Il aura peut-être le Nobel : Shinya Yamanaka

Si les cellules souches artificielles tiennent leurs promesses, je ne vois pas comment le Nobel pourra échapper à Shinya Yamanaka, comme je l’expliquais en mars dernier. L’occasion de revenir sur les développements récents de ce domaine.

Petit rappel pour commencer (on pourra aussi consulter cette page) : Yamanaka est l’inventeur d’un concept qui est aussi devenu une méthode, les cellules souches iPS (pour « induced pluripotent stem cells », cellules souches pluripotentes induites). La méthode consiste à introduire dans le génome des cellules un cocktail de gènes, qui vont permettre de littéralement « reprogrammer » une cellule adulte afin de la faire revenir à l’état « initial » de toutes les cellules, celui de cellule souche.

L’intérêt est scientifique, mais aussi, sur le long terme thérapeutique : on peut imaginer par exemple soigner beaucoup de maladies dégénératives en reprogrammant des cellules pour reconstituer un organe abimé ou déficient (moelle osseuse, cerveau, pancreas, etc …).

Le domaine est en plein boom, ce qui suscite d’ailleurs quelques interrogations légitimes . Deux événements récents sont à rappeler :
- tout d’abord, les rumeurs qui courent depuis une dizaine de mois se sont confirmées : l’équipe de Doug Melton à Harvard a utilisé une stratégie tout à fait similaire à celle de Yamanaka pour transformer une cellule adulte en autre type de cellule adulte, sans passer par le stade cellule souche. En l’occurence, des cellules du pancreas en cellules productrices d’insuline (on voit tout de suite l’intérêt thérapeutique pour le diabète, via Oldcola). C’est une grosse avancée car cela apporte d’abord une preuve de faisabilité de la reprogrammation directe de cellules adultes et ensuite cela « court-circuite » le gros problème de la redifférentiation des cellules souches qu’on ne sait pas contrôler.
- autre événement d’importance, signalé par Enro : l’université de Kyoto a obtenu le premier brevet sur la méthode de reprogrammation des cellules souches iPS (voir cette brève de Nature). La volonté affichée par l’université de Kyoto est de posséder le brevet pour permettre à tout le monde de travailler librement sur ce mécanisme :

Hayashi says the university does not plan to restrict others from doing iPS cell research. Rather, it wants to ensure that people, including Yamanaka, are not restricted by other patents and can freely use iPS cell technology. « We want to remove any potential obstacles to the quick clinical application of iPS technology, » Hayashi says. « We are not trying to confine its use. »

Hayashi (NDTR : membre du bureau pour l’application des recherches sur les cellules souches à Kyoto) affirme que l’université ne veut pas empêcher d’autres recherches sur les cellules souches iPS. Au contraire, elle veut s’assurer que les chercheurs, y compris Yamanaka, ne se retrouvent pas coincés par d’autres brevets et peuvent librement utiliser la technologie des cellules iPS. « Nous voulons abattre tous les obstacles potentiels à une application clinique rapide de la technologie iPS, nous ne voulons pas restreindre son usage ».

Des demandes ont été faites auprès du bureau international des brevets, incluant plus ou moins toute forme de reprogrammation à tous les stades (je suppute par exemple que la méthode de Melton serait couverte par le brevet …). Il est clair que Yamanaka et son équipe sont les vrais inventeurs de cette technique, donc ce brevet est tout à fait légitime, mais ce qui me laisse songeur est qu’il soit nécessaire de déposer un brevet pour empêcher d’autres gens d’en déposer à des fins plus lucratives. J’aime cette vision de la recherche où les grosses universités publiques ont les finances et les reins nécessaires pour déposer des brevets afin que tous puissent librement exploiter leurs recherches fondamentales, ce qui contraste pas mal avec une vision où des instituts privés cherchent à se financer par le dépôt de ces mêmes brevets…

Maintenant, pour être tout à fait honnête, je ne pense pas que Yamanaka ait le prix Nobel cette année : d’abord la technologie n’est pas encore assez mature à mon avis, ensuite, le domaine des cellules souches a déjà été récompensé l’an dernier.

9 réflexions au sujet de « Il aura peut-être le Nobel : Shinya Yamanaka »

  1. Yvic > On peut toujours reprendre les prévisions de Thomson Scientific pour l’année dernière (ils ne semblent pas avoir renouvelé l’exercice cette année), auquel cas seraient en lice : Fred H. Gage pour la découverte de la neurogenèse chez l’adulte, Ellis, Hartl et Horwich pour leur découverte du rôle des molécules chaperonnes dans le repliement des protéines ou Joan Massague pour ses travaux sur le facteur de croissance ß (lequel intervient dans le comportement normal des cellules, la cancérogenèse et la métastase).

  2. En fait, l’exercice de pronostics sur les Nobel est super difficile : il faut avoir une vision globale d’un domaine, et je pense que je suis encore un peu trop jeune pour cela ;) . Je vais me contenter de donner mes coups de coeur en fait. J’aimerais bien qu’un biologiste du développement ou un spécialiste de l’évolution l’ait sinon.

    @ Enro : Si Massagué l’a, j’espère qu’il ne sera pas tout seul et je promets une FAQ rapide …

  3. Bon, je réagis maintenant au billet. C’est vrai que l’utilisation du brevet ici est étonnante, si le but est réellement de permettre voire d’encourager le développement de cette technologie je rêverais que ce soit la licence BiOS qui soit utilisée…

  4. @ enro : moi aussi cela me laisse un peu songeur cette histoire, je ne comprends pas très bien tous les enjeux de cette affaire; j’ai quand même tendance à croire l’université de Kyoto sur leurs intentions. Compte-tenu des enjeux énormes, peut-être ont-ils préféré développé un brevet traditionnel, à la portée probablement mieux connue et reconnue par eux comme par les autres.

  5. Ca y est, Thomson Scientific propose ses prévisions pour 2008. On trouve les micro-ARN (Ambros et Ruvkun), l’utilisation de la méta-analyse en médecine clinique et épidémiologie (Collins et Peto) et un trio franco-américano japonais pour l’immunité innée et les récepteurs toll-like (Akira, Beutler et Hoffmann). Si Hoffmann l’obtient, ce serait une belle consécration pour l’université Louis-Pasteur de Strasbourg 20 ans après Jean-Mari Lehn (chimie supra-moléculaire)… Sur ce site de prédictions est aussi mentionné Chambon (un autre strasbourgeois) pour les récepteurs nucléaires.

  6. Ping : Oyez, oyez… « Procrastinons un peu…

  7. Ping : Et d’un… « Procrastinons un peu…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>