Courte remarque à propos du Higgs …

Les médias commencent à s’exciter sur le LHC et le boson de Higgs.

Pourtant, les bruits de couloir à mon université me laissent penser que les attentes sont bien différentes à ce qu’on pourrait croire. Supposons en effet qu’on découvre le Higgs, et que tous les nouveaux phénomènes explorés soient exactement conformes aux théories en cours. Et bien … ce serait d’une certaine façon un coup très dur pour les physiciens, un véritable répulsif à étudiants, une dépression de plusieurs années pour la discipline.

En effet, cela signifierait qu’on a en gros « tout compris » à ce qui se passe et qu’il n’y a rien de nouveau à découvrir. Bien sûr, il y aurait quelques Nobels à la clé, mais on ne pourrait s’empêcher de ressentir un petit sentiment d’amertume, de perte de temps, puisqu’il n’y aurait rien de nouveau sous le soleil. Or ce qui intéresse le scientifique, c’est de découvrir et d’expliquer des faits nouveaux : la simple confirmation des modèles en cours constituerait une vraie déception.

Il y aurait donc décalage entre d’un côté, le grand public qui voit ces expériences avant tout comme la « confirmation » de phénomènes prédits théoriquement, et les scientifiques qui espèrent sans le dire que la confirmation n’aura pas lieu ou ne sera que partielle et qu’il y aura une nouvelle physique à développer.

Rassurons toutefois les scientifiques : on peut penser que le génie de l’homme n’est pas infini et qu’on trouvera de nouveaux phénomènes. De fait, les physiciens des hautes énergies sont très excités d’avoir enfin de nouvelles manips à se mettre sous la dent …

[Peut-être que Pablo, physicien des particules repenti 😉 , peut nous en dire plus sur le sujet.]

13 réflexions au sujet de « Courte remarque à propos du Higgs … »

  1. Bonjour, je comprend tout à fait ce paradoxe de la recherche, cependant il me ramène à une question que je me suis déjà posé plusieurs fois :

    Que cherche la science (fondamentale) aujourd’hui ?

    Du grain à moudre, le plaisir d’avancer ou encore ce que l’on apprend en cours de philo aux lycéens : la Vérité. Beaucoup de témoignages, comme cette remarque, vont dans le sens du plaisir de chercher.

    Ou alors je confond la science et les scientifique, leur but et leur horizon « philosophique » ou théorique ?

  2. @ blop : j’attends ça avec impatience 😉
    @ Vivian : que cherche la science fondamentale aujourd’hui ?

    Cela dépend des pays et des endroits, c’est un peu triste à dire mais parfois on a l’impression qu’aux US, on cherche surtout des financements. Plus exactement, on aligne ses thématiques de recherche sur ses possibilités de financement.

    Même si on imagine une recherche totalement libre, complètement dénuée d’intérêts financiers, je pense que chacun aurait un but différent. Certains veulent attaquer des problèmes super durs car c’est excitant intellectuellement, ou pour la « gloire » s’ils trouvent une solution. D’autres vont changer tout le temps de problème car ce qu’ils aiment c’est la variété, alors que d’autres encore vont se spécialiser dans un problème et vont faire toute leur carrière dessus. D’autres encore sont plus intéressés par les aspects de pouvoir, par la compétition dans la recherche, ou les aspects plus humains, ou veulent simplement s’amuser. Je crois de plus en plus que la recherche est un boulot comme un autre pour être honnête, et qu’on y retrouve tous les comportements et motivations qu’on peut voir ailleurs.

  3. « Que cherche la science (fondamentale) aujourd’hui ?

    Du grain à moudre, le plaisir d’avancer ou encore ce que l’on apprend en cours de philo aux lycéens : la Vérité.  »

    Le passage philosophico-epistémologique du matin…

    Je ne crois pas que le but de la science soit de chercher « la vérité », et surtout pas quand on parle des sciences naturelles (au sens le plus large, y compris la physique etc. — de façon symptomatique ici les Facultés de Sciences Naturelles regroupent biologie, physique, géologie, chimie, parfois des choses comme physiologie, bref tout ce qui se base sur des observations et des expériences). Notre but n’est pas tellement de trouver la vérité (je ne sais pas si elle existe d’ailleurs), mais plus modestement de trouver un modème capable de rendre compte de nos observations.

    « Modèle » est à prendre ici au sens de « modèle réduit » ou de « copie », pas de « modèle à suivre ». En d’autres termes on essaie de reproduire, de façon expérimentale, numérique ou conceptuelle, la partie de la nature qui nous intéresse; on a gagné si on arrive à expliquer toutes les observations par des mécanismes simples et cohérents.

    On a gagné, le temps de trouver une autre observation bien sûr. Ce jour-là, il faudra trouver un autre modèle plus global, qui rende compte non seulement des observations déjà existantes mais aussi de la nouvelle.

    Dans tout ce processus, la « vérité » n’as pas tellement sa place. La question n’est pas que ce soit « vrai », mais que ce soit cohérent et avec une valeur explicative, ou même prédictive, reproductive : je peux utiliser une théorie pour faire des prévisions (si je laisse tomber un caillou, il va accélérer de 9.81 m/s par s – c’est une prédiction que je peux tester). Peut m’importe qu’elle soit vraie ou pas vraie, la théorie est principalement une façon plus ou moins élaborée de décrire le monde (en l’occurence, une fois que j’ai dit que l’accélération était proportionelle au carré de la distance, je n’ai pas dit grand chose, je me suis borné à décrire !).

    De fait, on a souvent des successions de théories de plus en plus précises, de plus en plus générales, qui raffinent notre modèle pour expliquer de plus en plus de choses (les corps accélèrent de 9.81 m/s/s, ils accélèrent en proportion de la masse du corps central et du carré de la distance, sauf si la vitesse est supérieure à 0.1 c, à moins que …). Est-ce qu’il y a une « vérité » la derrière? Je n’en sais rien, et je m’en moque, ce n’est pas mon boulot ! Mon boulot est de donner une bonne/meilleure description des phénomènes qui ont lieu..

  4. les physiciens théoriciens cherchent la théorie de « tout » (l’hamiltonien de l’univers, comme entendu en conférence d’un physicien théoricien bien connu)
    c’est quand même censé être une sorte de vérité ultime. Comme disait Hawking, avec la gravitation quantique, « nous connaîtrons la pensée de « Dieu lui-même » etc. C’est pas toujours très modeste…

  5. « C’est pas toujours très modeste… »

    Non, ça c’est sûr que les physiciens théoriciens ont en général de beaux egos … Sinon, j’ai vu que Science et Vie avait qualifié le boson de Higgs de « Particule de Dieu » en couverture, ce que je trouve d’un ridicule (et d’un prétentieux) absolu.

  6.  » Comme disait Hawking, avec la gravitation quantique, “nous connaîtrons la pensée de “Dieu lui-même” etc. C’est pas toujours très modeste…  »

    A mon avis, c’est surtout (epistémologiquement) assez faux : on aura une meilleure approximation des règles qui font fonctionner l’univers, sans nul doute; mais sera-t-elle définitive ? Je ne le crois pas. En fait je ne suis même pas sur qu’on puisse un jour trouver « la » règle définitive et finale, la « vraie » règle qui fait fonctionner l’univers — parce que je ne suis pas certain qu’elle existe, tout simplement !

     » Science et Vie avait qualifié le boson de Higgs de “Particule de Dieu” en couverture, ce que je trouve d’un ridicule (et d’un prétentieux) absolu. »

    On croirait du Dan Brown (je viens de finir Anges et Démons et j’en suis encore tout enervé…)

  7. Avertissement : ce commentaire est un piège à troll/crackpot

    « A mon avis, c’est surtout (epistémologiquement) assez faux : on aura une meilleure approximation des règles qui font fonctionner l’univers, sans nul doute; mais sera-t-elle définitive ? »

    Je suis d’accord avec toi, mais ce n’est pas forcément une opinion très répandue dans le monde scientifique, particulièrement en physique. Après tout, Einstien lui-même a longtemps cherché à donner un aspect plus « concret » à la mécanique quantique, qui si elle marche bien phénoménologiquement, ne collait pas avec l’idée qu’il se faisait d’une théorie scientifique qui devait être intuitive et en quelque sorte « épouser le réel ». Quand tu vois par exemple certains commentaires aujourd’hui sur la mécanique quantique, quand des gens comme Jean Staune disent que le matérialisme scientifique a échoué, c’est en fait ce qu’ils veulent dire : que la science n’est pas parvenue à trouver la vérité, le réel. Mais comme tu le dis bien, ce n’est pas son rôle, le problème est en fait dans la vision qu’on a de la science (je ne jette pas la pierre, puisque c’était semble-t-il celle d’Einstein). Le problème se pose particulièrement lorsque l’on touche à l’infiniment grand ou l’infiniment petit, car à notre échelle, on a l’impression qu’il y a identité entre science et réel : la raison étant probablement que notre cerveau et donc nos outils/théories scientifiques sont adaptés à notre monde à taille humaine (ouah, je deviens presque philosophe)

  8. Tous des points de vu sont passionnant mais si l’on sépare le quotidien concret des scientifique ou même le projet de chercheur d’un certains idéal que l’on sait utopique (ou alors inconscient) est-ce encore la Vérité qu’il y a derrière ?

    En effet, en me baladant sur le net je trouve de plus en plus de références à des théories, des structures, des équations « belles », la beauté a-t-elle aussi sa place au sein des sciences ?

  9. débat qui pose plein de questions très profondes : on est là, et qu’est-ce qu’on fait là? On peut très bien penser que y’a pas de réponse, ou penser que y’a peut-être des réponses, mais pas dans la science, oui penser que y’a peut-être des réponses et que la science peu peut-être aider à répondre. Jusqu’à la dernière seconde de chacune de notre vie, il y aura ce vis à vis, entre chacun de nous, et l’éternité. Le but d’une vie peut-être « de trouver un modèle capable de rendre compte des observations », mais beaucoup cherchent plus, même sans espoir.

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