du frigo réchauffe la cuisine bien plus que le reste du frigo ne la refroidit). De plus, si la notion d’expérience contrôlée est récente (encore que les études psycho-économiques aient commencé il y a longtemps. cf l’article de Suchanek et al. sur les marchés financiers paru dans les années 80 où l’on met des individus en situation de traders sur des actions virtuelles)

    Il y a un point historiquement faux dans l’article de Bouchaud: le triomphe des idées pro-marchés développées dans les années 50-60 n’est pas dû à la menace communiste mais à la stagflation des années 70. Tout le cadre keynésien a été discrédité car il ne prévoyait pas qu’il puisse y avoir inflation et chômage simultanément. Or, Friedman et al. avaient précisément prédit qu’une telle situation pouvait se produire et alors qu’ils étaient relativement marginalisés, ils ont pris tout à coup une importance qu’il n’avait absolument pas au plus fort de la guerre froide.

    Enfin, il est faux de dire que les économistes n’étaient pas conscients des risques bancaires et il y a même une littérature abondante sur la question. La vraie question est plutôt pourquoi ce ne sont pas les « bonnes » théories qui occupent le devant de la scène politique et financière. Une part de la réponse se trouve chez Nassim Taleb http://www.edge.org/3rd_culture/taleb08/taleb08_index.html mais on ne peut pas vraiment dire qu’il propose beaucoup de solutions.

    L’auteur met en doute les articles théoriques. Il est vrai que beaucoup d’entre eux (ceux de Krugman inclus) utilisent des fonctions d’utilité ou de production sorties de nulle part. Mais il faut bien voir que dans ce cas, le but est plus de tirer des informations qualitatives et de vérifier la cohérence du raisonnement. Ce serait mieux s’ils étaient étayés par des éléments quantitatifs, mais ce sont souvent d’autres économistes qui tentent de le faire. Comme en physique, ce ne sont pas les mêmes qui écrivent des équations et qui font les expériences.

    L’idée que l’équilibre général n’est pas près d’être atteint est également connu. On sait également qu’il y a une multitude d’équilibre généraux (Sonnenschein-Mantel-Debreu)et que l’on serait bien en peine de dire sur lequel on va tomber. Il y a même un papier qui montre qu’atteindre un tel équilibre est un problème NP-complet. Dans ces conditions, on ne peut pas dire les économistes ne font pas de recherche sur la question. Tout le problème est que l’on a que très peu d’idées sur la dynamique, même si les keynésiens savent bien que certains prix réagissent plus vite que d’autre et plus vite dans un sens que dans l’autre. Peut-être que les méthodes issues des verres de spin permettrait de mieux comprendre cela, mais on ne peut pas dire que l’on a rien essayé avant.

    Je ne vois qu’une idée potentiellement intéressante dans ce papier:
    _L’idée d’une agence étudiant l’effet *macroéconomique* de l’introduction d’un nouveau produit financier car un tel produit peut être bon pour la banque et ses clients mais mauvais pour le système dans son ensemble (bonne chance toutefois pour faire ce genre d’études). A noter qu’il existe déjà la commission des opérations de bourse (SEC aux États-Unis) qui se contente d’étudier les risques *microéconomiques*. Encore plus intéressant serait d’essayer d’étudier les interdépendances bancaires pour réduire le risque systémique.

  23. @Tom Roud

    Bien sûr que c’est différent ! C’est bien là mon propos. Il n’y a pas de tabous à changer le Brownien par une autre classe de processus si on estime qu’il ne décrit pas correctement les phénomènes qu’on étudie.
    C’est d’ailleurs exactement ce qui se fait actuellement dans la littérature en étudiant la classe plus générale des processus de Levy qui permet justement d’introduire des discontinuités.
    ( le mouvement brownien et le processus de Poisson sont des exemples de processus de Levy)

    Mon avis et que si Bouchaud arrive avec des nouveaux outils tant mieux. L’étude des phénomènes physique a déjà apporté plein de méthodes à d’autre domaines et peut être que son travail sur les verres de spin fournira de nouveaux outils.

    Mais là le message qui passe c’est que face à une bande de gros nazes de chercheurs en finance qui resteraient stupidement accrochés à leurs vieux modèles sclérosés, Bouchaud arriverait pour tout révolutionner. A mon sens il peut peut-être apporter une contribution intéressante mais pour le changement de paradigme annoncé à grand renfort de trompettes, je suis plus dubitatif.

  24. dans un contexte différent : la formation des bouchons, qui est aussi un phénomène typiquement « humain » (à moins que…), on est capable de modéliser la façon dont un humain interprète plus ou moins prudemment le comportement du véhicule devant (freinage ou accélération, en voyant et anticipant le comportement du véhicule devant), et ensuite, on mouline de grands nombres de véhicules, pour obtenir, ou pas, des effets collectifs (le bouchon). Parfois, le bouchon est complètement auto-organisé, et n’a aucune cause précise. Parfois il est déclenché par un minuscule événement, qui change un peu la réaction des chauffeurs.
    Le message est que s’il existe des lois individuelles de comportement humain, même avec des distributions bizarres, il existe des effets collectifs de nature « physique »

    j’ai aps la référence, si ça intéresse quelqu’un je peux la trouver.

  25. c’est interessant comme debat.

    difficile de repondre a tout, perso je suis economiste mais j’etais interesse par le pt de vue des physiciens/leurs outils/ ce qu’ils pouvaient apporter, et j’ai un peu parcouru des papiers, et 1 ou 2 bouquins.

    par ex, l’ex donne de l’embouteillage est qqc que j’avais regarde, c’est quasiment de l’economie pour moi, et c’est un truc potentiellement exploitable pr 1 economiste.

    pour autant, le pb avec bouchaud c’est juste, pour repeter que (1) sa critique de l’economie est tres mal renseignée (il critique des choses qui n’existent pas!! les economistes regardent des donnees depuis des siecles… rien a voir avec les randomistas).

    (2) ce qu’il propose a la place, effectivement des modeles avec des agents qui interagissent selon des regles donnees, fixes; c’est interessant, on peut voir ce que ca va donner, pourquoi pas, mais c’est un peu genant (surtout pr des modeles de marches financiers) de ne pas avoir des agents qui cherchent a maximiser leurs gains.
    on peut critiquer cette hypothese, mais outre qu’elle n’est pas forcement une mauvaise approximation (…), elle permet de faire des predictions. que se passe-t-il s’il y a une taxe… etc.
    c’est une hypothese importante du pt de vue parsimonie egalement.

    enfin (ca reprend la rq de jean plus haut) c’est la difference avec la physique statistique ou les molecules ne pensent pas et suivent une regle de comportement fixe, ici les agents pensent a ce qu’ils veulent faire, reagissent a leur environnment, anticipent, etc.

    ps – un pb evidemment c’est que bouchaud ne fait aucun effort pour communiquer avec les economistes…

  26. les molecules ne pensent pas et suivent une regle de comportement fixe,

    Juste pour réagir un peu à ça : il ne faut pas non plus trop idéaliser le monde physique. Il y a aussi énormément de hasard et en réalité personne ne s’amuse à prédire exactement le comportement d’une molécule de gaz par exemple. Mais statistiquement… L’économie échapperait-elle donc à les lois statistiques, qu’on voit même en sociologie par exemple ?

    Et puis je vais être un peu spinozien : même les financiers croient être libres parce qu’ils ignorent les causes qui les font agir. Si on trouve ces causes et les « fonctions de réponses » des agents, on modélisera les comportements en finance.

  27. bien d’accord sur l’utilite de lois statistiques, mais le pb c’est que les fonctions de reponses dependent de l’environnement global (a travers les prix, les anticipations…); contrairement a une molecule qui interagit avec seulemnet ses voisines…
    une grosse partie du pb en eco est de comprendre les comportements individuels et comment ils changent si qqc change… (nouvelle technologie, nouveau produit financier)
    donc partir d’une regle de comportement fixe est peu attrayant pour la plupart des economistes, mais ca reste une facon de progresser, de comprendre ce qu’elle implique comme equilibre si les agents interagissent selon cette regle

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