Geekeries Lecture Non classé

Geekeries du dimanche VI : Harry Skywalker

Avertissement : ce billet contient beaucoup de SPOILERS sur Harry Potter 1 à 7.

Maintenant que la série des Harry Potter est terminée, il nous est possible de faire une analyse un peu plus détaillée de la structure de l’histoire.

Il me semble que l’évolution d’Harry Potter colle très bien avec le concept de « Monomythe », introduit par Joseph Campbell dans son livre « The Hero with a Thousand faces« . Ce livre, écrit dans les années 40, et inspiré de la psychanalyse, montre comment de nombreux mythes fondateurs reposent sur la même structure. Georges Lucas s’est inspiré de ce livre pour écrire la saga Star Wars : de fait, les parallèles entre Harry Potter et Luke Skywalker sont nombreux, et je vais essayer, en me basant sur mes souvenirs de Star Wars, de les mettre en évidence.

Le monomythe débute par l’appel à l’aventure (comme d’ailleurs la plupart des contes de fée). Le héros, personnage lambda sans aucune vertu particulière, reçoit un message l’appelant à quitter le monde ordinaire pour rejoindre un monde nouveau et merveilleux. Cet appel s’accompagne en général d’une aide surnaturelle. Harry Potter, élevé par sa tante Muggle, découvre ainsi dans le tome 1 qu’il est en fait un magicien, et est invité à rejoindre Hogwarts par Dumbledore (via Hagrid). Luke Skywalker, élevé par des fermiers de Tattoine, est enrôlé par Obi Wan Kenobi, qui voit en lui le dernier Jedi.

Dans de nombreux mythes, la figure du père est centrale (Oedipe quand tu nous tiens). Le héros doit apprendre du père et, pour grandir, doit se détacher de lui, voire le tuer. C’est là à mon avis que l’analogie entre Star Wars et Harry Potter est la plus forte. Luke et Harry Potter ont chacun deux pères symboliques. Le premier père est leur mentor, le père nourricier qui leur apporte la connaissance : Obi Wan dans un cas, Dumbledore dans l’autre. Leur second père est en quelque sorte le miroir inversé du premier père, leur « mauvais père », qui a le statut de nemesis : Dark Vador dans un cas, et Snape dans l’autre. Le tome 7 montre ainsi incontestablement que Snape joue le rôle de père négatif pour Harry. L’alliance Snape-Dumbledore, explicitée dans le tome 7, montre bien que les deux personnages ne sont que deux faces d’une même pièce. L’analogie Snape=Vador se construit sur le rapport à la mère : Snape bascule du côté du bien lorsque Voldemort tue Lily, tandis que Dark Vador bascule du côté obscur après la mort de Padmé. Du coup ces « mauvais » pères ne sont pas les pères nourriciers comme Obi Wan ou Dumbledore, mais au contraire des pères tyrans, qui plus est « amants » de la mère. Leur motivation profonde est de retrouver leur amour perdu par l’intermédiaire du fils.

Luke et Harry Potter se construisent ensuite en suivant les traces de leur bon père et par opposition à leur mauvais père. La parallèle Luke=Harry, Dark Vador=Snape, Dumbedore=Obi Wan est d’autant plus flagrant lorsque le « bon » père se sacrifie lors d’un combat contre le « mauvais » père (combat auquel assiste le fils, impuissant). Symboliquement, dans le mythe, ce sacrifice permet au fils de se débarasser de l’encombrant « bon » père, dont la présence tutélaire empêche le héros de grandir.

La motivation profonde du fils sera ensuite de venger la meutre du bon père. Le but premier sera de tuer le mauvais père (au moins symboliquement); on s’apercevra ensuite que le cheminement du héros mu par la haine du père lui permettra de la dépasser. De façon intéressante dans le tome 7 d’Harry Potter, la haine contre le père s’exerce en fait, non pas contre Snape, mais bien plus contre Dumbledore, le bon père, qui n’est pas si bon que cela. Harry Potter se met de nombreuses fois en colère contre Dumbledore, qu’on découvre tenté par le pouvoir et la Magie Noire. Aussi est-il écoeuré lorsqu’il réalise que Dumbledore ne l’a préservé que pour mieux le sacrifier : le renversement est renforcé par le fait que cet écoeurement et cette révolte sont manifestement partagés par Snape, le mauvais père.

Avant de triompher, dans le monomythe, le héros doit arriver à réconcilier dans sa tête les deux aspect du père pour mieux se comprendre lui-même. Il passe ensuite par une phase d’apothéose dans laquelle il doit se sacrifier avant de renaître, ce qui lui permet de changer sa vision du monde et de revenir plus fort. Luke et Harry connaissent ainsi tous deux une expérience onirique les faisant grandir. Dans l’Empire contre-attaque, sur Dagobah, Luke mène un combat symbolique contre Dark Vador et le tue. Luke découvre alors en Dark Vador un autre lui-même, ce qui souligne le lien profond unissant les deux personnages. Luke combat ensuite Vador dans la réalité, apprend que ce dernier est son père, et choisit la mutilation (main coupée) plutôt que le côté obscur. A ce moment même, en choisissant le sacrifice plutôt que le chemin du père en toutes connaissances de cause, il rentre dans l’âge adulte, ce qui lui permettra de vaincre à la fin. Harry, de la même façon, se sacrifie, non sans colère contre Dumbledore. Mais c’est ce sacrifice même qui le fait évoluer, lui permet de se réconcilier symboliquement avec Dumbledore, avant de revenir d’entre les morts et de triompher finalement.

Je pense qu’en cherchant, on peut trouver d’autres parallèles : par exemple le trio Harry-Ron-Hermione n’est pas sans rappeler le trio Luke-Solo-Leia. Hermione est la soeur symbolique d’Harry : tous deux sont des magiciens doués, élevés par des Muggle. Solo et Ron sont les amis fidèles, les compagnons, qui draguent la petite soeur, feront défection à un moment ou un autre avant de revenir. Voilà, j’espère vous avoir bien distrait avec ce petit essai, mais quoi qu’il en soit, je pense que pour toutes ces raisons, l’histoire d’Harry Potter est bel et bien un mythe moderne !

Ajout 1er Août : Pour ceux que la discussion sur ce sujet intéresse, ce billet a aussi été publié sur agoravox : suivez le lien.

About the author

Tom Roud

Blogger scientifique zombie

4 Comments

Leave a Comment