Lab chronicles I

(Après son post-doc aux Etats-Unis, un jeune français a obtenu un poste de prof -tenure track- et a décidé de s’installer en Amérique du Nord. Avec lui, découvrons les moeurs du labo et de l’Amérique dans laquelle il vit au quotidien. Toute ressemblance avec une situation vécue… n’a rien de fortuit !)Un jeune doctorant frappe à la porte. Le prof lève le nez de ses demandes de grants et le fait entrer, un peu surpris. Il faut dire que c’est l’une des premières fois qu’il parle avec le doctorant en question, qui n’est pas sous sa responsabilité.
– Qu’est-ce qui vous amène très cher ?
– Et bien, Docteur, c’est un peu délicat. Je suis très gêné de vous parler de ça, mais …
– Quoi donc ?
– C’est à propos de votre post-doc.
Le jeune professeur fronce les sourcils. Pas évident de s’installer. L’enveloppe de base d’un professeur débutant lui a permis de recruter un post-doc, P. , un doctorant, D., et d’acheter un peu de matériel. Mais il faudra compter sur les futures grants pour développer le labo. Seulement, les demandes de grant sont aux chercheurs américains ce que la candidature au CNRS est au post-doc français : une épreuve qu’il faudra repasser chaque année jusqu’au succès éventuel. A la différence que les chances de succès à moyen terme sont plus conséquentes : il y a de fait pas mal de grants allouées. Mais revenons à nos moutons.
– euh… qu’est-ce qui se passe ? Il y a un problème ?
– c’est-à-dire que… comment dire… parfois ce n’est pas évident de travailler près de lui…
– ???
– et bien, en fait… il ne sent pas très bon.
– ah
Le professeur commence à se faire du souci. P. vient d’un pays moins développé, avec sa propre culture. En particulier, P n’est pas du genre à venir en tongues et en short au labo, comme tout le monde ici, mais préfère venir bien habillé. Ce qui peut poser effectivement problème durant les grosses chaleurs, ce que le jeune professeur avait en fait déjà constaté en travaillant à ses côtés. Mais il s’en était alors très bien accomodé…
– vous comprenez, c’est parfois un peu difficile. Cela n’a rien de personnel, mais ce serait bien de faire quelque chose
– Bien, je comprends, je vais lui parler.
Le jeune professeur, avant de prendre quelque décision que ce soit, décide de consulter.
Un prof venant de la même culture que P. est formel : « Pas de problèmes, il n’y a pas d’interdit culturel chez moi qui empêche une telle discussion, soyez franc, ca ira très bien. »
Un ami prof bien implanté : » Qu’est-ce qu’il faut pas faire quand on est prof ! Essaie d’y aller avec tact ».
L’avis d’un ami américain… le surprend un peu :
– Ah oui, je vois de quoi tu parles. Cela nous est arrivé aussi dans notre labo. On a alors eu une super idée : comme on ne voulait vexer personne, on a organisé une grande fête de bienvenue pour les étudiants gradués. On a alors offert à chacun… une trousse de toilette ! Mais attention, hein, il y avait aussi des barres chocolatées, des trucs comme ça, pour que cela ne soit pas trop bizarre. Et bien, cela a clairement amélioré les choses !!!
– mais… je ne crois pas que cela soit le problème ! Je suis sûr qu’il se lave tous les matins, simplement, comme il fait chaud et tout… Indépendamment de cela, de toutes façons, tu ne peux pas obliger les gens à se laver.
– détrompe-toi !
– quoi ??
– et bien, ici, dans certaines entreprises, les employés ont l’obligation de se laver et de se brosser les dents avant de venir.
– ah bon ? Et qu’est-ce qu’il se passe s’ils oublient de se brosser les dents ? Ils sont virés ?
– non non. Mais l’entreprise dispose d’un coach « hygiène ». Celui-ci peut-être sollicité par les employés « incommodés », et faire un diagnostic en cas de problème…
– sans blague
– c’est arrivé dans l’entreprise de ma cousine. Un employé ne sentait pas très bon. Et bien, le coach hygiène a trouvé que c’était parce que l’employé cuisinait du poisson chez lui ! Et lui a recommandé de changer de vêtement avant de revenir travailler.
– génial…
– n’est-ce pas ?

Finalement, le jeune professeur joue une carte plus fine, et peut-être plus proche de la réalité.
– Cher P, tu sais que la culture ici est un peu différente
– Oh oui, effectivement, je trouve que c’est un peu le bordel globalement
– c’est vrai. Quoi qu’il en soit, les Américains sont particuliers, moi aussi j’ai du mal parfois.
– oui, je comprends
– donc en fait, ils sont particulièrement sensibles à certains aspects personnels… par exemple la moindre odeur corporelle les dérange.
– ?
– et en fait… certains se sont plaints auprès de moi te concernant.
– oh… Mais vous savez, c’est vrai que je ne me mets pas de déodorant, mais c’est parce que je suis allergique.
– ah OK. Je suis sûr qu’on peut trouver une solution. Il y a des trucs en pharmacie ici… En tous cas, ne t’en fais pas, et s’ils t’embêtent … dis-le moi, je suis là pour te défendre !
– merci. Je vais essayer de faire quelque chose…
P. s’en retourne, pas trop vexé (en tous cas, c’est ce que le professeur espère). Notre jeune prof se rappelle alors que le jeune doctorant incommodé, en partant, s’était aussi plaint de l’odeur de son bureau…

4 réflexions au sujet de « Lab chronicles I »

  1. Il me semble que c’est clair pourtant: Tom est le prof :)Je découvre votre blog, Tom, c’est ma troisième visite et je vous ai mis en favoris, bien que je n’aie rien à voir avec votre univers de recherche ni même de lien avec la science.

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