Devinette

Qui a dit :

« Il faudrait valoriser le diplôme de doctorat pour attirer les bons chercheurs dans l’industrie et également pousser les élèves des écoles d’ingénieurs à préparer une thèse. […] Les cadres de l’industrie américaine possèdent un PhD (doctorat) dans une plus grande proportion qu’en France et restent très familiers des universités et de leurs laboratoires »

Ou encore :

« En France, une forte proportion d’ingénieurs transitent directement des bancs de leur école à un fauteuil de cadre dans une entreprise. Ils ne seront jamais familiers du monde de la recherche en amont et auront toujours des difficultés de dialogue avec les chercheurs. […] Dans certains domaines, les ingénieurs d’entreprises et les chercheurs de laboratoires publics français vivent dans deux mondes séparés »

Voire :

« Faute de pouvoir convaincre certaines entreprises d’augmenter leur effort, il faut inciter leur collaboration avec la recherche publique et aider les travaux communs, sans se limiter à un financement par projet »

Sans oublier bien sur a propos de l’universite :

[il y a]« un gâchis de matière grise lié aux très lourdes charges d’enseignement des enseignants-chercheurs qui rendent difficile l’épanouissement des jeunes en recherche. »

Reponse : Albert Fert, prix Nobel de physique 2007, illustration parfaite a la fois de ce qui marche tres bien et devrait etre ameliore dans la recherche francaise. Il faut dire qu’a sa place, je l’aurais mauvaise : l’intendance industrielle ne suivant pas, les brevets sur la magnetoresistance n’ont pas ete deposes en France. Evidemment, les cretins de tout poil pulullant sur internet n’ont pu s’empecher de critiquer cette fonction publique paresseuse , qui n’est meme pas capable de se reveiller a temps pour deposer un simple brevet. Rappelons donc qu’aux Etats-Unis, les universites ont des services entiers charges de ce travail, afin de laisser les chercheurs faire leur boulot, a savoir chercher (et enseigner). Mais evidemment, tout cela impliquerait en France une vraie politique scientifique, une valorisation des metiers de la recherche en general ainsi que tout simplement, un certain respect pour la recherche fondamentale et ceux qui la font. Malheureusement, le potentiel de resonance de ce Prix Nobel qui aurait permis de mettre ces problemes sur la table sera probablement bien attenue a cause du rugby.

On trouvera d’autres reflexions interessantes dans son discours lorsque lui a ete remise sa medaille d’or du CNRS :

Mon premier commentaire est que la GMR, l’électronique de spin et leurs applications ne sont pas arrivées à l’improviste en 1988 mais viennent de recherches fondamentales bien antérieures. Elles viennent en fait de la rencontre entre des idées de la fin des années 60, partiellement oubliées, et l’arrivée des nanotechnologies. C’est le constat banal que les avancées ne viennent pas par génération spontanée mais du mûrissement d’idées parfois anciennes et d’autre part de rencontres, des rencontres avec des idées venus d’autres domaines de recherche, avec des progrès technologiques, ou encore avec des préoccupations industrielles.

J’ai parlé de recherche. Je voudrais aussi parler de mon double métier, enseignant et chercheur. J’aime enseigner. On apprend beaucoup en approfondissant une question pour pouvoir l’exposer clairement, pour pouvoir en dégager des idées générales. Jeune enseignant chercheur, j’ai passé de longues heures à approfondir de nombreux domaines de la physique, dans mon secteur de recherche et dans d’autres. Mais, si j’ai pu le faire, c’est que j’avais seulement deux ou trois heures de cours par semaine, à peu prés le régime des bonnes universités américaines. Je doute fort que mes jeunes collègues d’aujourd’hui, avec trois fois plus d’enseignement, puissent également travailler en profondeur et se construire comme j’ai pu me construire.

Une qualité du CNRS est sa grande réactivité pour remodeler ses équipes et créer de telles structures mixtes. Notre unité mixte, par exemple, a été créée un an à peine après les premiers contacts entre la Direction du Département Sciences Physiques et Mathématiques du CNRS et Thomson-CSF. Bien sûr cela a été possible parce qu’il existait déjà de fortes interactions et des relations de confiance entre le CNRS et le Laboratoire Central de Thomson-CSF dans lequel beaucoup de chercheurs sont issus de la recherche publique. C’est le type de situation que l’on trouve généralement aux Etats Unis où les cadres de l’industrie sont le plus souvent Ph.D. et donc très familiers du monde de la recherche universitaire. Il y a sans doute en France des secteurs de l’industrie où la situation est différente et où la greffe entre les deux cultures peut être plus délicate. Mais je crois que c’est justement dans ces secteurs que cette greffe entre deux cultures peut être la plus fructueuse.

Via Omniscience.fr.

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