Un beau texte sur Turing

Vincent Fleury m’a envoyé un texte sur Turing qu’il a écrit pour le compte d’un numéro de la revue franco-portugaise Sigila.

Comme je l’ai trouvé très intéressant, et avec l’accord des concernés, je vous propose de le télécharger et de le lire ici :

VfsurTuring

La revue a pour thème « le secret » en général, et Fleury aborde la vie et l’oeuvre de Turing sous cet angle.

Fleury revient dans une première partie sur le décodage (par Turing entre autres) du langage ENIGMA, utilisé par les nazis dont je n’avais pas du tout parlé dans le billet précédent. Il revient ensuite sur le thème de « la machine pensante », expliquant notamment pourquoi les architectures des ordinateurs actuels rendent difficile (voire impossible) la simulation de la pensée. Enfin, la dernière partie sur le test de Turing est l’occasion d’un exercice philosophique d’uchronie : et si Turing avait été arrêté avant de publier son article sur son fameux test ?

Extrait :

A titre d’exercice intellectuel, supposons qu’Alan Turing ait été emprisonné en 1950, et que son article sur l’intelligence des machines soit paru en 1952. Cette simple inversion de dates (1950«1952) provoque un retournement complet de l’analyse du fameux test de Turing. Comment se retournement s’opère-t-il? Le test de Turing commence par un exemple visant à déterminer non pas si une machine est intelligente ou pas, mais si un être humain est homme ou femme. Ainsi, on doit, selon Turing, placer un homme et une femme dans une pièce fermée, et leur poser des questions jusqu’à pouvoir affirmer A est la femme et B est l’homme. A et B sont supposés tromper leur juge. Mais, Turing était homosexuel. Le problème d’identification du genre était son problème à lui : il n’était pas d’un genre défini par les canons de la société de son temps. Enfermé dans une pièce, et répondant à des questions, qu’aurait-il répondu? Qu’auraient pensé les interlocuteurs? Il faut préciser que le test de Turing (s’agissant d’un test du genre comme d’un test d’intelligence) suppose que l’homme, dans le premier cas, la machine dans le second, trompe constamment, ou essaie de tromper l’interlocuteur. Turing appelle son test le Jeu de l’Imitation. Or, quoi de plus enfoui dans Alan Turing, que le fait de faire constamment semblant, de dresser des paravents entre lui et les autres, entre lui et sa mère, lui et les militaires, etc.

Référence :

Vincent Fleury : Alan Turing, une vie de secrets, dans Science et secrets – Ciência e segredos

printemps – été 2005

Une réflexion au sujet de « Un beau texte sur Turing »

  1. Ping : Le test de Turing bientôt réussi? IA et inhumanité. « paradoxa

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