America Non classé Recherche

Dow et Berkeley

Dans ces temps de réflexion sur le financement de la recherche en France, un exemple de débat tenu à Berkeley qui constitue la « News of the week » de Chemical & Engineering News (C&EN).

Et oui, même aux US, le financement de la recherche par les entreprises ne va pas de soi et ne se fait pas sans résistance. Ainsi, Dow propose d’investir 10 millions de dollars à Berkeley dans un programme de recherche interdisciplinaire au carrefour de la chimie et des sciences de l’environnement. Selon C&EN, un chercheur travaillant sur place, Michael P. Wilson, exprime certaines inquiétudes, relayées notamment par le San Francisco Chronicle. En effet, il semble que Dow enverra un de ses employés, Tony Kingsbury, surveiller de près le programme. Wilson craint en fait pour la liberté de recherche dans l’université :

« If it moves in a way that ensures that there is real independence in the way the research questions are asked…, then we could be more supportive, » said Wilson, who is a member of the California EPA’s Green Chemistry Science Advisory Panel. « There has to be a very clear firewall between the source of the funding and the lines of authority of who defines the research questions. »

Archaisme suprême, une vingtaine (!) de manifestants ont protesté devant la business school de Berkeley. Oui, vous avez bien lu, devant la business school : le projet sera en effet chapeauté par celle-ci.

La suite de l’article du SF Chronicles en dit long sur l’utilisation des fonds privés et leur image aux Etats-Unis :

McElhaney (NDTR : directrice de la business school) insisted that Dow corporate bosses will have no influence on the Cal research.

« It is a gift which means it is unrestricted. All that is stated is that it has to go to the Sustainable Projects and Solutions program, » she said. « They are enabling me to offer incredibly valuable student learning opportunities. That is it. »

She said the program is different from other corporate-funded programs that have been criticized because most of the money will be going to support student projects. The program will request proposals and a faculty committee will decide what to fund.

She said that corporate sponsorship of university programs is just today’s reality when public funding is being cut.

Qui a parlé de privatisation de la recherche ?

Détail amusant : Kingsbury, l’employé de Dow apparaissait comme directeur du projet sur le site web de la business school jusqu’au 30 Octobre. Le 31, McElhaney affirmait que c’était une erreur et que Kingsbury n’aurait aucun pouvoir de décision.

Bien sûr, je rejoins l’article du SF Chronicle qui affirme en conclusion qu’on ne peut pas à la fois demander aux entreprises de protéger l’environnement et leur reprocher d’être de mauvaise foi lorsqu’elles acceptent de financer des projets écolos. Mais cette histoire est assez intéressante car elle nous montre que même aux Etats-Unis :

  • il n’y a pas de logique utilitariste dans la recherche et les chercheurs tiennent à leur liberté. L’article du SF Chronicle insiste aussi sur le fait que toutes les décisions à portée académique seront le fait du seul corps académique, que tous les brevets, etc… resteront propriété de l’université.
  • les financements privés sont vus comme des dons, et à l’université, on demeure très méfiant devant la logique de profit des entreprises. Leur rôle est d’aligner les fonds, point. On est plus dans une logique de mécénat qu’autre chose…

Au fait, dans le classement du Times, Berkeley est première en Sciences naturelles, deuxième en technologie, Sciences Humaines et Humanités.

(Merci à Nicole The blond One pour cette info).

About the author

tom.roud

2 Comments

  • Les contrats se suivent et se ressemblent : en 1998 déjà, Novartis avait conclu un partenariat de recherche sur cinq ans estimé à 25 milions de dollars avec l’université de Berkeley, largement critiqué (mais que je sache, le programme a été maintenu et la fin du monde n’est pas arrivée). Quelle ironie quand même, que d’autres firmes répètent la même « erreur » dans une université connue pour sa facilité à protester et à le faire très fort (souvenons-nous du « free speech movement ») !

    En tous cas, je dois dire que cette histoire m’a fait bien rire à l’heure où on critique les chercheurs français pour leur « archaisme » en se référant à une Amérique idéalisée mais en réalité complexe et multiforme.

Leave a Comment