Arithmétique électorale : traces de bidouillage dans les sondages ?

Un petit billet sur un truc étrange dans l’enquête IFOP du soir du premier tour, qu’on peut trouver ici. Je ne sais pas si quelqu’un l’a déjà remarqué, mais cette enquête sent un peu le bidouillage, en particulier lorsqu’on la compare aux autres enquêtes parues depuis, en particulier TNS-Sofres, CSA, voire même le baromètre IPSOS-Dell.

Livrons-nous donc à un petit jeu d’arithmétique électorale, tout d’abord sur les trois derniers instituts, qui vont permettre de comprendre le problème du sondage IFOP. A l’heure actuelle, et selon les différents instituts, sur Royal se reportent 13 à 19% des électeurs de Le Pen, 39 à 46% des électeurs de Bayrou. Cela lui donnerait un score de base entre 34.5% et 36.4% des suffrages du premier tour. A cela s’ajoutent les « réserves » à gauche, oscillant entre environ 7% selon IPSOS et environ 10% si les reports de voix se font bien. D’où un score de Royal entre 41.5% et 46.4% en fonction des sondages actuels.

Sur Sarkozy se reportent pour l’instant entre 60% et 65% des électeurs FN, et entre 25 et 39% des électeurs de Bayrou. Cela lui donne un score de base entre 42.1% et 45.2%. A cela s’ajoute 3.38% de voix s’étant portées sur Villiers et Nihous. Au final, on trouve un score pour Sarkozy entre 45.48% et 48.58%.

La majeure partie des différences entre sondages s’expliquent en fait par les différences entre les estimations du report des électeurs de Bayrou sur Sarkozy : de l’ordre de 2.5% des suffrages exprimés au premier tour pour l’instant. En fait, ce sont les électeurs Bayrou qui s’abstiennent de voter Sarkozy qui peuvent le plomber dans les sondages. Plus que le report imparfait des voix, c’est le non-report, l’abstention qui explique les variabilités d’un sondage à l’autre. Ces considérations sondagières me ramènent à l’enquête publiée le soir du 22 avril par IFOP. Enquête qui donnait Sarkozy à 54% et à mon avis a été soit mal faite, soit un peu bidouillée. Quand on regarde les reports sur Royal, rien d’anormal a priori en comparaison des enquêtes ultérieures : 46% des électeurs de Bayrou, 17% des électeurs de Le Pen. Non, le problème est que si vous regardez les résultats p 5, tous ceux qui ont voté au premier tour… votent aussi au second tour. Du coup, 54% des bayrouistes se reportent sur Sarkozy, ainsi que 83% des électeurs du FN. Tout se passe comme si les non-électeurs de Royal avaient été automatiquement considérés comme des électeurs de Sarkozy ! Cela explique le score quasi-plébiscitaire de Sarkozy (calculette en main, on retrouve effectivement un peu plus de 54%), un score qui livré en pleine soirée électorale ne pouvait qu’impressionner. Par ailleurs, si quelqu’un peut m’expliquer par quelle opération du saint esprit 59% des électeurs ne s’étant pas prononcé au premier tour se prononcent pour Sarkozy au deuxième (dernière ligne de la page 5), et comment les abstentionnistes réapparaissent tout aussi miraculeusement sur la première page…. Evidemment, tout cela m’inspire quelque suspicion.

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6 réflexions au sujet de « Arithmétique électorale : traces de bidouillage dans les sondages ? »

  1. Concernant tes deux dernières interrogations, il ne me semble pas impossible que des gens qui ne sont pas allés votés ou ont voté blanc au premier tour votent pour NS (59 %) ou SR (41 %) au second tour. Et que les pourcentages exprimés p. 5 sont les pourcentages d’avis exprimés, les non exprimés n’étant mentionnés (11 %) que p. 4…

  2. C’est une hypothèse, mais cela reste très bizarre. Déjà, le score de 11% d’abstention est stupide, cela voudrait dire qu’il y aurait 89% de participation. Ensuite la présentation est dans ce cas mauvaise et induit en erreur (moi y compris): il y a une différence entre ce qu’ils disent et ce qu’ils montrent. Enfin, comme je l’explique, la part des abstentionnistes dans un camp donné est une information politique cruciale, et c’est vraiment elle qui décide du résultat. Les résultats en question ne collent pas hyper bien non plus avec les sondages suivants. Par exemple, les électeurs Sarkozy chez Bayrou sont clairement minoritaires, au contraire de ce qui est présenté ici; d’après ce sondage premier tour, les électeurs Sarkozy chez Le Pen seraient 5 fois plus nombreux que les électeurs Royal (je t’accorde que cela collerait avec l’hypothèse la plus défavorable dans les sondages qui est 13% pour Royal et 65% pour Le Pen). C’est peut-être une fluctuation statistique, mais c’est bizarre que sur des électorats assez différents elles aillent dans le même sens (à savoir par exemple que Royal basse chez Le Pen est corrélé à Sarkozy haut chez Bayrou) au lieu de se « compenser ». Peut-être n’est-ce aussi rien d’autre qu’une erreur d’échantillonnage; mais comme c’est très très serré (beaucoup plus qu’on ne le croit, ça se joue à 2-3 points sur les voix du premier tour), il faut vraiment faire attention à ce genre de biais !

  3. Déjà, le score de 11% d’abstention est stupide, cela voudrait dire qu’il y aurait 89% de participation.Il ne s’agit pas du chiffre d’abstention mais des « ne se prononce pas », qui incluent aussi les indécis etc. Pourquoi est-ce stupide ?

  4. Je pensais que c’était étrange car historiquement que rien que la participation est de l’ordre au maximum de 85%. Donc a priori les abstentionnistes+les indécis >>15%. Là encore, la distinction entre qui vote et qui ne vote pas est plus que floue.D’ailleurs, encore un truc amusant sur cette enquête : p6 il y a des indications sur les effectifs sondés, il y a encore moins de 50 personnes qui disent voter Le Pen sur 1010 personnes, donc l’échantillon est deux fois trop petit par rapport à sa représentation dans la population. Par ailleurs, il est quasiment impossible d’avoir des données fiables sur le report de voix (assez crucial) de l’extrême gauche hors Besancenot vu que mécaniquement l’échantillon est lui aussi inférieur à 50 personnes.

  5. Toujours à propos des NSPP, ça ne me choque pas que les sondés répondent plus facilement au téléphone qu’ils ne se déplacent le dimanche. Et l’échantillon des NSPP (un quota pas pris en compte par leur méthode !) n’est sans doute pas représentatif de la population des abstentionnistes, avec toute cette histoire de personnes qui passent entre les mailles du filet des sondages !Bon, je chipote là-dessus mais c’est vrai que ce sondage ne semble pas être un modèle du genre…

  6. Toujours à propos de l’IFOP, la dernière enquête publiée sur Parismatch.com a les mêmes défauts. C’est donc clairement un problème méthodologique : c’est comme si ils demandaient les intentions de vote des gens au second tour et ensuite s’ils répondent, leur demandent pour qui ils ont voté au premier. Du coup, leur pourcentage de report n’a pas le sens qu’ils lui donnent. J’y suis allé un peu fort dans ce billet, mais la méthode de présentation des résultats est très très confuse et reste critiquable je pense.

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