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La tenure track

Je passe en ce moment des entretiens pour des postes en Amérique du Nord. Comme on lit beaucoup de trucs faux sur le sujet, c’est l’occasion pour moi de détailler le déroulement de carrière, après le post-doc (pour les épisodes précédents, on pourra consulter le blog de Benjamin; voir aussi le blog de blop sur un sujet similaire):

Si vous voulez poursuivre une carrière académique aux Etats-Unis, le voie royale est de devenir professeur assistant à l’université [1].

Comment devenir assistant professeur ? Tout d’abord il faut guetter les annonces dans votre domaine. Il peut y en avoir beaucoup : les deux derniers post-doc ayant candidaté dans mon domaine aux Etats-Unis ont soumis respectivement 60 et 30 candidatures (le dernier ayant « ciblé » des endroits compatibles avec le boulot de sa femme) aux US. A comparer avec LE poste ouvert en commission interdisciplinaire au CNRS chaque année…

Chaque université reçoit environ une centaine de dossiers de candidature. Comme dans tout processus de recrutement dans la recherche, en général, 10 à 20 % des gens sortent immédiatement du lot. Parmi ces gens, l’université en choisit 4 ou 5 qui seront auditionnés.

L’audition n’a rien à voir avec ce qui se pratique en France. La raison est assez simple : vu le nombre de postes ouverts, la concurrence est rude et chacun s’efforce d’attirer les meilleurs chercheurs. Donc l’université met les petits plats dans les grands : elle prend en charge vos frais de transport et d’hébergements, vous invite aux restaurants les plus sympas autour du campus…

Une audition typique dure en général deux jours. Pendant ces deux jours, vous rencontrez vos futurs collègues en entretien individuel (plus ou moins scientifique, on évalue aussi le côté relationnel et humain), vous rencontrez aussi (parfois) des administratifs qui sont en charge d’organiser l’aspect hors science de votre vie (location ou achat de maison, assurance médicale, écoles pour les enfants, prise en charge du déménagement, cellules de recrutement pour conjoint … ). Enfin, au cours de ces deux journées, vous présentez vos recherches et idées au cours d’une ou deux conférences. La première conférence est en général consacrée à vos recherches passées. Une second conférence a parfois lieu, spécifiquement centrée sur vos projets de recherche futurs. A l’occasion, on pourra vous demander de préparer un petit cours d’un quart d’heure afin d’évaluer vos capacités pédagogiques.

Imaginons maintenant que tout aille bien pour vous et qu’on vous propose effectivement un poste de professeur assistant. A ce stade s’enclenche ce qu’on appelle la « tenure clock ». Le principe du poste d’assistant professeur est le suivant : pendant 5 ans, le chercheur monte un labo, recrute des doctorants et des post-doc pour travailler pour sa recherche, fait des demandes de fond, tout en enseignant à l’université (60 à 100 h). Au bout de 5 ans, on décide de sa titularisation (la fameuse « tenure ») ou non.

En général, le chercheur démarre avec ce qu’on appelle un « start-up grant », qui est une somme d’argent négociable à l’embauche fournie par l’université lui permettant de payer des étudiants en thèse, des post-doc ou du matériel. Le professeur assistant lui-même est salarié de l’université tout le long de sa tenure track. Comme vous pouvez le deviner, le chercheur se transforme littéralement en petit patron durant ces cinq ans : il y a un côté management, gestion des ressources humaines et matérielles. Pour des gens comme moi, plutôt théoricien, il y a peu de dépenses matérielles et une demande de fond (« grant ») pour cinq ans peut suffire. Mais pour des expérimentateurs, qui doivent monter leur labo, l’investissement est beaucoup plus lourd, et il faut donc chercher beaucoup d’argent ailleurs.

Ces demandes de fonds sont adressées à de grands organismes (type NIH), mais aussi à des organisations (caritatives) qui souhaiteraient financer des projets scientifiques. La compétition est rude, mais les critères de financement sont bien définis et le processus de sélection rigoureux (avec rapport de referees comme pour les publications) . Aux Etats-Unis, les fonds sont en général conséquents, mais portent théoriquement sur des projets futurs concrets : vous devez proposer un but à atteindre et une stratégie détaillée [2]. Cette méthode de financement par projets aux Etats-Unis a au moins deux effets pervers (constatée de visu):

  • d’abord les gens s’intéressent uniquement aux sujets « à la mode » particulièrement dans les sciences expérimentales. De fait, l’agence de moyens oriente la recherche du pays. Du coup, l’intérêt scientifique n’est pas nécessairement ce qui guide la recherche au jour le jour; les finances rentrent clairement en ligne de compte. Cela n’incite pas forcément à étudier ou développer des systèmes originaux.
  • ensuite, comme les projets doivent être extrêmement détaillés, les gens trichent en proposant en projet des choses qu’ils sont en train de faire, ou des choses déjà faites mais non publiées. Imaginez que vous avez un résultat sous le coude, pas encore tout à fait publiable, mais que vous soyez sûr que cela marche. Vous avez tout intérêt à l’inclure dans votre projet. Comme ensuite le renouvellement de vos fonds dépendra aussi de vos succès passés, c’est un moyen sûr d’assurer vos arrières.

Il vous faut en parallèle enseigner. En général, vous avez entre un et trois cours en amphi par an (chacun représentant environ 30 h). On vous demandera de développer des cours originaux, suivant au plus près les développements récents de votre domaine. Du coup, tout ce qui est « autour » du cours en lui-même est extrêmement chronophage. N’oubliez pas non plus qu’il y a parfois une certaine logique clientéliste dans les universités américaines …

Toujours en parallèle, il vous faut participer aux tâches administratives de l’université. Cela peut être très varié : participation à des jurys, organisation des séminaires, etc … Par exemple, si vous êtes dans une discipline à la mode, l’université souhaitera engager d’autres gens compétents dans votre discipline, donc vous expérimenterez les joies de l’appartenance à un « search comitee » chargé de recruter vos collègues.

Evidemment, durant tout ce temps, votre recherche doit avancer. Compte-tenu de tout ce que vous avez à faire, il est nécessaire de déléguer l’essentiel du boulot à vos thésards et post-docs. D’où l’importance des fonds pour payer vos « employés », ce qui ouvre un cerlce vicieux : plus vous voulez faire de choses, plus il vous faut de temps pour rédiger de longs projets pour payer et acheter le matériel nécessaire, et donc moins vous disposez de temps pour que vous même fassiez de la recherche. C’est pour cela que le financement par projets n’est vraiment possible que dans un pays où il y a une certaine masse de doctorants et de post-doc.

A l’issue des 5 ans de tenure track vient le temps de l’évaluation. Un comité interne se réunit pour vous évaluer, en particulier votre enseignement et le nombre de grants que vous avez obtenus. Il sollicite également l’avis de « referees » extérieurs pour jauger la qualité de votre recherche : nombre et qualité de publis, originalité, etc … Il décide alors de vous titulariser ou non. Si vous êtes titularisés, tout va bien : vous êtes plus ou moins indéboulonnable à vie; tout ce que vous avez à faire c’est de trouver les financements pour votre recherche et vos étudiants (mais même si un jour vous perdez vos financements, l’université assurera en général les arrières modulo négociation).

La politique de titularisation varie grandement en fonction des universités. Harvard met clairement en compétition tous ses professeurs : seuls 10% des profs sont titularisés. Les 5 ans de tenure track peuvent relever de l’enfer dans ses conditions. Les autres universités américaines sont un peu plus cool : dans les 50 % pour certains endroits très prestigieux comme le MIT, jusque 90% dans certaines universités . On pourrait longuement discuter de tout cela, et de la logique en terme de ressource humaine : je ne suis pas sûr que la politique de Harvard soit au final très maline car n’incite pas vraiment à collaborer…

Parlons un peu progression de rémunération. Voilà comment m’a été décrit le système de salaire au mérite dans une université où je candidate. Chaque année, le syndicat des professeurs négocie une augmentation de salaire de quelques pour cent. Ensuite, chaque département possède une enveloppe d’augmentation du salaire de base pour tout le département. Il alloue cette enveloppe « au mérite » entre tous les collègues. Par exemple, un prof méritant pourra voir son salaire augmenter de 3000 $ une année, tandis qu’un prof moins méritant de seulement 1000$. Ces enveloppes ne sont pas des primes mais bien des augmentations, et sont du coup cumulatives au fil des ans. La distribution des salaires des profs ressemble donc à un espèce d’entonnoir : tout le monde commence à peu près pareil, mais après 30 ans, il peut y avoir une grosse disparité. Le dean qui m’a montré ce graphique était très fier de la largeur de son entonnoir, signe selon lui de la méritocratie universitaire.


Ajout 24 Septembre 2008 :
Fred rappelle en commentaires d’un autre billet une spécificité de certaines universités : le salaire du professeur peut n’être versé que 9 mois sur 12. La logique est la suivante : le professeur est payé par l’université pour son enseignement, or il n’y a pas de cours les mois d’été. Notons d’ailleurs que la même logique s’applique aux professeurs en France dans l’Education Nationale, à la différence que leur salaire est annualisé. L’autre différence, c’est que notre assistant professeur a « le droit » de se verser 3 mois de salaires par an sur ses grants. Evidemment, c’est une pression certaine à trouver des financements : pas de grants = -25% sur le salaire.

[1] même si contrairement à ce qu’on dit souvent en France, il y a en Amérique du Nord des Instituts qui ne font que de la recherche.

[2] Il ne faut pas croire néanmoins que tout le monde fonctionne « à l’americaine ». Le Canada semble être un exemple assez intéressant de système de recherche à mi-chemin entre ce qui se fait en France et aux US : frais d’inscription faibles à l’université, meilleur brassage social et donc meilleurs étudiants (dixit les profs canadiens), financement sur projets blancs, taux élevé de tenure (>90 %, même dans les universités « cotées » telles que Toronto ou McGill), taux élevé de succès aux grants; en contrepartie les sommes allouées sont moindre. Tout est question d’équilibre.

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tom.roud

15 Comments

  • Cool, un super billet que je n’ai plus besoin d’écrire 🙂

    Un petit ajout : durant les 2 jours d’interview, tu es amené à rencontrer des étudiants aussi. Incroyable, non ? C’est pas en France qu’on irait bêtement demander aux étudiants sur un prof à recruter 😉

    Et puis une petite correction. Ton salaire de départ est absolument à négocier, avec tout le reste (frais de déménagement, start-up fund, charge d’enseignement, surface des labos, etc.). D’autant que l’augmentation se fait bien souvent sur un pourcentage égal pour tout le monde (et pas si souvent au mérite), sauf en cas de renégociation (« Cher doyen, le MIT me propose le double de mon salaire, vous êtes prêts à allonger combien ? Votre dévoué Tom »)

    D’ici là, good luck
    Et n’oublie pas ton costard

  • Bonne chance dans vos candidatures

    La dernière fois que j’étais à LA pour rencontrer le chercheur avec qui je collabore, on discutait du projet dans le bassin à remous, qui se trouve à l’intérieur de sa piscine (mais il est biologiste et médecin, ça doit être ça).

    VF

  • @ Blop : oui, j’ai oublié de parler des étudiants, honte sur moi … Sinon, pas de problème, j’ai ressorti mon beau costume de mariage 😀
    @ N. Holzschuh : merci !
    @ VF : ah ces MD-PhD , tous les mêmes à ce que je vois 😛 , ce sont un peu comme les traders pour les matheux …

  • oui avec aussi ce genre de fait : Il travaille au Saban Institute, c’est un centre de recherche qui a été payé par M. et Mme Saban : producteurs de Starsky et Hutch et de Happy days, je crois. C’est dans l’hôpital des enfants malades de LA, qui est à Hollywood (évidemment). Les Saban on fait le plus gros chèque de donation pour un seul labo de l’histoire de la charité américaine : 50 Millions de dollars.

  • Il s’en suit très clairement que ce “paradis” de la science universitaire américaine, tellement “envié” par les Français, tue le cœur de l’activité scientifique, sa nature créative, après quoi tout ce qui reste c’est un stupide système industriel basé complètement sur l’argent (profits personnels) et des “fashions” pseudo-scientifiques très superficielles qui se réduisent, en effet, aux escroqueries générales d’une énorme échelle, comme dans la physique d’aujourd’hui les fameuses “bulles” de “nanotechnologie” (aucun résultat utile et vraiment innovateur en échange des milliards fous investis), “ordinateurs quantiques” (quelle connerie exemplaire, celle-là!), et pratiquement tout ce qui est fait dans la physique fondamentale “officiellement soutenue” (particules élémentaires, cosmologie, nucléaire, etc.). [Voir http://www.stevens.edu/csw/cgi-bin/blogs/csw/?p=112 pour une discussion liée.] C’est ça, le résultat réel du système de la science “meilleure au monde” (il n’est pas vraiment mieux ailleurs, bien sûr). Où va-t-on comme ça, la jeunesse scientifique avancée, vers des belles maisons de famille proposées par les universités et autres plaisirs de la vie personnelle? Les compteurs d’étoiles se transforment en compteurs d’argent et consommateurs banals… Amusez-vous bien, mais en attendant, la science plonge, par ses résultats réels, dans la crise de plus en plus profonde, tandis que les problèmes réels qu’elle devrait, mais ne peut pas résoudre s’accumulent en catastrophe (ce qui n’est pas étonnant quand tous les énormes moyens passent vers la reproduction industrielle et absurde de la médiocrité intellectuelle soutenue très fortement par les méthodes “rigoureuses” de “peer review”). Bonne chance? Mais où est-ce qu’elle peut être vraiment bonne, pour faire la bonne science, créative, libre et utile pour la société qui en paie l’existence luxueuse? Dans le meilleur cas, tout se réduit à la préparation des ingénieurs et managers pour la technologie purement empirique, mais ça n’a rien à foutre avec la science comme telle et du coup elle devient vraiment dangereuse, cette technologie “florissante” d’aujourd’hui, techniquement hyperpuissante, mais intellectuellement aveugle, stupide… Bonne chance… Will you ever come back from your tenure track?

  • @ Andrei : je suis d’accord qu’il y a beaucoup de problèmes posés par le système américain. Mais j’ai un luxe énorme : je suis un théoricien, donc je suis beaucoup moins dépendant de l’argent et je peux me concentrer sur ce qui m’intéresse vraiment, essayer de dépasser les effets de mode , etc …
    Ensuite, mon incise sur le Canada n’est pas complètement innocente : même dans un système à l’anglo-saxonne, un autre chemin est possible.

    Enfin, il faut bien voir que ce choix de rester quelques années au moins en Amérique du Nord est essentiellement motivé par :
    – un certain manque de perspective en France… J’ai passé les concours divers et variés plusieurs années de suite, je n’ai pas senti vraiment de l’enthousiasme face à ce que je fais, ou du moins pas au point de me recruter (peut-être suis-je dans une bulle telle que vous la décrivez). Quand je vois ce qui se prépare, je me dis aussi que ce n’est pas vraiment le moment de rentrer. Pas tout de suite en tous cas.
    – des raisons familiales. Ma femme a déjà trouvé un très bon travail ici.

  • Billet très riche et très intéressant. Est-ce que ces techniques de recrutement et de titularisation valent également pour les matières telles que le droit ? Sont-elle « homogènes » d’une université à l’autre ou varient-elles de manière significative ?

  • @ Frédéric Rolin : merci !
    Désolé, mais je n’ai aucune idée de la façon dont se déroulent ses interviews hors sciences naturelles.
    Cependant, cela métonnerait que cela soit très différent ..
    A ma connaissance pour les sciences dures, la plupart des universités marchent comme cela. Il existe néanmoins des instituts de recherche qui fonctionnent différemment, type Stowers Institute : les chercheurs sont sur des longs CDD et ne sont jamais titularisés, mais ont énormément de fonds sans avoir à aire de demandes de grants, des bons salaires et pas d’enseignement.

  • quelques remarques un peu dcousues, compléments et commentaires à un très bon billet :

     » Comme vous pouvez le deviner, le chercheur se transforme littéralement en petit patron durant ces cinq ans (…) (et les deux paragraphes qui suivent)  »

    Ce n’est pas propre au système américain, ça. Dans toutes les universités du monde, les chercheurs « permanent staff » (quel que soit le nom local) se retrouvent avec plein de responsabilités et de charges autres que la recherche. En fait, c’est la différence principale entre un post-doc et un prof assistant/lecturer/CR/MC/autre dénomination !

    Les collègues Français (dont je ne fais pas partie) pourraient t’expliquer que, du jour ou tu es recruté, tu te retrouves enseignant bien sûr (200h par an, plus ce qui va autour !), administratif évidemment, mais aussi secrétaire (préparer les plannings d’enseignements, rentrer les notes dans le système) ou déménageur (réorganiser les salles de cours). Au moins les américains font-ils de la (gestion de) recherche et pas du secrétariat…

    Si tu veux rester un « pur » chercheur, il ne faut pas viser un poste académique (nulle part au monde), il faut rester post-doc, ou « research assistant », ou autres équivalents.

    Sur le système canadien : j’ai quelques bons copains au Canada (et j’ai même interviewé pour un poste en Ontario, un jour), je me permets donc de commenter un peu. Globalement d’accord avec ce que tu dis, j’aime assez le système canadien et en particulier le système de financement NSERC (je ne sais plus ce que c’est en Français, CNRSFG ou je sais pas quoi). Mais certains des copains qui sont là-bas sont assez critiques, sur un point en particulier : les grants NSERC sont longues (5 ans), ce qui veut dire que tu ne peux les renouveller que rarement (4-5 fois dans ta carrière). Ca freine un peu ton dévellopement : si tu as un montant X par an, ça restera le même pendant 5 ans, et dommage si tu as des projets ambitieux entre temps…

    On peut aussi commenter que derrière le terme de « financement sur projets » se cache en fait un monde de différence.
    – Les durées sont variables (USA: grants NSF de 1 an ou deux; Canada: NSERC 5 ans).
    – Les taux de succès sont variables (Australie: ARC 60 %, de mémoire).
    – Les montants sont variables (NRF : 50 – 100k par an en ZAR, donc 5 à 10 k euros; NSERC : 50-60k CAD, soit 30-35k euros; ARC, NSF : potentiellement énorme).
    – Ce qu’on doit payer avec varie énormément aussi (NSF: tout y compris une part de son propre salaire; NRF: frais de fonctionnements seulement, les bourses d’étudiants doivent être cherchées ailleurs; NSERC : potentiellement tout mais en pratique pas assez pour des étudiants; ARC : tout sauf salaire du demandeur).
    – Le nombre de grants qu’on peut avoir en même temps (NRF: autant qu’on veut, NSERC: une seule) (de fait, si ce n’est pas de droit)
    – Le fléchage/non fléchage des projets au point de vue thématique (NSERC, ARC : pas ou peu de fléchage; NRF: des thèmes prioritaires affichés mais de larges « blanket projects » où on peut mettre ce qu’on veut, genre « Unique Southern African research opportunities », le paradis du géologue 🙂 ; NSF, ou le truc British dont le nom m’échappe : fort fléchage thématique )
    – La lourdeur et la durée de la procédure administrative (ARC : compter un mois pour écrire une demande de grant; NRF : on peut la boucler en deux jours avec un peu d’expérience).

    Ah oui, au fait, et la France ? Ben, je ne sais pas chez vous, mais en géologie c’est uniquement sur projets et depuis longtemps, les crédits structurels sont une part ridicule du total (sauf pour les bourses de thèse). Sauf que les projets CNRS sont courts, peu financés, administrativement lourd, et ingérables (crédits attribués à tel ou tel chose, payés au compte-goutte par une administration tatillone, avec des règles de dépenses qui les rendent inutilisables). La plupart de mes collègues rêvent de grants type NSERC/NRF/ARC : des vrais grants, quoi, avec lesquelles on peut vraiment bosser pendant plusieurs années.

    Sur l’aspect « ressources humaines », il y a aussi pas mal de diversité. Les deux extrêmes sont le système canadien, où il y a des conventions collectives qui fixent les salaires dans chaque université (le seul espace de négociation est la définition du « grade » de départ); et des systèmes comme il peut en exister ici et là ailleurs, ou tout est laissé à la négociation entre l’employé et l’université (chez nous, non seulement c’est comme ça mai en plus nous avons une clause de confidentialité, qui nous interdit de révléler le montant de notre salaire ! ). En passant par des intermédiaires, comme une grille publique qui sert de guide pour des négociations individuelles. Sur ces sujets, voir la classique étude de l' »Association of Commonwealth Universities » : http://www.acu.ac.uk/finalcopyonlineversion.pdf

  • Juste un supplément d’information, pour pointer une autre différence fondamentale avec le système français : s’il n’y a pas de bons candidats, on ne pourvoit pas le poste. Et cela éventuellement plusieurs années de suite. Ainsi, Cornell a six postes ouverts cette année en Computer Science (résidus des années précédentes), et il semble déja acquis qu’on ne les pourvoira pas tous les six.

    Corollaire amusant : les professeurs d’informatique graphique se retrouvent alors à faire des cours de cryptologie, par exemple, parce qu’on n’a pas recruté de professeur en crypto, faute de bons candidats. Mais du coup, au recrutement, ils vont pousser pour qu’on recrute un cryptologue. Autrement dit, ils vont influer pour qu’on recrute en *dehors* de leur chapelle. Inimagineable en France.

    @Frederic Rolin: ce qu’a décrit Tom correspond peu ou prou à ce que je connais dans plusieurs disciplines (mais pas le droit, désolé) et plusieurs universités. Les principales variables sont la durée de la tenure track (de 5 à 7 ans), la façon dont on consulte les étudiants (cours, séminaire…) et l’attitude de l’Université ; ça va de « on donnera la tenure à tous ceux qui sont bons » à « on vous recrute tous les trois, et dans 5 ans on donnera la tenure à un seul d’entre vous, travaillez en bonne entente confraternelle ».

  • […] Evidemment, ce sont in fine les « clients » de l’université, i.e. les étudiants, la population générale et vos impôts qui enrichissent triplement les éditeurs de journaux scientifiques. Situation scandaleuse s’il en est, surtout à l’époque d’internet et de la publication Open Access comme PloS qui montre qu’on peut clairement se passer des revues traditionnelles. Mais l’inertie du système est grande, notamment du fait de l’importance de la revue de publication des travaux pour l’avancement des professeurs (i.e. mieux vaut un Nature qu’un Plos Comp. Biol. pour avoir sa tenure). […]

  • […] Je terminerai par un conseil crétois: jeunes, méfiez vous des conseils des vieux bien confortablement installés; vieux, avant de donner un conseil, demandez vous ce qui serait arrivé si vous l’aviez suivi étant jeune. En particulier, en tant que professeur, je pense que c’est notre devoir de faire en sorte que les jeunes chercheurs aient des compétences scientifiques et le dosssier qui va avec aussi solides que possible, et que cela nous plaise ou non, cela passe par publier des articles scientifiques, dans des revues scientifiques. A la limite, je dirais même qu’on a la sécurité de la permanence et le salaire qui va avec pour ça (car oui, ICYMI, I am now tenured). […]

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