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La saison des job search

Bientôt 3 années se sont écoulées depuis mon départ de la mère patrie vers la florissante Amérique. Il est temps maintenant de grandir un peu et de partir en quête d’un poste de professeur.


CNRS or not CNRS ?

Comme l’année dernière, je ne candidaterai vraisemblablement pas au CNRS. Deux raisons à cela :

  • mon épouse a elle-même décroché un poste d’assistant professor il y a quelques années (je vous passerai les détails, mais en gros, elle a eu une offre au bout de six mois de post-doc alors qu’on lui avait clairement signifié qu’elle ne pourrait pas rentrer au CNRS cette année-là). Elle a donc monté son labo, a aujourd’hui des moyens et des étudiants. Pas grand chose à voir avec le CNRS : si les critères et le niveau de recrutement en France sont (quasi) internationaux, les postes proposés sont à peine mieux (et souvent moins bien) que des postes de post-doc. Un CR2 n’a ni les moyens, ni l’indépendance scientifique d’un jeune assistant professor, bien qu’ils soient recrutés au même âge (à peu près). Professionnellement donc, il n’y a aucune raison pour que nous rentrions.
  • Mais même sur un plan personnel, j’ai tout intérêt à trouver un poste d’assistant professeur n’importe où. En effet, dans la recherche ici, la mobilité est grande et tout se négocie. En particulier, le meilleur moyen pour moi de me retrouver au même endroit que mon épouse est probablement aujourd’hui de trouver un poste d’assistant professeur, car nous pourrions alors négocier un double poste, soit dans son université, soit dans l’université qui me recruterait. Tant que je n’ai pas passé la barre de l’assistant professorship, il est difficile de faire pression, mais tout change si je trouve un poste. C’est évidemment beaucoup plus difficile en France, où on ne négocie pas avec le concours …


Où candidater ?

L’automne est la saison où les choses se mettent en branle. Toutes les universités passent une à une des annonces pour recruter leurs futurs chercheurs. Il y en a pour tous les goûts : depuis des étudiants en thèse doctorants juqu’ au professeur senior, en passant par les post-doc. En ce qui me concerne, je suis avec attention les annonces pour les postes de professeur assistant (voir ce billet pour en savoir plus).
J’envisageais de candidater dans de petites universités, histoire d’essayer d’assurer mes arrières. Mon chef me l’a déconseillé, pensant qu’il valait mieux me concentrer sur de grosses universités pour ne pas trop se disperser et surtout pour avoir un point de chute éventuel pour ma femme. On verra bien, l’an dernier j’avais candidaté dans deux universités assez grosses juste pour voir, j’avais eu une interview, mais je n’avais pas été pris. Un des post-doc de notre labo l’an dernier a fait une quinzaine d’interview pour avoir deux ou trois offres (mais dans d’excellents endroits), le taux de réussite est donc assez bas. Mon chef pense que mon profil théoricien est à faire valoir dans les départements de physique, maths apps, mais aussi mécanique et ingénierie chimique ! C’est ça la magie des universités ici : il y a beaucoup moins de cloisonnement disciplinaire que chez nous !

Petite anecdote : une rumeur court comme quoi il y aurait un semi-gel des recrutements dans les universités californienne. En effet, il semble que les professeurs des universités californiennes soient des employés de l’Etat (formellement). Or l’Etat de Californie est dans une très mauvaise passe budgétaire. Un professeur californien nous a même confirmé aujourd’hui qu’on parlait de ne pas verser leur salaire aux employés de l’Etat 😮 .

Comment candidater ?

C’est en général assez simple : un CV, un (petit) projet de recherche, trois lettres de recommandations, et il n’y a plus qu’à croiser les doigts pour être interviewé. Les premières dead-line importantes tombent fin octobre.

Et maintenant ?

Je suis en train de préparer tout ça, d’où mon silence des derniers jours. Je vous tiendrai au courant tout au long de l’année de l’évolution du processus, en espérant avoir plein d’interviews et que cela débouche sur du concret ! Cette (dernière ?) année de post-doc s’annonce très remplie car de la science devrait aussi sortir (je croise les doigts); je commence l’année plein d’espoir et d’optimisme pour l’ avenir !

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tom.roud

11 Comments

  • Merci de vos encouragements !
    Pour étudiants en thèse vs doctorants, notons que les américains disent « graduate students » (étudiants gradués comme disent les québecois). Il est aussi vrais qu’ils sont bien mieux reconnus socialement qu’en France.

  • Bonne M. Tom

    Si tu veux des « tuyaux » sur les choses à faire (et ne pas faire), à négocier, etc. Envoie un email. Je suis passé par là l’an passé.

    PS. très bel article sur la tenure track. Seule précision manquante: les salaires de prof dans la plupart des univ’ sont calculés sur une année académique… de neuf mois. Le « complément » de salaire pour l’été (juin-août) doit venir des financements externes. Il y a aussi moyen de diminuer sa charge de cours en utilisant les fonds externes pour une plus grande proportion du salaire.

  • @ Fred : merci pour le rappel et la proposition, j’ai amendé le billet précédent sur la tenure track.

    Merci aussi Roberta

  • Salut Tom

    « Un CR2 n’a ni les moyens, ni l’indépendance scientifique d’un jeune assistant professor, »

    Honnêtement je crois que les temps changent, même en France, si si c’est possible… :-)))
    Je suis CR2 depuis 1an, je suis indépendant presque complètement, j’ai ma thématique et je gere mon budget et mon personnel. Celà implique aussi que je passe 50% de mon temps a faire des demandes de tunes (ATIP, ANR, ERC, fondation etc etc…). Si j’arrive a fonder durablement ma thématique, j’accederais a la tête d’une équipe formellement tout comme le CR2 recruté 2ans avant moi dans l’institut qui a sa propre équipe depuis quelques mois maintenant. C’est la politique de mon institut de rattachement et c’est clairement pour celà qu’ils m’ont soutenu en commission de recrutement : faire émerger des nouvelles thématiques financée en externe par des jeunes recrutés. Et si ca marche pas, bin j’irais ailleurs, où je m’intégregrais dans une autre équipe pour faire soit un travail de postdoc a vie soit devenir un bon petit fonctionnaire pèpèrre au 35H/semaineset 42j de vacance/an (beurkk, l’enfer… 🙁 ).
    On s’américanise ici aussi, on aimerait juste avoir en parrallèle les volumes de financements des grant du NSF ou du NIH et pas les trucs fléché-pipo de l’ANR…
    Bonne chance pour la suite 😉
    A+
    J

  • Salut John
    pour être tout à fait honnête, je ne crois pas du tout à la transposition du système américain en France. Il y a une raison majeure à cela : vous allez passer beaucoup de temps à vous financer, et du coup, il va vous falloir à un moment ou à un autre avoir des doctorants pour faire le boulot. Or, dans la situation actuelle, je pense que le bon doctorant est et sera de plus en plus une denrée très très rare.

    Par ailleurs, ma propre expérience en France fait que je n’ai pas beaucoup confiance dans les discours officiels sur le développement de nouvelles disciplines. Aux US, il y a clairement une volonté, avec pléthore de postes créés. En France, on est stupidement malthusianiste, on veut recruter « le meilleur » sans voir que le « meilleur » a besoin d’un environnement dynamique et de plein de gens dans son domaine avec qui discuter. Ce n’est pas un hasard si Boston compte pléthore d’universités dans l’élite mondiale. De plus le cloisonnement disciplinaire est encore très fort ce qui ne favorise pas l’émergence de nouveauté.
    (pourtant, Dieu sait que j’aimerais bien rentrer en France).

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